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Quand l'Allemagne accueillait des millions de réfugiés

800.000 réfugiés attendus en Allemagne en 2015. Une vague sans précédent depuis l’après-guerre. A l’époque, en 1945 et 1946, ce sont plusieurs millions de personnes qui sont arrivées en Allemagne. Pour l’essentiel des «Volksdeutsche» venus des pays de l’Est. Victimes des suites de la guerre et des modifications de frontières.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Réfugiés allemands fuyant vers l'Ouest (1945). (DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE/AFP)

En 1950, 8 des 50 millions d’habitants de la RFA sont des «immigrés» et 3,6 des 18,4 millions de la RDA. Ces immigrés, ce sont des «Allemands» des pays situés à l'est de l'Allemagne qui ont fui l'avancée des troupes soviétiques ou ont été expulsés par les pays voisins de l'Allemagne après 1945.

A la fin de la guerre, alors que le «Reich millénaire» s'effondre, des milliers d'«Allemands» des territoires de l'Est se retrouvent menacés par l'avancée de l'Armée rouge. Pour ces Allemands, ces «Volksdeutsche», ces habitants de pays de l’Est considérés comme Allemands en raison de leurs origines, la situation est terrible. 

Entre 6 et 20 millions de personnes gagnent l'Allemagne, selon les estimations. Un énorme mouvement de population qui croise celui vers leurs pays d'origine de millions de prisonniers de guerre, de travailleurs déportés ou de rescapés des camps, quelque 6 millions de personnes qu'on appelait les «DP» (deplaced persons).

Ces Volksdeutsche étaient parfois installés depuis des siècles dans l’est de l’Europe. Souvent, ils avaient conservé leur langue allemande. Ces «Allemands» avaient migré entre les Xe et XXe siècles. On trouvait ces communautés jusqu’à la Volga, en passant par toutes les régions d’Europe centrale ou orientale.

Fuite devant l'armée rouge
Fin 1944, l’avancée des troupes soviétiques sème la panique. Une fuite particulièrement sanglante pendant l’hiver 44-45. On estime à environ 900.000 les personnes ayant réussi à fuir la Prusse Orientale. Avec des épisodes tragiques comme le naufrage (dû à un sous marin soviétique) du Wilhem Gustlof.
 
Les expulsions
D’autres vagues d’immigration vers l’Allemagne suivent la capitulation nazie. Dès la fin des combats, des populations allemandes, jugées collaboratrices du nazisme, sont brutalement expulsées, comme cela a pu se faire en Tchécoslovaquie. Les alliés réunis à Potsdam, le 2 août 1945, entérinent officiellement l'idée d'expulsion des Allemands des territoires de l'Est avec l'idée de supprimer tout nationalisme allemand chez ses voisins.

«Il y aura lieu de procéder au transfert en Allemagne des populations allemandes restant en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Hongrie», affirme le texte. 

Du 7 juillet au 2 août 1945, le soviétique Staline, l'Américain Truman et l'Anglais Churchill à la conférence de Potsdam où se décide la répartition des "réfugiés" vers l'Allemagne.  (AFP)


Des quotas de réfugiés
Dans l’Allemagne, alors sous occupation, pour chaque zone, un système de quotas est décidé pour l’accueil des réfugiés. Ces quotas donnent l’ampleur des déplacements de population à l’époque. «La zone soviétique accueillera donc 2,75 millions d’Allemands de Pologne et Tchécoslovaquie, la zone américaine 2,25 millions de Tchécoslovaquie et Hongrie, la zone britannique 1,5 millions d’Allemands des Territoires reconquis (Pologne occidentale) et la zone française 150.000 des Sudètes transitant par l’Autriche», rappelait-on dans un article sur la «déportation» des Allemands après-guerre

Ils vont venir de Pologne, Tchécoslovaquie, ou d’encore plus à l’Est. Après la Seconde guerre mondiale et les atrocités commises par les nazis, tous ceux qui étaient, à tort ou à raison, considérés comme Allemands sont la cible des nouveaux Etats. En Tchécoslovaquie, par exemple, les Sudètes, cette minorité germanophone, se voient déchus de leur nationalité tchècoslovaque et privés de leurs biens. 
 
S’ajoutent aux vengeances, la peur les modifications de frontières décidées entre alliés. L'Allemagne perd ainsi ses territoires situés à l'est de la ligne Oder-Neisse.  

Ces Allemands expulsés (qu'on appelle en Allemagne les Vertriebenen) ont choisi massivement d'aller vers la partie occidentale du territoire allemand, ce qui sera plus tard la RFA. Les mouvements de population continueront après la coupure en deux de l'Allemagne. Beaucoup d'habitants fuieront en effet la partie Est pour la partie Ouest. 

L'Allemagne avait été jusqu'à la guerre de 14 un pays d'émigration. Après la Seconde guerre mondiale, elle est devenue un pays d'immigration. «Le fait que cette migration fut le résultat de déplacements forcés peut expliquer le haut degré d’aceptation de ces migrants», notent Rainer Munz et Ralf Ulrich dans la revue Persée.

Cette «immigration» a provoqué un véritable choc démographique pour la RFA au sortir de la guerre. En RFA, le chômage qui était encore de 10% en 1950 disparaissait au début des années 60, grâce notamment au plan Marshall. Si cet épisode pèse encore lourd dans la mémoire allemande, il n'a pas laissé de traces négatives au niveau de l'économie.

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