Allemagne : deux diplomates russes expulsés après le meurtre d'un Géorgien, Moscou promet de répliquer

Le 23 août, en plein jour, dans un parc du centre de Berlin, un Géorgien âgé de 40 ans a été tué de trois balles par une arme avec silencieux. Des témoins ont évoqué une "exécution".

L\'ambassade russe à Berlin (Alemagne), le 4 décembre 2019. 
L'ambassade russe à Berlin (Alemagne), le 4 décembre 2019.  (FABRIZIO BENSCH)

L'Allemagne a expulsé deux diplomates de l'ambassade de Russie, mercredi 4 décembre, "avec effet immédiat", accusant Moscou de ne pas avoir suffisamment "coopéré" dans l'enquête sur le meurtre d'un Géorgien à Berlin, pour lequel est soupçonné un Russe. Cette annonce fait suite à la décision mercredi du parquet fédéral allemand, compétent en matière d'espionnage, de se saisir de cette enquête en évoquant un "contexte politique".

Le 23 août, en plein jour, dans un parc du centre de la capitale allemande, un Géorgien âgé de 40 ans a été tué de trois balles par une arme avec silencieux. Des témoins ont évoqué une "exécution"La justice allemande estime que le meurtre de ce Géorgien de la minorité tchétchène du pays, identifié par les autorités allemandes comme Tornike K., a été commis "soit pour le compte d'entités étatiques de la Fédération russe, soit pour le compte de la République autonome tchétchène".

Un ancien combattant du camp tchétchène 

Tornike K. avait participé dans le camp tchétchène à la deuxième guerre de Tchétchénie contre la Russie, avant de passer dans une unité antiterroriste du ministère de l'Intérieur géorgien, tout en gardant des liens avec les milieux islamistes dont il était proche. Moscou le considère comme un "terroriste", rappelle le parquet allemand. Visé déjà par plusieurs tentatives d'assassinat, il avait émigré ces dernières années en Allemagne.

La Russie a dès le début été soupçonnée d'être impliquée, ce que le Kremlin a formellement démenti. 

Berlin affirme avoir à plusieurs reprises, en vain, tenté d'obtenir des explications sur cette histoire de la part de la Russie, comme en novembre, lors d'un entretien entre le secrétaire d'Etat allemand Andreas Michaelis et l'ambassadeur russe à Berlin, Sergeï Netchaïev. Ces deux expulsions pourront être suivies "d'autres mesures" en fonction de l'avancée de l'enquête, prévient Berlin.

"Une décision inamicale et sans fondement" 

Le suspect appréhendé près des lieux du crime, un Russe, est depuis emprisonné à Berlin, où il garde le silence. Il était détenteur de papiers d'identité au nom de Vadim Sokolov, 49 ans, qui ne figuraient pas dans les bases de données russes. Il s'agirait en fait de Vadim Krasikov, 54 ans, qui a fait l'objet d'un mandat d'arrêt international de Moscou pour le meurtre d'un homme d'affaires russe en 2013, selon plusieurs médias. Des vidéos de ce crime montreraient comment il s'approche de sa victime à vélo – comme à Berlin – avant de tirer dans le dos et la tête.

Le Spiegel, Bellingcat et The Insider, trois médias en pointe dans cette affaire, avaient révélé fin août que le numéro du passeport du suspect conduisait à une unité du ministère de l'Intérieur à Moscou ayant déjà délivré dans le passé des documents pour le GRU, le renseignement militaire russe.

La Russie a promis mercredi de répliquer à la décision "inamicale et sans fondement" de l'Allemagne. "Une approche politisée dans une enquête est inadmissible. Nous sommes obligés de prendre un ensemble de mesures de rétorsion", a déclaré à l'AFP un porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères.