Espagne : la crise pèse lourd sur la consommation

Vêtements, voitures, cigarettes... La crise a des conséquences sur tous les secteurs de la consommation. En Espagne, il n'y a pas que l'immobilier ou le secteur bancaire qui souffrent de la crise. Avec le chômage et la baisse des revenus, les consommateurs mettent un sérieux coup de frein à leurs dépenses, fragilisant entreprises et petits commerces. Exemples.

Fermeture des magasins Darty en Espagne.
Fermeture des magasins Darty en Espagne. (AFP)
Début juin 2013, plusieurs grands noms du paysage espagnol, comme le groupe textile Blanco et le fabricant de tabac Altadis, ont fait les frais de la crise.

Le groupe textile Blanco, présent dans 23 pays avec près de 300 magasins et 2.000 employés, a déposé son bilan le 4, insistant sur «la situation économique délicate dont souffre le pays et qui touche de manière très spécifique les marchés du crédit et de la consommation». Le secteur de l'habillement espagnol est en effet mal en point: selon l'Association des professionnels du textile Acotex, le chiffre d'affaires du secteur a reculé de 1,12% en 2012 et accumule déjà depuis début 2013 une baisse de 8,7%, augurant d'une 7e année consécutive dans le rouge.
 
Recul des ventes de détail
Dans la 4e économie de la zone euro, frappée par un chômage de 27%, les ventes de détail ont reculé en avril de 2,6%, pour le 34e mois de suite. «La hausse du chômage fait que la famille établit des priorités au moment de faire des achats: évidemment, elle ne peut se priver des articles essentiels comme les fournitures basiques et l'alimentation, mais le reste de la consommation diminue», explique Rocio Algeciras, responsable du cabinet juridique de l'association de défense des consommateurs Facua.

Le 4 juin, également, le producteur de cigarettes Altadis a décidé de supprimer 10% de son effectif et de fermer son usine de Cadix en Andalousie, invoquant «une chute des volumes de ventes de cigarettes de 40% au cours des quatre derniers mois».
 
Darty ferme ses portes
Dans l'automobile, les ventes devraient atteindre péniblement 700.000 unités cette année, contre 1,5 million avant la crise, selon les fabricants.
 
Dans la téléphonie mobile, le nombre de lignes a diminué de 300.000 en mars, pour le 8e mois consécutif. Au total, 486.000 lignes ont été interrompues et le nombre de lignes de téléphonie mobile en service en Espagne a chuté de 3,8% sur un an.

Durant ce mois de juin, les 43 magasins en Espagne de l'enseigne d'électroménager Darty ont baissé définitivement le rideau. Bilan: 650 emplois en moins. Le marché espagnol du gros électroménager a baissé de 10% en 2012.
  
En raison de la crise et de la baisse de la consommation, de nombreux commerces ferment leur porte.
En raison de la crise et de la baisse de la consommation, de nombreux commerces ferment leur porte. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

47.000 fermetures de PME           
Le secteur qui paie le plus lourd tribut est sans aucun doute le commerce, avec la fermeture de nombreuses boutiques: depuis le début de la crise, «cela  s'est traduit par la disparition de près de 47.000 petites entreprises et  500.000 emplois associés au commerce», regrette Celia Ferrero, vice-présidente de la fédération des petits entrepreneurs ATA. «C'est une situation très grave, parce que le secteur a un poids très important dans l'économie espagnole, en employant presque 3 millions de  personnes», et «au final disparaissent énormément de petites entreprises qui constituent la base du tissu industriel en Espagne.»
 
Autre exemple, cité par la correspondante du Monde en Espagne, Sandrine Morel, à propos des frais de scolarité universitaire. L'université «a annoncé cette semaine l’annulation des inscriptions des étudiants qui n’ont pas payé les frais universitaires cette année. Des frais qui ont augmenté brutalement (de près de 50% pour les masters et de près de 20% et de manière progressive en fonction du nombre de matières suspendues pour les autres diplômes), et se sont accompagnés d’une réduction des bourses. Près de 3500 étudiants seraient concernés par cette annonce ».

Signe des temps, le roi a annoncé qu'il avait décidé de se séparer de son yacht, dont les dépenses d’entretien ne sont plus compatibles avec l’austérité imposée au pays.

Et la situation ne semble pas s'améliorer, au premier trimestre 2013, le PIB de l’Espagne a continué à reculer. Une chute de 0,5% après un retrait de 0,8% au trimestre précédent. Pour 2013, la Banque d’Espagne prévoit un recul du PIB de 1 à 1,5% après une baisse de 1,4% en 2012…
 
En récession depuis le dernier trimestre 2011, l’Espagne subit particulièrement violemment la politique d’austérité. Pays de 47 millions d'habitants, l’Espagne affichait fin mars 2013 un record historique de 6.202.700 chômeurs, soit 27,16% de la population active. Seule note d'espoir, les deux derniers mois, le nombre de sans emplois a très légèrement reculé...