Affaire Julian Assange : si vous avez raté un épisode

L'Equateur a accepté jeudi la demande d'asile politique de Julian Assange. Un énième rebondissement dans une affaire qui dure depuis deux ans.  

Après une journée d\'action devant son ambassade londonienne, l\'Equateur a accordé l\'asile politique à Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, le 16 août 2012. 
Après une journée d'action devant son ambassade londonienne, l'Equateur a accordé l'asile politique à Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, le 16 août 2012.  (OLIVIA HARRIS / REUTERS)

ASSANGE - Une fois de plus, le fondateur de WikiLeaks braque les projecteurs sur lui. La décision de l'Equateur, qui a accepté jeudi 16 août sa demande d'asile politique, le place désormais au centre d'une bataille diplomatique entre Quito, Londres et Stockholm.

Depuis 2010, l'affaire Assange s'éternise et prend de l'ampleur, dépassant désormais les seules frontières suédoises et le simple terrain judiciaire. Retour sur deux années de rebondissements, pour ceux qui ont perdu le fil.

De révélations en succès médiatiques

Tout commence en avril 2010. Voilà quatre ans que WikiLeaks a été créé par l'Australien Julian Assange, mais c'est la publication d'une vidéo montrant une bavure de l'armée américaine en Irak qui fait connaître le site au grand public. Les images émeuvent la Toile ; la machine médiatique est lancée.

Fort de ce premier gros coup, le site récidive en juillet et dévoile plus de 90 000 documents confidentiels sur l'action de l'armée américaine en Afghanistan. Six années de guerre sont passées au crible et de nombreux journaux publient ces informations, dont le New York Times américain. Mais Washington voit rouge et cette première vague de "leaks" provoque un dommage collatéral en la personne de Bradley Manning. Le soldat de 25 ans, actuellement en détention, est soupçonné d'être la "taupe" de WikiLeaks. 

Août 2010 : le choc de l'affaire Assange

Dès l'été 2010, les péripéties de WikiLeaks et son fondateur prennent un tour plus embarrassant. Fraîchement installé en Suède, Julian Assange s'y trouve accusé de viols et d'agressions sexuelles par deux femmes. Une victime lui reproche d'avoir refusé le port du préservatif (ce qui peut être considéré comme un viol en Suède, explique Rue89), l'autre d'avoir eu des relations sexuelles non-protégées avec elle alors qu'elle dormait.

"Je ne sais pas qui est derrière cette affaire, mais on nous a prévenus que le Pentagone pensait utiliser des mauvais coups pour nous détruire et j’ai été mis en garde contre un piège de nature sexuelle", se défend Assange dans le journal suédois Aftonbladet. Il n'a de cesse de contredire la version des faits des deux femmes et de les présenter, entre autres, comme des recrues de la CIA.

Rapidement, les publications de WikiLeaks se retrouvent noyées sous cette affaire. Au moment où plusieurs grands journaux étrangers, dont Le Monde et le Guardian, décryptent 250 000 câbles diplomatiques révélés en novembre, la Suède lance un mandat d'arrêt européen contre Julian Assange, désigné "homme de l'année" par Time Magazine.

2011, année de batailles judiciaires

Un mois plus tard, en décembre 2010, Julian Assange se livre à Scotland Yard. Après un rapide séjour en prison, il est assigné à résidence dans un manoir du Suffolk (Royaume-Uni), puis chez une amie.

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, pose devant le manoir de Ellingham Hill (Royaume-Uni) où il est assigné à résidence, le 17 décembre 2010.
Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, pose devant le manoir de Ellingham Hill (Royaume-Uni) où il est assigné à résidence, le 17 décembre 2010. (PAUL HACKETT / REUTERS)

S'il y donne "la becquée aux poules", raconte Télérama.fr, Assange y peaufine surtout sa défense en vue de l'examen d'une demande d'extradition par la Suède. Celui qui se dit "menacé de mort" craint en fait que Stockholm le livre aux Etats-Unis, qui n'apprécient guère le hacker blond en costume trois-pièces. D'après l'Australien, Washington envisagerait à terme de le déporter à Guantanamo. Ses avocats disent redouter une condamnation à mort sur le sol américain, pour divulgation d'informations confidentielles et espionnage. 

En février 2011, le tribunal de Belmarsh (Royaume-Uni) donne son feu vert au transfert d'Assange vers la Suède. Il fait immédiatement appel de cette décision auprès de la Haute Cour de justice de Londres. En vain. Julian Assange saisit alors la Cour suprême britannique. Mais la juridiction confirme la décision en mai 2012.

L'affaire Assange, désormais diplomatique ? 

C'est un coup dur pour l'activiste, qui n'entend pas baisser les bras. Trois semaines après la décision de la Cour suprême britannique, le fondateur de WikiLeaks se réfugie à l'ambassade d'Equateur à Londres et y demande l'asile politique.

Pourquoi ce choix ? D'abord, l'Equateur a déjà suggéré d'offrir l'asile politique à Julian Assange. C'était en 2011, par le biais de son vice-ministre des Affaires étrangères. Reconverti en animateur pour la télé russe, Julian Assange a sans doute fini de convaincre l'Equateur en interviewant son président, Rafael Correa Delgado, pour  la chaîne Russia Today. L'homme politique avait alors dit d'Assange qu'il était un homme "persécuté, calomnié et lynché médiatiquement".

Malgré la pression exercée par le Royaume-Uni, l'Equateur accède finalement à la demande de l'Australien, jeudi 16 août. Mais Londres semble déterminée à ne pas le laisser partir, excepté vers la Suède. L'imbroglio, diplomatique cette fois, de l'affaire Julian Assange, ne fait que commencer.