"La ferme des mille vaches met en péril le métier de paysan"

En lutte contre "l'agro-business", environ 2 000 manifestants ont soutenu, mardi, à Amiens, des militants de la Confédération paysanne convoqués au tribunal après des dégradations dans cet élevage intensif de bovins.

Arrivée en vélo de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), Claire pose avec un masque parodique de la \"vache qui rit\", le 28 octobre 2014, à Amiens (Somme), pour dénoncer le projet de \"ferme-usine des mille vaches\".
Arrivée en vélo de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), Claire pose avec un masque parodique de la "vache qui rit", le 28 octobre 2014, à Amiens (Somme), pour dénoncer le projet de "ferme-usine des mille vaches". (PHILIPPE HUGUEN / AFP)
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Le temps d'un procès, le square Jules Bocquet s'est transformé en terrain de lutte - et tant pis pour la pelouse "interdite au public". Environ 2 000 manifestants se sont réunis, mardi 28 octobre, en face du palais de justice d'Amiens (Somme), pour soutenir neuf membres de la Confédération paysanne poursuivis pour des dégradations dans la "ferme des mille vaches", un élevage intensif de taille inédite en France.

Massés devant une scène montée pour l'occasion, les manifestants ont profité de cette journée pour faire "le procès de l'agriculture industrielle", qu'ils dénoncent dans toute la France.

"Ce n'est plus une ferme, c'est une usine"

"Quand on a un hangar pour 1 000 vaches, ce n'est plus une ferme, c'est une usine, s'insurge Nadia Jacquot, 51 ans, qui élève une vingtaine de vaches et de bisonnes dans sa ferme des Vosges. Des projets comme 'la ferme des mille vaches', à grands coups de subventions, accélèrent la mort des fermes des alentours et tuent le métier de paysan. Et ce n'est que le début de quelque chose d'encore plus grand, comme les usines de 40 000 têtes aux Etats-Unis."

Venus en car, en tracteur ou encore en vélo, les manifestants défendent la petite paysannerie et les circuits de proximité, qui contribuent, selon eux, à sauver les campagnes et leurs services (commerces, écoles, etc.). Sans oublier la qualité de l'alimentation. "Si on n'a plus que des fermes géantes, on n'a plus de fromages, illustre Francis Chastagner, porte-parole de Novissen, l'association des anti-"mille vaches". Il y a des terroirs pour le lait, comme pour le vin, avec telle herbe et telle qualité à tel endroit. Les industriels, eux, ne cherchent qu'à avoir le lait le plus propre possible, sans la moindre bactérie."

"Convergence des luttes"

A Amiens, les opposants à la "ferme des mille vaches", mise en service en septembre avec 450 bêtes, reçoivent le soutien d'autres camarades de lutte. "Les 'mille vaches' sont la tête de pont d'un large projet d'industrialisation de l'agriculture", clament ainsi au micro des militants venus de Notre-Dame-des-Landes avec leurs tracteurs ("les mêmes qui ont protégé les champs" de Loire-Atlantique contre le projet d'aéroport).

Avant de se rendre devant le tribunal correctionnel, l'un des prévenus, Laurent Pinatel, a lui-même accroché à sa veste un badge de soutien à Notre-Dame-des-Landes. Il insiste sur l'importance de la "convergence des luttes", et demande à la foule une minute de silence en hommage à Rémi Fraisse, mort durant le week-end en s'opposant au projet de barrage de Sivens (Tarn). Un représentant des anti-barrage en fait de même dans l'après-midi.

Un à un, les témoignages recueillis à Amiens permettent d'esquisser une carte de France des luttes contre les projets industriels. "Il y a un terme pour cela : les 'pini', les projets inutiles, nuisibles et imposés, explique Jean-Michel Jedraszak, un médecin à la tête de la fronde contre un projet de porcherie de 4 500 têtes à Heuringhem (Pas-de-Calais). Cela s'applique aux 'mille vaches', à Notre-Dame-des-Landes, à Sivens et à cette porcherie géante, polluante et rejetée par la population."

"On s'allie pour se sentir fort"

Devant le palais de justice d'Amiens, chacun vient donc soutenir les opposants à la "ferme des mille vaches" et organiser sa propre lutte, avec l'aide notamment de la Confédération paysanne. "C'est toujours le pot de terre contre le pot de fer, alors on s'allie pour se sentir fort, confie Jean-Michel Jedraszak, qui participe aussi au lancement du collectif d'opposants Plein Air, qui réunit déjà une vingtaine d'associations. On aide les uns aujourd'hui, qui nous le rendront demain." 

Ce mardi, tous désignent le même ennemi : Michel Ramery, le riche industriel du BTP à l'initiative de la "ferme des mille vaches". Sur l'estrade, des paysans mettent en scène son procès fictif et le condamnent notamment pour "atteinte aux droits des paysans". A l'intérieur du palais de justice, les prévenus sont pourtant des militants de la Confédération paysanne. Des peines allant jusqu'à cinq mois de prison avec sursis ont été prononcées à leur encontre.