Surveillance des communications : Edward Snowden inculpé pour espionnage par la justice américaine

Washington demande à Hong Kong, où le jeune homme est réfugié, de l'interpeller.

L\'ex-consultant de la NSA Edward Snowden, interviewé par le quotidien britannique \"The Guardian\", à Hong Kong (Chine), le 6 juin 2013.
L'ex-consultant de la NSA Edward Snowden, interviewé par le quotidien britannique "The Guardian", à Hong Kong (Chine), le 6 juin 2013. (EYEPRESS NEWS / AFP)

Il est l'homme grâce à qui le scandale a été rendu public. L'ex-consultant Edward Snowden, à l'origine des fuites sur les programmes américains de surveillance des communications, risque désormais de devoir rendre des comptes à la justice américaine. Réfugié depuis le 20 mai à Hong Kong, le jeune homme a été inculpé vendredi 21 juin aux Etats-Unis pour espionnage.

Francetv info fait le point sur cette affaire.

Que lui reproche la justice américaine ?

L'ancien consultant de la NSA, l'agence américaine en charge de la surveillance des communications, est inculpé pour espionnage, vol et utilisation illégale de biens gouvernementaux. Il lui est reproché d'avoir révélé, via des documents publiés dans le Washington Post et The Guardian, que le renseignement américain utilisait deux programmes secrets de surveillance des communications.

L'un permet la récolte depuis 2006 aux Etats-Unis des données d'appels téléphoniques (mais pas leur contenu), l'autre, nommé Prism, vise à intercepter les communications d'internautes étrangers se situant hors des Etats-Unis. Il a également révélé samedi 22 juin dans un entretien au South China Morning Post (en anglais) que la NSA piratait les opérateurs de téléphonie mobile chinois pour accéder aux SMS.

Traitre pour les uns, héros pour les autres, Snowden affirme avoir fait ces révélations parce qu'il ne pouvait "permettre au gouvernement américain de détruire la vie privée, la liberté d'internet et les libertés fondamentales des personnes avec ce système gigantesque de surveillance qu'ils sont en train de bâtir secrètement".

Risque-t-il l'extradition ?

La justice américaine a demandé à Hong Kong de l'interpeller et la Maison Blanche négocie son extradition. "Nos responsables de l'application de la loi sont actuellement en conversation avec les autorités de Hong Kong", a déclaré à CBS Tom Donilon, conseiller de Barack Obama pour la sécurité nationale. Un traité d'extradition est en effet en vigueur entre Hong Kong et les Etats-Unis, mais Pékin a le droit d'opposer son veto.

Surtout, cette procédure pourrait prendre des années. Comme l'expliquait le chercheur Nicholas Bequelin à francetv info il y a quelques semaines, l'Américain peut faire appel d'une décision d'extradition ou demander l'asile politique, deux options qui suspendrait la procédure et lui permettrait de gagner du temps.

En effet, si Hong Kong est un territoire sous souveraineté chinoise, l'île bénéficie d'un régime particulier, avec la liberté d'expression et un système juridique solide. Le chef de l'exécutif hong kongais, Chun-ying Leung, s'est d'ailleurs contenté de déclarer que son cas serait traité selon la loi.

Peut-il rejoindre l'Islande ?

Le salut d'Edward Snowden pourrait également venir de l'Islande. Dans un entretien avec le Guardian le 9 juin, il affirmait que l'île était le pays le plus proche de ses valeurs pour un internet libre et indépendant des Etats. 

Un homme d'affaires proche de Wikileaks a d'ailleurs révélé qu'il préparait l'arrivée d'Edward Snowden dans le pays. "Nous avons un avion et toute la logistique est en place. Maintenant, nous attendons juste une réponse du gouvernement", a affirmé jeudi soir à la chaîne islandaise Channel 2, Olafur Sigurvinsson. Le vol se ferait dans un jet privé loué à une compagnie chinoise, grâce à des contributions collectées par WikiLeaks.

Pour le moment, le gouvernement islandais s'est montré très prudent sur cette affaire. "Puisqu'il n'est pas dans le pays, je n'ai pas de commentaire à faire pour le moment", a  dit mercredi le Premier ministre, Sigmundur David Gunnlaugsson.