Hong Kong : un patron de presse prodémocratie arrêté, ses journaux perquisitionnés

La police de l'ex-colonie britannique a fait état de sept arrestations pour des soupçons de collusion avec des forces étrangères. C'est une des infractions que la nouvelle loi sur la sécurité nationale, imposée par la Chine, permet de réprimer.

La patron de presse Jimmy Lai, le 10 août 2020, lors de son arrestation à Hong Kong.
La patron de presse Jimmy Lai, le 10 août 2020, lors de son arrestation à Hong Kong. (EYEPRESS NEWS / AFP)

Pékin serre la vis. Le magnat hongkongais Jimmy Lai a été arrêté lundi 10 août, avant que son groupe de presse ne soit perquisitionné, au nom de la loi controversée sur la sécurité. Il s'agit d'une nouvelle étape dans la reprise en main musclée de l'ex-colonie britannique par la Chine.

Le richissime septuagénaire a été interpellé chez lui vers 7 heures (1 heure à Paris), a indiqué l'un de ses proches collaborateurs, ajoutant que d'autres membres de son groupe de presse avaient aussi été arrêtés. Dans un communiqué, la police a fait état de sept arrestations pour des soupçons de collusion avec des forces étrangères (une des infractions visées par la loi sur la sécurité nationale imposée fin juin par Pékin) et fraude.

Un texte liberticide selon les militants prodémocratie

Considérée comme une réponse de Pékin aux mois de manifestations prodémocratie qui avaient ébranlé l'ex-colonie britannique en 2019, la loi donne aux autorités de nouveaux pouvoirs pour réprimer quatre types de crimes contre la sécurité de l'Etat : la subversion, le séparatisme, le terrorisme et la collusion avec des forces extérieures.

Nombre de militants prodémocratie dénoncent un texte liberticide. Celui-ci met fin au principe "Un pays, deux systèmes" qui avait présidé à la rétrocession en 1997 et garantissait théoriquement jusqu'en 2047 aux Hongkongais des libertés inconnues dans le reste de la Chine.

Considéré comme un héros

Jimmy Lai est le patron de Next Media, qui compte notamment le quotidien Apple Daily et le magazine Next, deux titres ouvertement prodémocratie et critiques de Pékin. En fin de matinée à Hong Kong, des dizaines de policiers se sont présentés au siège du groupe de presse, sur une zone industrielle du quartier de Lohas Park. Ils ont ordonné aux journalistes de se lever et de s'aligner pour des vérifications d'identité, alors que d'autres fouillaient la salle de rédaction. Jimmy Lai a été amené sur les lieux.

Pour beaucoup de Hongkongais engagés dans la mouvance prodémocratie, le magnat de la presse est un héros, un patron de tabloïd qui a bâti sa fortune seul, et le seul patron de presse hongkongais qui tienne tête au pouvoir central chinois. Rares sont les Hongkongais qui attirent autant la haine de Pékin que Jimmy Lai, que les médias d'Etat chinois qualifient régulièrement de "traître" en l'accusant d'être l'instigateur de la contestation de 2019.

Les accusations de collusion avec une puissance étrangère ont redoublé l'an passé, quand le patron de presse a rencontré le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo et le vice-président Mike Pence.