#COP21 : En Norvège, la mine de fer qui tue le fjord

Le Grand Nord est de plus en plus menacé par la voracité de l’industrie minière à la recherche d’uranium, de nickel, de minerai de fer. L’Europe du nord est ainsi particulièrement convoitée. Les projets se multiplient au nord de la Finlande, de la Suède, et bien sûr en Norvège où les dégâts sont déjà visibles.

(La mine de fer de Sydvaranger vue du ciel © Bernt Nilsen)
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C'est le cas notamment tout en haut de la Norvège, dans la province reculée du Finnmark, plus exactement à Kirkenes, une petite ville située au-delà du cercle polaire. Selon les associations écologistes, les rejets de la mine de fer de Sydvaranger y détruisent, chaque jour un peu plus, le fjord qui borde la commune.

(Olav, le pêcheur de crevettes © Benjamin Illy / RF)

 

Sur le port de Kirkenes, petite ville de 3.500 habitants, située tout en haut de la Norvège, à 500 km au-delà du cercle polaire arctique, Olav, un pêcheur, vient de ramener une pleine cargaison de crevettes. "Depuis quand je suis pêcheur ? Depuis 1976 ! Je pêche des crevettes depuis bientôt 40 ans maintenant! Mais pour attraper les crevettes, on va plus loin, dans le Fjord de Varanger. C’est à peu près à une heure d’ici…"  Les rejets de la mine dans le fjord ne semblent pas l’inquiéter : "Pour le moment non ! Selon moi, le fjord n’est pas mort. Mais probablement dans le futur s'ils sont encore autorisés à jeter les déchets de la mine de fer dans le fjord. Alors là, oui, il va mourir… Peut-être. On ne sait pas. Vous savez, le business c’est le business !"

(Bernt Nilsen devant un panneau qui dit "interdiction de jeter l’ancre" (car le pipeline de la mine sort à cet endroit du fjord) © Benjamin Illy / RF)

 

Stop à la pollution du fjord

 

Bernt Nilsen, personnalité très active à Kirkenes, est à la tête d'une association qui dénonce la pollution du fjord. "Bien sûr, si vous allez loin dans la mer de Barents, vous trouverez plein de poisson !" déclare-t-il, très ironique. "Mon association s’appelle Stop à la pollution du fjord. Nous nous trouvons exactement à l’endroit où ils polluent le fjord. Nous sommes à quelques centaines de mètres de leur usine : ils ont construit un tunnel à travers la ville, dans sa partie la plus agréable. Et à 100 mètres d’ici, vous pouvez voir le pipe-line par lequel les résidus de minerais et les produits chimiques sont rejetés dans le fjord tous les jours. Dans cette partie du fjord, tout est mort!"

 

"Vous pouvez avoir un ou deux poissons qui passent par-là mais, les déchets de la mine, c’est de la poudre très fine. Cela pollue et cela tue tout ce qui se trouve sous la surface. Ils choisissent les méthodes les moins chères pour eux, pour gagner le plus d’argent possible. C’est triste parce que les touristes qui viennent ici, qui prennent des photos, ne voient que ce qu’il y a la surface mais, nous, nous devons aller sous la surface pour trouver la vérité. Et en dessous, l’image est beaucoup moins jolie."

(Sur le chemin de la mine © Benjamin Illy / RF)

 

En dehors de la ville, le fjord a été bouché

 

Bernt Nilsen nous emmène à l'extérieur de la ville, à un endroit où le fjord a été bouché en partie par les déchets de la mine, dans les années 70. "Vous savez, je conduis une grosse voiture, j’ai une belle maison. Je ne suis pas un écologiste fondamentaliste. Je ne suis pas contre une société moderne. Je veux juste préserver cette nature pour mes petits-enfants ! Je ne suis pas contre l’industrie minière mais je m’oppose à leurs méthodes. C’est très bien que la Norvège profite de ses ressources naturelles. Mais ce qu’il font c’est très dangereux pour le fjord."

 

Arrivé devant le fjord, en partie obstrué, Bernt Nislen semble consterné : "ils ont presque amputé le fjord. Voilà ce qu’il s’est passé ici à partir du moment où la mine a commencé à déverser ses déchets. Cela vous montre le désastre qui s’est produit ici il y a quelques années!" Face à la mine, le spectacle est désolant avec d'immenses talus de 200 ou 300 mètres de hauteur. Ce sont des déchets de la mine qui gâchent le paysage magnifique de cette région isolée. Contactés pour tenter d'avoir des explications sur leurs engagements en matière d'environnement, les responsables de la mine n'ont donné aucune réponse.

(Cecilie Hansen, maire de Kirkenes, distribue les tracts et les sourires © Benjamin Illy / RF)

 

Retour dans le centre de Kirkenes

 

C'est le dernier jour de campagne pour les élections municipales, animé par la fanfare des enfants. Sous une grande tente verte, Cecilie Hansen, maire de Kirkenes, distribue les tracts et les sourires. Elle est membre du parti des Verts. "Je ne suis pas en colère contre la mine, ils font leur boulot basé sur une série de restrictions, de règles, et de politiques qu’ils respectent. En revanche, j’ai beaucoup de question à poser à notre gouvernement ! Je voudrais qu’on ait une industrie minière "verte". Le gouvernement devrait soutenir la recherche pour la développer. On n’a pas besoin de tous ces produits chimiques. Le gouvernement n’a pas la bonne politique minière."

 

En attendant que ce souhait d'une activité minière qui respecte l'environnement se concrétise, les rejets de la mine de Sydvaranger se poursuivent dans le fjord de Kirkenes, les déchets s'accumulent années après années. Mais tout cela pourrait très bientôt s'arrêter car la mine connait actuellement de grosses difficultés financières, et risque de stopper net son activité.

​Le reportage de Benjamin Illy en Norvège
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(Le magnifique de fjord de Sydvaranger © Benjamin Illy / RF)