Faut-il s'inquiéter de la présence du frelon oriental détectée à Marseille ?

Pour l'heure, les scientifiques en savent peu sur l'arrivée de ce nouveau frelon à Marseille (Bouches-du-Rhône). Franceinfo a interrogé l'entomologiste Quentin Rome. 

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Propos recueillis par - Florence Morel
France Télévisions
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Temps de lecture : 3 min.
Un frelon oriental, comme ceux découverts à Marseille (Bouches-du-Rhône) en octobre 2021. (Ecotonia)

Il est roux avec des taches jaunes sur l'abdomen. Le frelon oriental, de son nom scientifique Vespa orientalis linnaeus, a-t-il élu domicile à Marseille ? C'est la question que tentent d'élucider les chercheurs, après la découverte d'une colonie début octobre. Pour l'heure, les scientifiques en savent peu sur ces nouveaux venus dans l'Hexagone. L'Inventaire national du patrimoine naturel (INPN) invite d'ailleurs les personnes ayant observé ces frelons à remplir un formulaire de signalement pour en apprendre plus.

Comment reconnaître cette espèce ? Est-elle dangereuse ? Va-t-elle s'implanter sur le territoire français ? Franceinfo a interrogé l'entomologiste Quentin Rome, spécialiste des frelons à l'Office français de la biodiversité (OFB).

Franceinfo : Comment peut-on reconnaître le frelon oriental ?

Quentin Rome : C'est un frelon qui est plus proche morphologiquement du frelon européen que de son homologue asiatique. Il se niche dans des cavités et fait des nids peu populeux, contrairement au frelon asiatique qui fait des nids très populeux, en hauteur et en extérieur, accroché dans des arbres.

Physiquement, le frelon oriental est roux avec des taches jaunes sur l'abdomen. Le frelon asiatique est noir avec un anneau orange et des partitions jaunes. Quant au frelon européen, il est noir, avec des taches rouges et l'abdomen rayé noir et jaune.

Peut-il proliférer en France ?

Pour l'instant, on n'a aucune idée de la capacité d'expansion du frelon oriental, contrairement à ce qu'on peut lire un peu partout. Ce que l'on sait, c'est que ce frelon est naturellement présent dans le sud de l'Europe, dans le sud de l'Italie et dans les Balkans. On le trouve aussi en Afrique de l'Est et du Nord, et jusqu'en Inde.

Il a été introduit en 2013 en Andalousie (Espagne) et il est en train de remonter doucement vers le Nord avec le réchauffement climatique. Il y a également eu une introduction dans le nord de l'Italie et, depuis trois semaines, à Marseille. On sait également qu'il existe une colonie dans la cité phocéenne, puisque des ouvrières ont été capturées et qu'il y en a au moins une en cours de reproduction (on a déjà trouvé des mâles et des femelles dans l'environnement). Cependant, on ne sait toujours pas précisément où cette colonie est implantée.

Comment est-il arrivé à Marseille ?

On ne sait pas comment il y est arrivé, ni comment il a été introduit dans les autres pays européens. On sait toutefois que des reines de frelons ont été capturées à plusieurs reprises dans des cargaisons de fruits en Belgique et au Royaume-Uni. Il peut donc être transporté avec des fruits, mais on n'a pas d'informations supplémentaires.

Cette espèce est-elle dangereuse pour l'homme ?

Elle ne l'est pas plus que les frelons européens et asiatiques. Nous disposons de beaucoup de documentation sur son venin et sur ses réactions. Le frelon oriental est dangereux pour les personnes qui y sont allergiques et il faut faire attention aux piqûres dans la bouche. Pour les autres, il n'est pas plus nocif qu'une piqûre d'abeille. C'est une espèce pacifique, bien plus que son homologue européen. On peut s'en approcher sans problème. En revanche, c'est un grand prédateur des abeilles domestiques. Ce qui pose des problèmes pour les apiculteurs dans les pays où ce frelon est présent.

Les apiculteurs français doivent-ils s'inquiéter de la présence de ce frelon sur le territoire ?

Aujourd'hui, il est trop tôt pour le dire, car on ne sait pas s'il y restera. Si l'hiver est rigoureux, ou que ce n'est qu'une première colonie, peut-être qu'il ne s'implantera pas. Mais une colonie est déjà là, ce qui est quand même un mauvais signe. Pour le moment, on ne connaît pas les conditions qui favoriseraient son implantation. On commence à peine à travailler dessus.

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