Faillite d'Evergrande : "En Chine, on fait tout pour que le système n'explose pas", explique le président de l'institut de recherche Asia Centre

Le géant chinois de l'immobilier Evergrande, en proie à une dette abyssale et au bord de la faillite, a admis mardi faire face à une "pression énorme" sur le plan financier et prévenu qu'il pourrait ne pas honorer ses obligations envers ses créanciers.

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Radio France
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Le siège du groupe immobilier chinois Evergrande, à Shenzhen. (NOEL CELIS / AFP)

"En Chine, on fait tout pour que le système n'explose pas", a expliqué Jean-François Di Meglio, président de l'institut de recherche Asia Centre mardi 14 septembre sur franceinfo. Le géant chinois de l'immobilier Evergrande a admis mardi ne pas pouvoir faire face à ses obligations. Evergrande, écrasé par un passif de près de 260 milliards d'euros, est le plus gros promoteur immobilier de Chine.

"Au niveau de la liquidité, de l'endettement, de la taille relative des projets, Evergrande est celui qui est le plus mal en point parce qu'il a des mauvaises notes partout."

François Di Meglio

à franceinfo

franceinfo : Est-ce que d'autres groupes sont dans la même situation ?

François Di Meglio : Cela reflète l'engouement pour l'immobilier en Chine de façon générale et puis le mouvement à la hausse qui n'a pas cessé depuis des années. Le placement immobilier a été pendant longtemps le placement refuge. Quand on avait de l'épargne on investissait dans un deuxième ou un troisième actif immobilier, parfois qui restait sans occupant. Cela a donné naissance à beaucoup de groupes immobiliers. Evergrande est celui qui a sans doute le plus de cartons jaunes dans l'évaluation de son profil financier. 

Qu'est-ce que cela révèle ?

Cela révèle pour les observateurs que quelque chose va se passer dans ce monde de l'immobilier chinois qui a été très spéculatif. Cela ne veut pas dire qu'Evergrande va disparaître totalement, ni que les autres vont s'effondrer. C'est un coup de semonce. On va montrer que l'on restructure ces groupes, qu'on élimine un certain nombre d'entre eux et qu'on punit un certain nombre de spéculateurs, y compris étrangers. Maintenant que cette dette se traite à 30% de sa valeur, on va voir si on va privilégier les investisseurs domestiques, les petits porteurs ou si on va quand même faire une petite place aux investisseurs étrangers. 

"Tout va être fait pour soutenir Evergrande, probablement pas pour le laisser en vie mais en tout cas pour ne pas totalement démanteler les actifs."

François Di Meglio

à franceinfo

Cette crise pourrait-elle avoir des répercussions en Europe ?

En Chine, on fait tout pour que le système n'explose pas. On sait que c'est un système relativement fragile et sinon pyramidal en tout cas reposant sur des équilibres très fragiles où on a toujours misé sur l'augmentation de la valeur des actifs et par conséquent cela vous pousse à vous endetter toujours plus. Au moment où ces actifs commencent à valoir un peu moins, au moment où les appartements se vendent un peu moins bien, vous avez cet emballement qui est obligé d'être freiné. Evergrande ne va pas payer les intérêts sur sa dette, la dette ne vient pas à échéance en capital avant 2021. Donc c'est colossal, c'est énorme, c'est très menaçant mais on parle pour l'instant d'intérêts sur la dette.

Qu'en est-il des sous-traitants d'Evergrande ?

Ils ont été payés avec de la 'monnaie de singe' puisque ce sont tout simplement des reconnaissances de dettes qui ont été signées par Evergrande et qui pendant longtemps ont circulé dans le système chinois comme des assignats [monnaie mise en place sous la Révolution française, qui n'était pas convertible en espèces]. Le jour où vous vous rendez compte qu'Evergrande ne vaut pas ce qu'il est supposé valoir, ces assignats sont refusés et c'est là que les problèmes de liquidité commencent à arriver y compris pour les sous-traitants.

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