Les Etats-Unis et Cuba rouvrent officiellement leurs ambassades

Ce lundi marque une nouvelle étape concrète du rapprochement historique engagé l'an dernier par Barack Obama et Raul Castro.

Le président cubain, Raul Castro, et son homologue américain, Barack Obama, le 11 avril 2015 au Panama.
Le président cubain, Raul Castro, et son homologue américain, Barack Obama, le 11 avril 2015 au Panama. (MANDEL NGAN / AFP)

La fin de cinquante-quatre longues années de froid diplomatique. Anciens ennemis jurés, les Etats-Unis et Cuba ont officiellement rouvert leurs ambassades, lundi 20 juillet, à La Havane et Washington. Une étape concrète du rapprochement historique engagé l'an dernier par Barack Obama et Raul Castro.

Des symboles tout au long de la journée

Les bâtiments qui abritaient jusqu'ici les sections d'intérêts des deux pays dans chaque capitale ont retrouvé automatiquement leur statut d'ambassade à 0h01 (6h01, heure française), conséquence d'un accord annoncé le 30 juin. A Washington, une cérémonie aura lieu ce lundi dans l'édifice presque centenaire de la mission cubaine, en présence du ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez. Il s'agit de la première visite d'un chef de la diplomatie cubaine depuis 1959.

Une importante délégation cubaine est attendue parmi les 500 invités, notamment le chanteur emblématique du régime Silvio Rodriguez. Seront également présents la secrétaire d'Etat américaine adjointe chargée de l'Amérique latine, Roberta Jacobson, et le chef de la section d'intérêts américaine à La Havane, Jeffrey DeLaurentis. Le drapeau cubain sera hissé, ce qui devrait constituer l'image du jour.

Bruno Rodriguez se rendra ensuite au département d'Etat pour rencontrer son homologue américain, John Kerry, avec qui il participera à une conférence de presse commune.

Le drapeau cubain sera aussi hissé dans le hall d'entrée du département d'Etat, parmi ceux des pays avec qui les Etats-Unis ont des relations diplomatiques, mais "hors des horaires de bureau" et donc sans caméra, précise une source diplomatique américaine.

A La Havane, aucune cérémonie n'est prévue lundi, mais le bloc de béton et de verre du boulevard de front de mer Malecon sera bien transformé en ambassade américaine. Les diplomates attendront toutefois la venue de John Kerry cet été, à une date non encore annoncée, pour hisser le drapeau américain. "Il n'y a pas d'exigence légale pour hisser le drapeau, mais le secrétaire d'Etat veut être présent pour présider un événement aussi important", explique un responsable américain. La dernière visite d'un secrétaire d'Etat à Cuba remonte à 1945.

Une normalisation encore semée d'embûches

Les relations diplomatiques étaient rompues depuis 1961, et c'est seulement en 1977 que Jimmy Carter et Fidel Castro ont convenu d'ouvrir des sections d'intérêts dans les anciens locaux des ambassades, pour des tâches principalement consulaires. Ces sections étaient placées sous la protection de la Suisse dans le cas des Américains à La Havane, et sous protection de la Tchécoslovaquie, puis de la Suisse pour les Cubains à Washington.

Mais la normalisation ne s'arrête pas là, et les sujets de discorde restent nombreux : la levée de l'embargo américain, la restitution de la base navale de Guantanamo, les milliards de dollars d'indemnisation réclamés par les Américains expropriés de Cuba au moment de la révolution, l'extradition des fugitifs réfugiés à Cuba et recherchés par la justice américaine…

Un vote du Congrès américain est nécessaire pour lever l'embargo imposé par John Fitzgerald Kennedy en 1962 et renforcé par la loi Helms-Burton de 1996, mais la majorité républicaine y est très hostile, et les candidats à la présidentielle sont vent debout contre un rapprochement qu'ils assimilent à une récompense pour les frères Castro.

S'il était élu à la présidentielle de novembre 2016, le candidat à l'investiture républicaine Marco Rubio, sénateur d'origine cubaine, mettrait "fin aux relations diplomatiques avec la tyrannie communiste anti-américaine jusqu'à une vraie ouverture démocratique à Cuba", a-t-il répété dimanche, dans une interview sur CNN.

Le Sénat devrait dans l'immédiat bloquer la nomination d'un ambassadeur américain à Cuba, toute nomination présidentielle devant être confirmée par les sénateurs.