Emissions de gaz à effet de serre : la France a raté ses objectifs en 2016

La France, qui se veut l'un des fers de lance de la lutte contre le réchauffement climatique, n'a pas respecté ses objectifs, selon des estimations du ministère de la Transition écologique. En cause, notamment : les secteurs du transport et du bâtiment.

La ville de Paris sous un nuage de pollution, le 16 décembre 2016. 
La ville de Paris sous un nuage de pollution, le 16 décembre 2016.  (PHILIPPE LOPEZ / AFP)
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La France a raté son année 2016 en ce qui concerne la lutte contre le réchauffement ? Paris n'a en effet pas tenu ses objectifs d'émissions de gaz à effet de serre cette année-là, selon un bilan provisoire publié lundi 22 janvier par le ministère de la Transition écologique. Ce dernier estime que ces résultats qui "appellent à une réaction".

Après avoir atteint "sans marge" son objectif de 2015, la France a émis 463 millions de tonnes de gaz à effet de serre (en équivalent CO2) en 2016, soit 3,6% de plus que ce qui était prévu. Le dérapage vient essentiellement des secteurs du transport et du bâtiment. Les émissions ont toutefois baissé de 15,3% par rapport à leur niveau de 1990. Voici ce qu'il faut retenir de ces premières estimations.

Comment expliquer ce raté ?

Cet écart entre l'objectif et la réalité s'explique essentiellement par des éléments conjoncturels, comme le faible prix des produits pétroliers, qui a "incité à la consommation", et l'indisponibilité de certaines centrales nucléaires "qui a provoqué un recours accru aux centrales" à charbon et à gaz, selon le document mis en ligne par le ministère"Certains indicateurs sectoriels s'écartent dès 2015 de la trajectoire", notamment dans le bâtiment et les transports, relève-t-il.

Il s'agit du "premier écart à la trajectoire" définie dans la "stratégie nationale bas carbone", qui fixe chaque année un "budget carbone" à respecter afin d'atteindre une baisse de 27% des émissions de gaz à effet de serre en 2028 par rapport à 2013, et -75% d'ici à 2050. 

Ces résultats impliquent que la France "ne peut pas avoir un regard prétentieux" vis-à-vis du reste du monde, a estimé le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot. "Nous avons nous-mêmes nos propres contradictions", a-t-il dit lundi lors de ses vœux à la presse. "Un renforcement des actions apparaît donc nécessaire pour rester en phase avec nos objectifs", indique le ministère.

D'où viennent les émissions de gaz à effet de serre ?

Les émissions de gaz à effet de serre françaises proviennent essentiellement des transports (29%), de l'agriculture (20%) et du bâtiment (19%), et tous ont engendré plus d'émissions que ce qu'ils auraient dû. La palme revient au secteur du bâtiment, dont les émissions sont globalement stables depuis 1990, mais ont dérapé de 11% par rapport à l'objectif en 2016, les ménages ayant eu plus recours aux énergies carbonées pour le chauffage.

Dans les transports, les émissions sont 6% supérieures à ce qui était attendu et en hausse de 12,4% depuis 1990, et elles sont 3% trop élevées dans l'agriculture. A l'inverse, celles issues de l'industrie sont globalement conformes aux attentes grâce au développement de "nouvelles technologies de production", mais aussi parce que le secteur industriel français est en crise, et produit moins. Enfin, les émissions venues de l'énergie et des déchets sont inférieures au plafond prévu.

Comment rectifier le tir ? 

Le ministère de la Transition écologique met en avant les mesures de son Plan climat pour améliorer la performance française.

Le gouvernement a décidé d'accélérer la montée en puissance du prix du carbone, de soutenir le remplacement des véhicules qui rejettent beaucoup de gaz à effet de serre par des véhicules moins pollueurs, ou encore de renforcer la rénovation énergétique des bâtiments. La "stratégie nationale bas carbone" doit être révisée cette année, notamment pour y inclure l'objectif ambitieux de neutralité carbone à l'horizon 2050.