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Crise politique en Bulgarie : 40 jours de manifestations non-stop

La Bulgarie, pays le plus pauvre de l'UE, connaît une crise politique exceptionnelle, après 40 jours de manifestations ininterrompues. Dans la nuit de mardi à mercredi, les protestataires ont assiégé le Parlement pendant neuf heures, avec députés et ministres bloqués à l'intérieur. Ils dénoncent la "mafia" au pouvoir et les moeurs des dirigeants politiques.
Article rédigé par Lucas Roxo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
  (Reuters)

Ce n'est qu'à 3h30, après neuf heures de siège du Parlement, que la police bulgare a réussi à briser la barricade improvisée par les militants, mardi soir. Cette nuit du 23 au 24 juillet 2013 restera probablement comme un fait marquant de la contestation en Bulgarie. La nuit où le mouvement s'est durci. 

Après 40 jours de manifestations, la frustration commence à se faire ressentir chez les opposants bulgares, toujours ignorés par le gouvernement, dont ils réclament la démission. Mardi soir, ils ont assiégé le Parlement, empêchant de sortir pendant plus de neuf heures la trentaine de ministres et de députés sur place. 

L'équivalent de "Tapie au Conseil constitutionnel"

A l'origine du mouvement, la nomination controversée de Deelyan Peevski, à la tête de la sécurité nationale bulgare, la DANS. Jeune député de 32 ans, l'homme est surtout connu pour son arbre généalogique : il est issu d'une famille exerçant une domination écrasante dans les médias, par ses chaînes et ses journaux.

Approuvée par le Parlement le 14 juin, sa nomination avait entraîné le boycott des députés du principal parti d'opposition, le Gerb, en signe de protestation. Elle marque aussi le point de départ du soulèvement de la société civile. "C'est un peu comme si, en France, Tapie était nommé à la tête du Conseil constitutionnel ", expliquait notamment le politologue bulgare Ivan Krastev au journal Le Monde. 

Visé par une enquête pour corruption en 2007, Deelyan Peevski s'en était tiré indemne. L'indignation publique provoquée par son affectation l'avait forcé à donner sa démission quatre jours plus tard. Mais le mouvement n'a pas cessé pour autant.

La démission du gouvernement

Car au-delà de la nomination, les citoyens bulgares présents dans la rue - ou non, puisque 85% de la population était opposée à la nomination de Peevski - réclament la démission de l'ensemble du gouvernement et un changement de la loi électorale. Plus largement, c'est un rejet complet de la classe politique qui s'exprime à travers les manifestations, les protestataires ne se privant pas de la qualifier de "mafia corrompue ".

Comment la Bulgarie a-t-elle pu en arriver à rejeter en masse un gouvernement élu il y a à peine plus de deux mois? L'hostilité envers la classe politique ne date pas d'hier. 

Le gouvernement déjà renversé en mai

Une vague de manifestations, la plus importante dans l'histoire du pays, avait eu lieu au début de l'année 2013. Celles-ci avaient poussé le gouvernement à démissionner. Le Premier ministre de l'époque était alors Boïko Borissov, membre du parti Gerb, de centre-droit. 

La gauche avait alors constitué un gouvernement de technocrates avec à sa tête Plamen Orecharski, sans étiquette politique. Une alliance entre le Parti socialiste et le Mouvement pour les droits et les libertés, une formation représentant la minorité turque et musulmane, avait été mise en place. C'est de ce mouvement, allié de circonstances des socialistes, dont est originaire... Deelyan Peevski. 

Son éviction récente illustre l'exaspération populaire envers la classe politique. Si en février, ce sont plutôt les paysans et les campagnes qui s'étaient élevées contre la hausse des prix, ce sont les classes moyennes, plutôt jeunes, qui sont dans la rue depuis le 14 juin. Un mouvement que même Viviane Reding, commissaire européenne à la Justice qui s'illustre toujours par sa neutralité, a soutenu sur Twitter. 

(Aujourd'hui à Sofia, mon soutien va en direction des citoyens bulgares qui protestent contre la corruption).

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