Pékin déclare la guerre au charbon

Pékin part en guerre contre les particules fines, responsables de la mort de 360.000 Chinois. La pollution éloigne également les touristes et les hommes d'affaires. Le pays veut réduire sa dépendance au charbon qui représente aujourd'hui 65% du mix énergétique. Le gaz, le nucléaire et les énergies renouvelables (solaire, éolien, hydroélectrique) devraient progressivement prendre le relais.

Centrale thermique à charbon à Daton dans le nord de la chine (2015)
Centrale thermique à charbon à Daton dans le nord de la chine (2015) (afp/ Greg Baker)
L’Empire du Milieu a longtemps fait passer le développement économique avant l’environnement, devenant ainsi le premier pollueur de la planète. Mais les temps changent : selon le ministère chinois de l’Environnement, 90 % des villes chinoises dépassent les seuils de pollution émis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Et la population s’en émeut de plus en plus, poussant le gouvernement à agir.

Pour lutter contre la pollution aux particules fines qui empoisonne l’air de la capitale chinoise, Pékin a commencé à fermer quatre de ses principales centrales au charbon, remplacées par des centrales au gaz. L’objectif officiel du gouvernement est de réduire d’au moins 25% les particules fines à l’horizon 2020.

Fermetures des mines les moins rentables
Parallèlement, les autorités ont annoncé la fermeture d’un millier de mines en 2016. Plusieurs centaines, ont déjà fermé en 2015 en raison de surcapacité de production. Le plus important acteur minier du nord-est du pays, le groupe public Longmay, a supprimé 100.000 emplois en 2015, suite à la baisse des cours du charbon, due au ralentissement économique.

L'objectif est d’empêcher la pollution à la source affirme un document du ministère chinois de l’Environnement : « Nous devons prendre des mesures pour contrôler et empêcher la pollution de l’air, des sols et de l’eau et renforcer la protection et la restauration de l’environnement.»

La pollution aux particules fines empoisonne l\'air de Pékin 180 jours par an.
La pollution aux particules fines empoisonne l'air de Pékin 180 jours par an. (AFP/ Tim Graham/robertharding)
 

Engagements de la Chine à la Cop 21
Dans la lutte contre le réchauffement climatique, la Chine s’est engagée à plafonner ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2025/ 2030. Pékin doit pour cela réduire sa dépendance aux énergies fossiles, tout en maintenant un taux de croissance élevé. Avec 102 milliards de dollars en 2015, le pays est devenu le premier investisseur au monde dans les énergies renouvelables, très loin devant l'Inde (10 milliards de $).

Le 13ème plan quinquennal prévoit un retrait graduel des véhicules les plus polluants des routes chinoises, et la réduction de l’usage du charbon dans l’industrie et le chauffage. La construction de vingt gros ouvrages hydrauliques, et le nombre de réacteurs nucléaires en activité va doubler d’ici 2020, 24 sont actuellement en construction dans le pays. 
 
Vers un marché carbone en 2017
L’un des dispositifs clés envisagé pour la réduction des émissions de Co2, consiste en la création d’un marché national du carbone en 2017. Une annonce faite en septembre 2015 par le Président Xi Jinping. Les gouvernements locaux ont remis fin février à la commission du plan leur liste d’entreprises et de secteurs qui pourraient être intégrés à un marché d’échange de droits à polluer.

Mais les bons résultats des autorités chinoises en matière de baisse des émissions de CO2 ces dernières années, s’expliquent avant tout par le ralentissement de l’économie. En 2014, pour la première fois, la consommation chinoise de charbon a légèrement baissé. Baisse confirmée en 2015, avec 3,7% de charbon brûlé en moins, alors que la consommation d’énergie est restée quasiment stable (+0,9%). Une baisse également permise par la transition vers une économie de services qui représentait en 2015  50,5% du PIB chinois.

Selon le premier ministre Li kequiang, la transition énergétique chinoise concernera principalement l’industrie, notamment la métallurgie, les secteurs du ciment, du papier et bien sur énergétique. Dans le secteur des transports, la Chine veut éliminer de ses routes les véhicules les plus polluants et entend pousser les véhicules hybrides et électriques. Pékin s’est fixé l’objectif ambitieux de 5 millions de véhicules « verts » sur les routes en 2020.