Hong Kong : hommage au parapluie, symbole de la mobilisation prodémocratique

Un mois après le début du mouvement prodémocratie à Hong Kong, deux militants ont décidé de rendre hommage au symbole du parapluie avec une performance de "GPS art". 

Des parapluies en origami, accrochés par des militants prodémocratie à Hong Kong, lundi 26 octobre 2014. 
Des parapluies en origami, accrochés par des militants prodémocratie à Hong Kong, lundi 26 octobre 2014.  (BOBBY YIP / REUTERS )

Pour se protéger des gaz lacrymogènes tirés par les forces de l'ordre, les jeunes Hongkongais ont brandi leur parapluie. Un mois après le début de la mobilisation prodémocratique dans l'ancienne colonie britannique rétrocédée à la Chine en 1997, les manifestants rendent hommage à ce bouclier devenu leur emblème. Mercredi 29 octobre, deux militants ont entamé une course de 102 km à travers l'île, rapporte le site Ejinsight.com (en anglais). Une fois tracé, son itinéraire forme un parapluie. 

Retour sur la naissance d'un symbole. 

Un "logo" efficace

Dès son apparition dans les rues, le parapluie s'est imposé comme une image forte, simple à reproduire : un bon point pour sa viralité. "Au second jour de la mobilisation, lundi, des logos pour 'la révolution des parapluies' ou 'le mouvement des parapluies' ont commencé à se multiplier sur les réseaux sociaux", expliquait le South China Morning Post (en anglais) dès le 30 septembre. Rapidement, les graphistes confirmés ou artistes en herbe partagent leurs créations sur Twitter, avec le hashtag #umbrellarevolution

Pour Colette Gaiter, spécialiste américaine de l'art contestataire, le mouvement a immédiatement séduit les artistes. En termes d'esthétique, "c'est le mouvement le plus abouti de l'histoire récente""Le parapluie constitue une métaphore fidèle à la nature du mouvement, qui est calme, déterminé, défensif," a-t-elle expliqué au Washington Post (en anglais).

Le modèle d'une œuvre collective 

Après avoir été partiellement délogés des quartiers commerçants de Causeway Bay et de Mongkok, les protestataires tiennent une autoroute urbaine sur environ un kilomètre près du siège du gouvernement, à Admiralty. Dans ce camp improvisé, les parapluies, d'abord utilitaires, deviennent décoratifs, accrochés le long des barricades, en cas de besoin. Y trône L'Homme-parapluie, une sculpture en tuiles de bois de quatre mètres de haut.

\"L\'Homme-parapluie\", à Hong-Kong, le 10 octobre 2014. 
"L'Homme-parapluie", à Hong-Kong, le 10 octobre 2014.  (THOMAS CAMPEAN / ANADOLU AGENCY / AFP)


Meaghan McGurgan a fondé l'Umbrella Movement Art Preservation Group (Umap), le groupe de conservation du mouvement artistique des parapluies. "Tout le monde peut voir et participer", s'enthousiasme-t-elle, citée par l'AFP. Les parapluies en origami y connaissent un grand succès, tandis que le logo se décline sur les post-it qui couvrent les murs. Si une dizaine de galeries se sont engagées a accueillir certaines de ses œuvres afin d'empêcher leur destruction, l'Umap se charge de constituer les archives numériques de la "révolte des parapluies".

Dernière création en date : un jeu vidéo minimaliste, dans lequel des manifestants se défendent à coups de parapluies des assauts des forces de l'ordre. 

Un façon de se réapproprier la ville 

Avec leur course, lancée à l'occasion de l'anniversaire du mouvement, John Ellis et Andrew Dawson s'inspirent pour leur part du "GPS art" : en rentrant l'itinéraire dans un appareil de géolocalisation, un dessin apparaît. Ils ont également expliqué sur leur compte Facebook qu'ils couraient avec un parapluie à la main. Une autre façon pour leur objet fétiche d'investir l'espace.

Dans les rues occupées par les manifestants, un collectif du nom de The Umbrella Movement Visual Archive and Research Collective analyse l'organisation sociale des manifestants sur le site d'Admiralty, l'aménagement de ce territoire hyperurbain reconquis sur l'automobile. Il recense notamment les panneaux de signalisation détournés. Comme ce feu tricolore montrant la voie.

Les automobilistes qui empruntent cette route vont de la "république"(en rouge) au "réel"(en vert), soit dans le sens de la démocratie, explique le site Wikitree (en anglais). Il s'agit aussi d'un nouvel exemple des nombreuses créations de street-art, réalisées dans le cadre des manifestations prodémocratie.