"Bombes climatiques" : "Aucun nouveau projet d'énergie fossile ne devait voir le jour, aujourd'hui 425 sont sur la table", déplore l'ONG Reclaim Finance

Projets de mines de charbon en Chine, sables bitumineux au Canada, extractions pétrolières en Afrique de l'Est... Des scientifiques ont identifiés pas moins de 425 projets dont les émissions combinées représentent "deux fois le budget carbone disponible pour limiter le réchauffement à 1,5 degré", dénonce Reclaim Finance.

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Radio France
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Vue d'une torchère au large des côtes angolaises sur une plateforme pétrolière de Total (illustration). (MARTIN BUREAU / AFP)

Des chercheurs ont identifié 425 projets d’extraction de charbon, pétrole et gaz, déjà en opération ou encore en construction, dont les émissions de CO2 cumulées feraient exploser le budget carbone mondial. Leurs travaux ont été publiés le 12 mai dans la revue Energy PolicyIls parlent de "bombes climatiques". "Le terme est le bon", juge Lucie Pinson, directrice générale de l'ONG Reclaim Finance, ONG affiliée aux Amis de la Terre France, interrogée lundi 16 mai sur franceinfo. "Cela permet en effet d'incarner le problème qui peut sembler assez abstrait pour tout un chacun".

franceinfo : Parler de "bombes climatiques" à propos de ces projets est-il approprié ?

Lucie Pinson : Le terme est le bon puisque les émissions combinées de ces projets représentent deux fois le budget carbone disponible pour limiter le réchauffement à 1,5 degré. Nous sommes dans un contexte d'urgence climatique. L’Agence internationale de l'énergie, mais aussi les scientifiques du GIEC ont donné une marche à suivre extrêmement claire pour tenir nos objectifs en matière climatique. À savoir qu'aucun nouveau projet d'énergie fossile, de gaz, de pétrole et de charbon ne doit voir le jour. Or, aujourd'hui, nous en avons donc, comme cette étude le révèle, 425 sur la table.

De quel type de projet parle-t-on concrètement ?

On parle d'énormes projets de mines de charbon comme en Chine, ou de sables bitumineux au Canada. Encore des grands projets pétroliers comme celui porté par TotalÉnergies en Afrique de l'Est. Le projet EACOP, qui est relié à un nouveau projet d'extraction pétrolière : le projet Tilenga en Tanzanie. Ces deux projets contribueront à émettre plus de 34 millions de tonnes de CO2 par an, soit six fois les émissions de l'Ouganda.

Quand on parle de "bombe" à carbone, ce terme qui est utilisé par les auteurs de cette étude, ça donne quelque chose de très imagé...

Ça permet en effet d'incarner le problème qui peut sembler assez abstrait pour tout un chacun puisque généralement, lorsqu'on parle de lutte contre le dérèglement climatique, on parle d'atteinte de la neutralité à l'horizon 2050. On parle d'objectifs de décarbonation, qui ne parle pas nécessairement au grand public. Et puis surtout, ce sont des objectifs assez lointains, notamment le fameux objectif d'atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050. On parle de temps en temps, d'objectifs de décarbonation à l'horizon 2020. Mais voilà, ça reste assez éloigné de la réalité aujourd'hui. Et là, ces 425 projets, ce sont des choses extrêmement concrètes.

"Ça permet de donner la marche à suivre si on veut tenir nos objectifs de long terme, à savoir empêcher le déploiement de ces projets dès maintenant."

Lucie Pinson, directrice générale de l'ONG Reclaim Finance

à franceinfo

Sachant que 40% de ces projets-là n'avaient pas encore commencé leur production en 2020, nous dit cette étude, est-il encore temps de les abandonner ?

Le GIEC a identifié la fenêtre d'opportunité puisque nous avons trois ans pour inverser la tendance et atteindre le pic de nos émissions de gaz à effet de serre. Puis, après les réduire radicalement. Donc, c'est maintenant que ça se joue. On a en ce moment la période des assemblées générales, avec notamment l'assemblée générale de TotalÉnergies qui se tient le 25 mai. Total consultera ses actionnaires sur son plan climat qui, il faut le rappeler, cache une stratégie d'expansion dans les énergies fossiles. Total est la septième entreprise au monde à développer de nouveaux projets pétroliers et gaziers partout dans le monde. Et donc, il est indispensable que les plus gros actionnaires, parmi lesquels se trouvent AXA, BNP, mais également Amundi, qui est la filiale de gestion d'actifs du Crédit Agricole et qui est le deuxième actionnaire de Total, votent contre ce plan climat et tiennent leurs promesses en matière climatique.

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