VIDEO. "Nous continuerons à nous battre" : entre peur et détermination, les opposants à Jair Bolsonaro s’organisent

Défenseurs de la liberté d'expression, de l'environnement, des droits LGBT... Ils racontent à franceinfo leur combat depuis l'élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil. 

franceinfo

"Nous allons mettre fin à l'activisme au Brésil", déclarait Jair Bolsonaro après le premier tour de l'élection présidentielle, le 9 octobre dernier. Trois mois plus tard, le candidat d'extrême droite et ex-capitaine de l'armée vient de prendre ses fonctions de président, le 1er janvier. Et, au sein de la société civile, les opposants à ce nostalgique de la dictature sont prêts à lui faire face.

"Il y a de la peur, bien sûr, mais son élection a aussi enclenché un mouvement de résistance. Moi, je me sens personnellement en résistance. Ceci est mon pays, et Bolsonaro ne va pas me jeter dehors", témoigne auprès de franceinfo Leandro Ramos, militant pour les droits LGBT.  

Le militantisme est devenu dangereux 

Quand Diogo da Costa Salles répond à l'appel Skype de franceinfo, l'écran est noir. Quand il nous rappelle quelques secondes plus tard, son visage apparaît. "Ma caméra était cachée", explique-t-il. Une précaution nécessaire pour s'assurer de l'identité de son interlocuteur. "C'est de la paranoïa", confie ce professeur d'histoire membre du mouvement Professeurs contre l'école sans parti, opposé à la loi "école sans parti" soutenue par Bolsonaro et qui vise à museler les enseignants. "Nous avons un président au Brésil qui, dans un discours officiel, a encouragé les élèves à enregistrer leurs professeurs sans autorisation et à divulguer ces enregistrements sur internet s’ils parlent de choses qui ne plaisent pas", souligne-t-il. 

"Ce nouveau gouvernement a annoncé une sorte d'espionnage des ONG", explique à franceinfo Christian Poirier, directeur des programmes d'Amazon Watch, qui lutte contre la déforestation. "Les ONG sont donc en train de protéger leurs données, et utilisent des plateformes de communication plus sûres comme Telegram ou Signal", ajoute-t-il. 

Les violences contre les activistes écologistes montent depuis plusieurs années, mais avec Bolsonaro, elles vont exploser.

Christian Poirier

Directeur des programmes d'Amazon Watch

"Je ne sais pas ce qui va advenir de moi en tant qu'homme gay, en tant qu'activiste, et surtout en tant qu'activiste gay", confie de son côté Leandro Ramos. Jair Bolsonaro "a dit que s'il voyait un couple homosexuel dans la rue, il le tabasserait personnellement. Pendant la campagne, on a vu une escalade dans le nombre d’attaques contre les minorités, notamment les LGBT. Personnellement, en tant qu'homme gay, j'ai très peur."

La résistance s'organise 

Ces intimidations ne dissuadent pas les militants que nous avons interrogés de poursuivre leur lutte. Face à la menace qui pèse contre eux, ils réagissent. "Lorsque nous nous sommes rendu compte que les violences à l'égard des personnes LGBT augmentaient, l'ONG pour laquelle je travaille et d'autres se sont regroupées pour créer une plateforme d'aide pénale pour les victimes de violences, relate Leandro Ramos. Ce sont des acteurs qui n'avaient jamais travaillé ensemble auparavant, mais qui se sont réunis pour répondre à cette crise." 

Le jour de la prise de fonctions de Jair Bolsonaro, All Out, l'ONG de Leandro Ramos, a organisé une projection sur les principaux immeubles de Brasilia, dont le Congrès national, avec le message "Nous sommes LGBT+ et nous allons résister".

Projection organisée par l\'ONG All Out sur plusieurs immeubles de Brasilia, la capitale du Brésil, le 2 janvier 2018, lendemain de l\'intronisation de Jair Bolsonaro comme président. 
Projection organisée par l'ONG All Out sur plusieurs immeubles de Brasilia, la capitale du Brésil, le 2 janvier 2018, lendemain de l'intronisation de Jair Bolsonaro comme président.  (DR / ALL OUT)

Diogo da Costa Salles continue lui aussi à organiser, avec son association, des conférences sur l'éducation démocratique. "Si on m'interdit de parler de genre [devant mes élèves], je vais justement parler de genre. Si on m'interdit de parler de politique, je vais justement parler de politique." Son mot d'ordre : "la désobéissance". 

Le président brésilien, Jair Bolsonaro, le 7 janvier 2019, à Brasilia (Brésil).
Le président brésilien, Jair Bolsonaro, le 7 janvier 2019, à Brasilia (Brésil). (EVARISTO SA / AFP)