Prolongation de la concession Montagne d'or en Guyane : "L'Etat ne s'est pas défendu", regrette une association environnementale qui dénonce une position "ambiguë"

L'Etat s'était montré favorable à la suspension de ce projet controversé d'extraction d'or mais le tribunal administratif de Guyane en a décidé autrement, ordonnant à l'Etat de prolonger les concessions minières de la Compagnie Montagne d'or. Une décision que regrette Guyane nature environnement, qui espère que l'Etat "fera appel".

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Une vue aérienne du site de la Montagne d'or en Guyane, le 12 octobre 2017. (JODY AMIET / AFP)

"L'Etat ne s'est quasiment pas défendu", a regretté jeudi 24 décembre sur franceinfo Anouchka Ponce, coordinatrice Guyane nature environnement, alors que le tribunal administratif de Guyane a ordonné jeudi à l'Etat de prolonger les concessions minières de la Compagnie Montagne d'or en Guyane. La suspension de ce projet avait été présentée par le gouvernement comme un gage de la politique écologique d'Emmanuel Macron.

Montagne d'or est le plus grand projet d'extraction d'or primaire jamais proposé en France. Il s'agit d'un projet controversé, porté par le consortium russo-canadien Nordgold-Columbus Gold. "L'Etat a produit une très faible défense" et "n'était pas présent à l'audience", précise Anouchka Ponce. Elle dénonce "l'ambiguïté" du gouvernement qui s'était pourtant montré favorable à l'arrêt de ce projet et espère que "l'Etat fera appel de la décision" du tribunal.

franceinfo : Comment réagissez-vous à la décision du tribunal administratif ?

Anouchka Ponce : On est très déçus par cette décision. On aurait aimé une confirmation de ce rejet de renouvellement de concession. Ce qu'on regrette le plus dans ce dossier, c'est que l'Etat ne s'est quasiment pas défendu. Nous, on était intervenants volontaires au procès. On a apporté le maximum d'éléments juridiques pour justifier le refus de ce renouvellement. L'Etat ne s'en n'est pas emparé et a produit une très faible défense. Cela a été souligné lors de l'audience par le rapporteur public. Et l'Etat n'était pas présent le jour de cette audience. C'était l'occasion pour l'Etat de concrétiser sa position politique en allant au tribunal et en refusant le renouvellement de concessions. Mais l'Etat ne l'a pas fait. On est allés jusqu'en contentieux et on a la pire des décisions. Il n'y a plus d'instruction, plus de passage en commission des mines. Le juge dit : renouvelez cette concession dans les six mois. Et avec cette décision, pendant les 25 prochaines années, on peut avoir à tout moment un projet Montagne d'or de mégamine, en pleine forêt amazonienne. C'est ça qui est extrêmement problématique.

C'est reparti pour 25 ans ? Il n'y a pas d'espoir de régler cette affaire avant, par exemple à la présidentielle prochaine ? 

En tout cas, sur le plan administratif, c'est possible pendant toutes ces années. Après, c'est une décision politique. Le projet de mégamine sera de nouveau déposé. On verra ce que l'instruction du dossier dira. Mais en tout cas, là, il y a un très mauvais signe qui a été envoyé par l'Etat, c'est-à-dire à une très faible défense vis à vis de ce projet-là. L'Etat ne s'est pas défendu face à Montagne d'or, alors que c'était l'occasion. Il y a une ambiguïté sur sa position.

Est-ce que le parquet défend peut-être les intérêts économiques du territoire guyanais? Il faut aussi prendre ça en compte.

Sur le plan économique, le projet Montagne d'or a été débattu sur ce point-là. On l'a vu avec le rapport produit par le WWF. Les retombées économiques n'étaient pas si importantes pour la Guyane. En plus d'avoir un impact environnemental très fort, il n'est pas dit que ce soit vraiment en faveur du développement économique de la Guyane. Ces aspects-là aussi sont questionnables. On espère pouvoir rencontrer Barbara Pompili (la ministre de la Transition écologique) et parler de ces enjeux-là. Il y a quand même une possibilité pour l'Etat de faire appel. Donc, nous, on espère vraiment que l'Etat fera appel.

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