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En Chine, la lutte pour le pouvoir reste sans merci

Gu Kailai a été condamnée de facto à la prison à vie le 20 août pour l’assassinat d’un homme d’affaires britannique. Elle est l’épouse d’un dignitaire du régime communiste chinois, Bo Xilai, secrétaire du Parti à Chongqing, qui semblait être destiné aux plus hautes fonctions de l’exécutif, avant d’être brusquement limogé. Un fait divers qui illustre la lutte sans merci pour le pouvoir en Chine.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
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Gu Kailai lors de son proçès le 20 aout 2012 (FTV)

L’affaire Gu Kailai aura démontré que la Chine n’en a pas fini avec ses vieux démons : corruption, clientélisme, opacité du régime. La caste dirigeante qui détient tous les pouvoirs use et abuse de sa position pour s’enrichir jusqu’à la démesure.

Officiellement Bo Xilai, membre du Parti est dans l’ascète. Un petit millier d’euros d’indemnité mensuelle, une misère quand on conduit la politique de Chongqing, une mégapole de 30 millions d’habitants. En revanche sa femme, Gu Kailai, est riche à millions grâce notamment aux ventes d’un livre à succès. Cette avocate n’a plus plaidé depuis dix ans, mais elle s’est reconvertie dans les affaires.

La face est sauve. Monsieur est un politicien incorruptible. Madame fait bouillir la marmite. Un cynisme qui fait peu de cas de l’évident conflit d’intérêts.

Pendant dix ans, un britannique, Neil Heywood, va graviter autour du couple pour partager avec eux les juteux revenus d’une Chine qui s’ouvre au monde. Jusqu’au jour où les relations vont se dégrader. Toujours officiellement, leur partenaire aurait proféré des menaces à l’encontre du fils (unique, nous sommes en Chine) de Gu Kailai. Cela suffit semble-t-il pour sceller son arrêt de mort.

Le reportage de France 2

L'irrésistible ascension de Bo Xilai
Et comme cette caste dirigeante semble bénéficier d’une totale impunité, Gu Kailai, selon l’accusation, se permet d’exécuter le gêneur de ses propres mains. Elle choisit l’arme des puissants : le poison. Le poison qui depuis des siècles a stoppé bien des carrières d’ambitieux.

Gu Kailai ne craint rien, puisque la police, expédie l’enquête sans chercher à connaître vraiment les causes de la mort de l’homme, officiellement décédé d’overdose alcoolique. Fouiller dans l’entourage du redoutable chef local impose une dose de courage que n’a pas une police à la botte des puissants. La messe est dite.

De son côté, Bo Xilai, à l’issue d’un parcours sans faute remarqué par l’Occident, pense pouvoir entrer dans le saint des saints, le comité permanent du bureau politique. En octobre il doit être profondément renouvelé, appelant ainsi au pouvoir une nouvelle génération. Bientôt Bo Xilai dirigera la Chine. 

Reportage d'Alain de Chalvron correspondant en Chine de France 2 sur la politique menée par Bo Xilai à Chongqing

Plus dure sera la chute
Sauf que, dans cette caste qui joue des coudes pour atteindre le sommet de la pyramide et s’y maintenir, la roche Tarpéienne est proche du Capitole. Rien n’est acquis et les alliances peuvent se renverser. Or, Bo Xilai n’est plus en odeur de sainteté. Et à quelques mois de toucher le but, tout s’écroule.

Sa femme est spectaculairement accusée du meurtre de Neil Heywood, grâce au travail d’un super-flic qui relance l’enquête trois mois après les faits sur la mort du Britannique. Un policier à première vue moins corrompu que les autres, ou qui ne prend pas ses ordres auprès du même corrupteur. Un homme qui, comble de l'ironie, était l’ancien bras droit de Bo Xilai dans sa lutte locale contre la mafia.

Règlement de comptes
Bo Xilai ne résiste pas au scandale, sa disgrâce ne tarde pas. Il est exclu du bureau politique local du Parti, et ne peut plus prétendre à aucun poste, sans qu’aucun lien avec l’affaire ne lui soit reproché. En fait l'occasion est trop belle pour les adversaires de Bo Xilai. Car son étoile a pâli. Même sa lutte contre la corruption, longtemps applaudie en haut lieu est critiquée. Elle aurait surtout servi à régler des comptes avec des entrepreneurs locaux. Le retour à un patriotisme à la Mao énerve aussi certains.

Et comme dans ce pays la justice n’est qu’une illusion, ce n’est pas dans un procès expédié en une journée qu’on peut démêler le vrai du faux. Gu Kailai a plaidé coupable certes. Mais ainsi elle évite la peine capitale, et la justice n’a pas à rentrer dans les détails d’une affaire qui pouvait éclabousser le pouvoir politique.  Bo Xilai et Gu Kailai se pensaient intouchables. Ils ont dégringolé au pied de cette pyramide dont ils rêvaient tant d’atteindre le sommet.

 

 

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