Qui est Lu Shaye, ambassadeur de Chine en France, "loup combattant" de la diplomatie chinoise ?

L'ambassadeur de Chine en France, Lu Shaye, est spécialiste des coups d’éclat et des déclarations polémiques. Il incarne le nouveau visage d’une diplomatie chinoise décomplexée face à l’Occident.

Article rédigé par
Christian Chesnot - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Lu Shaye, amabassadeur de Chine en France, en août 2019. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

En Europe, Lu Shaye est le chef de la meute de ceux que l’on surnomme les "loups combattants", ou "loups guerriers", une nouvelle génération de diplomates chinois qui mènent une guerre médiatique contre tous ceux qui critiquent la politique de Pékin, qu’il s’agisse de chercheurs ou de parlementaires.

Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, vient d’en faire les frais. Il a été copieusement insulté par l’ambassadeur chinois, qui l’a traité sur les réseaux sociaux de "petite frappe", de "hyène folle" et de "troll idéologique", via le compte Twitter officiel de l'ambassade. Antoine Bondaz avait eu le malheur d’évoquer Taïwan, un sujet épidermique pour Pékin.

Lu Shaye a été convoqué au ministère des Affaires étrangères. Mardi 23 mars, le directeur Asie du Quai d'Orsay, Bertrand Lortholary, lui a concrètement signifié que les "méthodes de l'ambassade, la tonalité de sa communication publique étaient parfaitement inacceptables et franchissaient toutes les limites communément admises pour une ambassade, où qu'elle se trouve".

Un habitué des tweets fracassants

A 56 ans, ce diplomate de carrière est coutumier des sorties polémiques. En avril 2020, au début de la crise du Covid, il avait déclaré sur le bulletin de l’ambassade de Chine que les soignants des Ehpad en France avaient "abandonné leurs postes du jour au lendemain (...) laissant mourir leurs pensionnaires de faim et de maladie", ce qui lui avait valu une première convocation au Quai d’Orsay.

En mai 2020, le compte Twitter de l'ambassade de Chine avait partagé une image représentant la mort qui porte le drapeau des États-Unis ainsi que celui d'Israël sur sa faux, frappant à la porte de Hong Kong, après la Syrie ou le Venezuela, avec le message "qui sera le prochain ?" L'ambassade avait alors assuré que son compte avait été "falsifié"En mars 2021, à ceux qui accusent le Chine d'avoir recours au travail forcé au Xinjiang, il avait répondu : "Si la cueillette du coton avec le consentement des travailleurs peut être qualifiée de 'travail forcé', qui de l'embauche de travailleurs saisonniers pour les vendanges dans certains pays européens ?"

La défense de la Chine coûte que coûte

A Ottawa, dans sa précédente affectation, il avait accusé en janvier 2019 le Canada de faire preuve "d’égotisme occidental et de suprématie blanche". Peu après sa prise de poste, il avait conseillé le Premier ministre Justin Trudeau de "négocier un accord de libre-échange avec Pékin plutôt que de se prosterner devant les journalistes canadiens préoccupés par les droits de l'homme en Chine".

A Paris, où il a fait ses études et où il a été conseiller à l'ambassade, entre 2001-2003, Lu Shaye est en mission commandée, avec un seul objectif : défendre la Chine coûte que coûte. "La Chine est obligée de se lever pour se défendre, pour défendre notre dignité, notre réputation et nos intérêts d’Etat", expliquait-il sur France 24 en 2020. En février 2021, il écrit ainsi à Alain Richard, chef du groupe d'échanges et d'études Sénat-Taïwan pour lui demander "qu'aucune réunion susceptible de nuire aux relations franco-chinoises ne soit organisée". Le sénateur a prévu de se rendre cet été sur l’île de Taïwan.

Désormais pour la Chine, le temps de la "diplomatie des agneaux" face au Occidentaux est révolu. Le changement de ton est radical depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2013. Aujourd’hui, il s’agit d’être offensif, voir agressif, quitte à sortir des clous de la diplomatie traditionnelle. L’ambassadeur de Chine à Stockholm, Gui Congyou, un autre “loup combattant", avait menacé la Suède en 2019 pour un prix attribué à un éditeur suédois d’origine chinoise, condamné en Chine pour des ouvrages critiques sur les dirigeants au pouvoir à Pékin.

Il est loin le temps où la diplomatie chinoise faisait profil bas conformément à la recommandation de Den Xiaoping : "cacher ses talents et attendre son heure". 

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