Panne de courant : que se passe-t-il à la centrale nucléaire de Fukushima ?

La centrale japonaise subit une panne de courant depuis lundi, éveillant les inquiétudes, deux ans après la catastrophe nucléaire.

Des \"nettoyeurs\" rassemblés près du réacteur n°4 de la centrale de Fukushima (Japon), le 7 mars 2013.
Des "nettoyeurs" rassemblés près du réacteur n°4 de la centrale de Fukushima (Japon), le 7 mars 2013. (MASNARI GENKO / YOMIURI / AFP)
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"Le refroidissement des piscines de combustible usagé de la centrale nucléaire japonaise n'est plus assuré." Le jargon est le même, mardi 19 mars, deux ans après l'incident nucléaire de la centrale de Fukushima Daiichi, au Japon. La veille, une panne électrique dont l'origine est encore inconnue a entraîné l'arrêt des précieux systèmes de refroidissement du combustible. Depuis, Tepco, l'opérateur de la centrale, s'active pour rétablir le courant. Mais comment un tel accident a-t-il pu se produire ?

Quelle partie de la centrale a été touchée ?

La panne de courant a entraîné l'arrêt des systèmes de refroidissement des piscines de stockage du combustible usagé des réacteurs 1, 3 et 4. Le rétablissement partiel du courant a permis, mardi matin, de relancer le système de refroidissement de la piscine du réacteur 1, a annoncé Tepco. La compagnie d'électricité a ajouté que les systèmes de refroidissement des piscines des réacteurs 3 et 4 devraient fonctionner normalement en fin de matinée (heure de Paris). Le dernier système de refroidissement en panne, celui de la piscine de stockage dite "centrale", à l'écart des réacteurs proprement dits, devrait remarcher mardi soir. Ces images fournies par Tepco montrent la coupure brutale de courant :

TEPCO / APTN

La centrale de Fukushima fonctionne-t-elle toujours ?

Non. Depuis le tsunami et l'accident nucléaire du 11 mars 2011, la centrale est arrêtée. Et elle n'a pas vocation à redémarrer. Seuls les systèmes de refroidissement des piscines de combustible usagé et les équipements de traitement des débris contaminés fonctionnent encore. En effet, il reste du combustible dans les piscines, qui doivent être refroidies, afin d'éviter la fusion.

Depuis l'accident, des "nettoyeurs" s'occupent des réparations et de la décontamination des zones exposées à la radioactivité. Selon un comité d'experts, mandaté par Tokyo en 2011, la centrale de Fukushima ne pourra pas être fermée en toute sécurité avant 2040.

N'y a-t-il pas de système électrique de secours ?

"C'est la question que nous nous posons, répond Emmanuel Raimond, ingénieur à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, interrogé par francetv info. Sur tous les réacteurs de toutes les centrales nucléaires, il y a une cascade de dispositifs de secours." C'était aussi le cas à Fukushima Daiichi, avant l'accident de 2011, avec un système "très robuste", "prévu pour résister aux fréquents séismes". Pas aux tsunamis. C'est la vague géante consécutive au tremblement de terre qui a inondé les groupes électrogènes de sécurité.

Après la panne de lundi, il semble qu'aucun dispositif de secours ne se soit déclenché automatiquement. En tout cas, aucun n'a été évoqué, ni par le gouvernement japonais, ni pas l'opérateur Tepco, qui assure pouvoir "relancer le courant à tout moment", selon son porte-parole Yoshihide Suga, cité par Le Monde. "Mais nous cherchons d'abord à identifier la cause du problème pour éviter qu'il ne se reproduise."

Où en sont les travaux ?

La panne de courant concerne surtout les piscines de stockage du combustible usagé des réacteurs 1, 3 et 4. Ce dernier est le plus problématique pour les "nettoyeurs". "Perchée à une trentaine de mètres de hauteur, la piscine du réacteur 4 repose sur une structure fragilisée par l'explosion d'hydrogène survenue le 15 mars 2011", explique Le Monde.

Tepco a commencé en janvier les démarches pour extraire les barres de combustible usagé, et les premières "doivent être sorties en décembre 2013". Le calendrier officiel laisse deux ans à l'entreprise pour mener cette délicate opération, mais Tepco doute de pouvoir respecter ce délai. Ensuite, il faudra récupérer le combustible fondu au cœur des réacteurs endommagés. Il y en a pour plus de vingt ans, selon les estimations officielles.