Violences en Guadeloupe : "Le vrai problème, ce sont les inégalités" qui se sont renforcées avec la crise du Covid-19, selon un économiste

La Guadeloupe affronte un mouvement social d'ampleur depuis une semaine entre incendies et pillages qui ont débouché sur 38 interpellations dans la nuit de samedi 20 à dimanche 21 novembre.

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Radio France
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Un barrage réalisé par des manifestants en Guadeloupe le 17 novembre 2021. (CARLA BERNHARDT / AFP)

"Le vrai problème, ce sont les inégalités" qui se sont renforcées en Guadeloupe avec la crise sanitaire, a expliqué dimanche 21 novembre sur franceinfo Olivier Sudrie, spécialiste des Outre-Mer et maître de conférences à l’université Paris-Saclay. Il réagissait aux actes de violences qui secouent la Guadeloupe depuis une semaine. "Cette crise sporadique pourrait être le détonateur d’une crise sociale beaucoup plus profonde", a-t-il prévenu.

franceinfo : Les actes de délinquance en Guadeloupe sont-ils isolés ou reflètent-ils ce que ressentent tous les Guadeloupéens ?

Olivier Sudrie : Il y a des deux. Certes il y a de la délinquance, mais cette crise sporadique pourrait être le détonateur d’une crise sociale beaucoup plus profonde, et qui a, au moins, deux ferments. Le premier qui pourrait expliquer la révolte, c’est l’augmentation des inégalités liée à la crise sanitaire. En particulier en Guadeloupe et en Martinique, certains font partie d’une économie invisible, mais bien réelle. Eux n’ont pas été sous le robinet des aides sociales. Mécaniquement, les inégalités ont augmenté. Le deuxième ferment, peut-être un peu plus irrationnel, c’est que le mouvement anti-vax va rentrer en résonance avec un autre mouvement, beaucoup plus ancien, qui est le scandale du chlordécone. Pour certains, le vaccin fait peser un risque d’empoisonnement au même titre que le chlordécone, ce qui est évidemment faux. Il y a ce discours qui dit que c’est le même combat, un combat contre un extérieur qui est brutal, et représenté en partie par les grands planteurs, à l’origine du problème du chlordécone. L’autre extérieur brutal est celui qui impose le vaccin. Tout ceci renvoie à un autre imaginaire, encore ancré aux Antilles, c’est la révolte contre le maître.

Les jeunes qui pillent et incendient actuellement se sentent-ils concernés par l’histoire de l’esclavage ?

Je n’en suis pas certain, mais tout rentre en résonnance et fait tache d’huile. Comme dans toute mouvance sociale il y a des dérapages. On a connu la même chose à Saint-Martin suite au passage d’Irma, à Mayotte, ou pendant des manifestations nationales avec les black blocs.

La réponse sécuritaire du gouvernement est-elle la bonne ?

A très court terme, très certainement, mais à moyen et long terme probablement pas. Il faut être plutôt dans l’écoute et dans le dialogue. Le vrai problème, ce sont les inégalités. La campagne présidentielle est peut-être un bon moment pour ouvrir ce sujet. Les inégalités trouvent souvent leur source à l’école. Mal formés, une grande partie des jeunes n’arrivent pas à s’intégrer au marché du travail. Or cette non-intégration est la mère des inégalités.

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