Chine : ce que l'on sait de l'incident survenu sur un réacteur EPR de la centrale nucléaire de Taishan

Les deux réacteurs de Taishan, non loin de Macao et de Hong Kong, sont à ce jour les seuls EPR à être entrés en service dans le monde, en 2018 et 2019.

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France Télévisions
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La centrale nucléaire de Taishan, dans la province du Guangdong, dans le sud de la Chine, le 12 janvier 2019.  (XINHUA / AFP)

Le tout premier EPR au monde est-il dysfonctionnel ? CNN (article en anglais) a révélé, lundi 14 juin, que le département de l'Energie américain avait reçu une lettre le 8 juin faisant état d'une possible "fuite" dans une centrale nucléaire inaugurée il y a deux ans à Taishan, dans le sud de la Chine. 

Si aucune source n'est en mesure de détailler précisément ce qu'il en est de ce possible incident, voici ce que l'on sait de cette situation qui vient s'ajouter aux nombreux déboires de l'EPR, technologie présentée comme le fleuron de la filière nucléaire française malgré de nombreux retards dans la construction de ses réacteurs. 

Que dit la lettre adressée aux autorités américaines ?

Dans ce courrier, Framatome, la filiale d'EDF qui a participé à la construction de ces deux réacteurs de dernière génération, demande aux Etats-Unis une autorisation d'assistance technique pour résoudre "une menace radiologique imminente", assure la chaîne d'information américaine, qui a pu consulter ce document. 

Toujours selon CNN, Framatome a prévenu dans ce courrier que les autorités de sûreté chinoises auraient également relevé les limites acceptables de radiation à l'extérieur du site pour éviter d'avoir à mettre la centrale à l'arrêt. "Bien que les autorités américaines ont estimé que la situation ne posait pas, pour le moment, de menace sérieuse pour la sécurité des travailleurs de la centrale et la population, c'est inhabituel qu'une entreprise étrangère sollicite unilatéralement l'aide du gouvernement américain alors que l'entreprise d'Etat chinoise avec laquelle elle travaille n'a pas encore reconnu un quelconque problème", poursuit CNN. On ignore pourquoi l'aval américain est nécessaire pour intervenir, concède pour sa part l'AFP. 

    Un peu plus tôt lundi, Framatome avait déjà indiqué surveiller "l'évolution d'un des paramètres de fonctionnement" sur le site, mais sans donner de détail ni parler de fuite. Après les révélations de CNN, la filiale d'EDF a déclaré à l'AFP que la centrale était "dans son domaine de fonctionnement et de sûreté autorisés". 

    La situation est-elle inquiétante ?

    Selon une source gouvernementale américaine citée par CNN, "en dépit de la mise en garde alarmante de Framatome, l'administration Biden croit que la centrale n'est pas encore à un 'niveau de crise'".

    Depuis la publication de l'article, de nombreuses voix rassurantes se sont élevées pour nuancer la gravité de l'incident, à commencer par l'exploitant de la centrale, China General Nuclear Power Group (CGN) : "A l'heure actuelle, la surveillance continue des données environnementales montre que les indicateurs environnementaux de la centrale nucléaire de Taishan et de ses environs sont normaux", a fait savoir le groupe chinois dans un communiqué, sans faire directement référence aux informations de CNN.

    L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), basée à Vienne (Autriche), a de son côté déclaré qu'"à ce stade" elle n'avait "aucune indication qu'un incident radiologique se soit produit".

    De quel type d'incident parle-t-on ? 

    "EDF a été informée de l'augmentation de la concentration de certains gaz rares dans le circuit primaire du réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Taishan détenue et exploitée par TNPJVC, joint-venture de CGN (70%) et EDF (30%)", a annoncé le groupe français lundi dans un communiqué. Le circuit primaire est un circuit fermé contenant de l'eau sous pression, qui s'échauffe dans la cuve du réacteur au contact des éléments combustibles, lesquels se trouvent empilés dans des "crayons" entourés de gaines métalliques. "La présence de certains gaz rares dans le circuit primaire est un phénomène connu, étudié et prévu par les procédures d'exploitation des réacteurs", ajoute l'entreprise. Les gaz dits "rares" sont notamment l'argon, l'hélium, le krypton, le néon ou encore le xénon. 

    La procédure prévoit que ces gaz, dont certains sont produits lors de la réaction de fission dans le réacteur, soient collectés et traités afin d'en retirer la radioactivité, avant d'être rejetés dans l'air. Ils l'ont été "dans le respect des limites réglementaires définies par l'autorité de sûreté chinoise", a précisé EDF, assurant que ces limites étaient dans la moyenne internationale. "Nous ne sommes pas sur des contaminations, nous sommes sur des rejets contrôlés, maîtrisés", a enfin souligné le groupe lors d'une conférence de presse. EDF a néanmoins demandé la tenue d'un conseil d'administration extraordinaire avec la coentreprise TNPJVC, à laquelle elle "apporte son expertise". 

    Pour Karine Herviou, directrice générale adjointe de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) français, citée par l'AFP, "il doit y avoir des gaines métalliques 'inétanches', laissant passer des gaz rares qui contaminent le fluide primaire. Ceci dit, contamination du fluide primaire ne veut pas dire rejet dans l'environnement", nuance-t-elle, car il y a encore deux barrières de confinement. Elle ajoute ainsi qu'à ce stade, rien ne permet de parler d'accident : "On ne connaît pas les valeurs, la concentration, on ne sait pas quelle est l'ampleur du phénomène. Mais il n'y a pas plus d'inquiétude à avoir pour l'instant, compte tenu de ce qu'on sait." A savoir, pas grand-chose...

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