"Hong Kong est en train de vivre une répression 2.0 " de façon "radicale", selon un journaliste spécialiste

Deux jours après la promulgation d'une loi donnant à la Chine des pouvoirs judiciaires sans précédent dans l'ancienne colonie britannique, le journaliste Dorian Malovic craint l'instauration de "la terreur à Hong Kong". La dissidence, impossible selon lui dans le pays, viendra "de l'étranger".

Le militant pro démocratie hong-kongais Nathan Law, le 19 juin 2020.
Le militant pro démocratie hong-kongais Nathan Law, le 19 juin 2020. (ANTHONY WALLACE / AFP)

"Hong Kong est en train de vivre une répression 2.0" de façon "radicale", observe jeudi 2 juillet sur franceinfo le journaliste Dorian Malovic, chef du service "Asie" au quotidien La Croix et ancien correspondant à Hong Kong. Un leader de l'opposition, à l'origine des géantes manifestations des derniers mois pour dénoncer une loi d'extradition vers la Chine, a annoncé avoir fui le territoire, lors de l'entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale.

franceinfo : Assiste-t-on à une chasse aux sorcières, à Hong Kong ?

Dorian Malovic : Sans exagérer, ça renvoie aux années 1950, lorsque Mao a pris le pouvoir en Chine et a pris le pouvoir sur tous les secteurs de la société. Et c'est inimaginable de penser qu'aujourd'hui, en 2020, même 23 ans après la rétrocession de ce territoire à la Chine, Hong Kong est en train de vivre une répression 2.0 de façon aussi radicale et qui met fin d'abord à l'autonomie de Hong Kong, qui avait été promise par la Chine en 1997 et qui met fin à toutes les libertés qui existaient encore sur ce petit territoire qui était un havre de paix jusqu'à il y a quelques années. Ce qu'on sent, c'est que tout ça était vraiment préparé, mûri depuis des mois à Pékin, parce que ces manifestations qui ont jeté des millions de Hongkongais dans les rues pour protester l'année dernière contre la loi d'extradition vers la Chine, ont particulièrement vexé et humilié l'autorité chinoise qui ne peut accepter sur son territoire une quelconque dissidence. Il y a un plan qui est en train de se dérouler, qui commence par évidemment, tous les militants, les grandes figures, les anonymes et tous les gens qui ont été dans la rue. Ils vont être ciblés les uns après les autres, comme un rouleau compresseur progressif. Ça va être des intimidations.

Ça va être la terreur qui s'installe maintenant à Hong Kong et c'est une tragédie non seulement pour Hong Kong, mais finalement, c'est quand même cette démocratie libérale que nous vivons encore et qui est aussi en danger.Dorian Malovic, chef du service "Asie" à La Croixà franceinfo

Un leader de l'opposition, Nathan Law, annonce s'être enfui de Hong Kong. Que va-t-il faire ?

On voit que ce petit groupe de jeunes leaders - qui étaient déjà dans les rues en 2014 lors de la révolte des parapluies - se sont bien préparés à ce qui allait leur arriver au lendemain de la promulgation de la loi sur la sécurité nationale. Ces militants pro-démocratie préparent la dissidence à l'étranger. C'est ce que dit Nathan Law d'ailleurs. Il est parti et il dit "je vais m'occuper de la dissidence de Hong Kong à l'étranger pour diffuser le message sur le plan international, parce que les réactions à l'internationale sont très timides".

Quel pays pourrait peser aujourd'hui pour défendre les militants pro-démocratie face à Pékin ?

Donald Trump, hélas, s'est totalement décrédibilisé et décrédibilise le poids d'une Amérique qui aurait pu, en un temps assez éloigné, jouer un rôle très fort pour mettre un arrêt à la répression chinoise à Hong Kong.

Aujourd'hui, très franchement, je pense que l'Union européenne ne réalise pas les capacités qu'elle a, le pouvoir qu'elle a, économique et diplomatique, vis-à-vis de la Chine.Dorian Malovicà franceinfo

Elle seule pourrait vraiment bloquer le processus, mais elle est divisée parce que la Chine nous a divisés et elle a joué très fin. On n'arrive pas à s'unir pour arrêter ce processus.

Verra-t-on encore de géantes manifestations comme on en a vu ces derniers mois à Hong Kong ?

Je pense que les manifestations, qui ont vu des millions de gens dans la rue, c'est terminé. Il va y avoir, comme il y en a eu déjà aujourd'hui, des petites manifestations dans les centres commerciaux. Il y aura des actes de résistance qui vont s'installer, s'organiser. Tous les amis et contacts que je peux avoir là-bas sont passés sur des messageries cryptées pour qu'ils ne puissent plus être repérés. Et ça va être un jeu de résistance vis-à-vis d'un pouvoir qui est quand même très puissant.