Accusé de rudoyer ses collaborateurs, Gordon Brown s'est retrouvé lundi au coeur d'une virulente polémique

Lundi matin, le chef de l'opposition conservatrice David Cameron, donné favori du scrutin attendu d'ici juin, a demandé l'ouverture d'une enquête face à des allégations qui ont un retentissement considérable au Royaume-Uni, alors que le Premier ministre tente de redorer son blason avant les législatives.

Gordon Brown
Gordon Brown (AFP/CHRIS YOUNG)

Lundi matin, le chef de l'opposition conservatrice David Cameron, donné favori du scrutin attendu d'ici juin, a demandé l'ouverture d'une enquête face à des allégations qui ont un retentissement considérable au Royaume-Uni, alors que le Premier ministre tente de redorer son blason avant les législatives.

Possible tentative de déstabilisation avant le scrutin de juin
Le ministre du Commerce Peter Mandelson, de facto numéro deux du gouvernement, a pour sa part subodoré une "opération politique" ourdie en sous-main par les Tories pour tenter de déstabiliser Gordon Brown à l'approche des élections.

Par ailleurs, le Premier ministre britannique doit témoigner le 5 mars devant la commission d'enquête sur l'engagement du Royaume-Uni dans la guerre en Irak, a annoncé lundi cette commission. Son témoignage interviendra quelques semaines après celui de l'ancien Premier ministre Tony Blair, très critiqué pour avoir pris la décision d'engager le Royaume-Uni en Irak aux côtés des Etats-Unis en 2003. Gordon Brown était ministre des Finances de Tony Blair à l'époque.

L'affaire du mauvais caractère de Gordon Brown a éclaté après la publication dimanche dans l'hebdomadaire The Observer, des bonnes feuilles du dernier livre d'un de ses commentateurs politiques vedettes, Andrew Rawnsley. Le journaliste raconte que le chef du gouvernement peut avoir des coups de sang violents lorsqu'il est contrarié : coups de poing ou de stylo contre le siège d'une voiture officielle, collaborateur saisi par le col, secrétaire délogée de son siège manu militari parce qu'elle ne tapait pas assez vite à son goût, jurons en tous genres...

Plusieurs employés du 10 Downing street auraient appelé une association d'aide aux victimes
Des allégations immédiatement qualifiées d"infondées" par les services du Premier ministre. Peter Mandelson espérait dimanche étouffer le scandale dans l'oeuf en reconnaissant que Gordon Brown était passionné et exigeant, mais surtout envers lui-même.

Las. Peu après ces démentis en série, la fondatrice d'une association d'aide aux victimes d'intimidations relançait la polémique en affirmant que plusieurs employés de Downing Street avaient appelé son service d'assistance téléphonique après avoir subi la colère du Premier ministre. Lundi, cette responsable, Christine Pratt, a défendu sa décision controversée, expliquant avoir été indignée par les dénégations du gouvernement.

Dans un délicat exercice de rétropédalage, elle a toutefois reconnu qu'aucune plainte ne visait Gordon Brown directement. "Absolument pas, pas plus que nous avons prétendu que M. Brown se comporte en tyran", a-t-elle déclaré sur la BBC. Christine Pratt "a clairement dit qu'aucune des accusations n'est dirigée contre le Premier ministre", a immédiatement rebondi le porte-parole de Gordon Brown. "L'administration a une tolérance zéro pour ce qui est des intimidations ou du harcèlement."

Alors que plusieurs collaborateurs disaient tout leur bonheur de travailler avec Gordon Brown, un expert reconnu du stress au travail, le Pr Cary Cooper, a démissionné de l'association de Christine Pratt, réputée proche des Conservateurs, pour protester contre la divulgation de ces coups de fil.

Un secret de polichinelle
Plusieurs commentateurs soulignaient lundi que le tempérament colérique et impulsif de Gordon Brown était un secret de polichinelle dans les couloirs de Westminster. Pour autant, cette polémique "n'est pas vraiment utile (au Labour de Gordon Brown) à l'approche d'élections où la personnalité des chefs de parti sera un thème dominant", souligne le Guardian (gauche) dans un éditorial.

D'autant moins qu'elle intervient alors que depuis plusieurs semaines, Gordon Brown, souvent jugé froid et distant, tente de montrer un visage plus "humain". Lors d'une récente interview télévisée, il a notamment évoqué sans détours, au bord des larmes, la mort de sa fille en 2001. Une stratégie qui semblait commencer à payer : selon un sondage Yougov publié dimanche, le Labour du Premier ministre a commencé à grignoter son retard sur les Tories, qui ne les distançaient plus que de 6 points, contre plus de 15 il y a quelques mois encore.