Présidentielle au Brésil : "Le résultat sera peut-être plus serré que ce qu'on imagine"

 Anaïs Fléchet, historienne spécialiste du Brésil à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, s'attend à ce que le résultat du second tour de l'élection présidentielle au Brésil dimanche soit "plus serré que ce qu'on imagine."

Les deux finalistes de l\'élection présidentielle du Brésil, Jair Bolsonaro et Fernando Haddad.
Les deux finalistes de l'élection présidentielle du Brésil, Jair Bolsonaro et Fernando Haddad. (MIGUEL SCHINCARIOL / AFP)

Le second tour de l'élection présidentielle au Brésil a lieu dimanche 28 octobre. Le favori, Jair Bolsonaro, candidat de l'extrême droite, est crédité de 56% des intentions de vote, loin devant son rival, le chef du Parti des travailleurs Fernando Haddad.

"Bolsonaro a fait des discours très violents lors de cette campagne d'entre deux tours […] Ca séduit une partie de l'électorat mais ça a pu aussi faire reculer certains électeurs", analyse samedi sur franceinfo Anaïs Fléchet, historienne spécialiste du Brésil à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Elle s'attend à ce que le résultat soit "plus serré que ce qu'on imagine".

franceinfo : Les lignes ont-elles bougées depuis le premier tour qui donnait une large avance à Bolsonaro (46% contre 29% pour Haddad) ?

Anaïs Fléchet : Jair Bolsonaro reste le grand favori des sondages à la veille du second tour avec près de 56% des intentions de vote. Ce qui veut dire qu'il n'y a pas eu de front républicain contre le candidat d'extrême droite. Les partis du centre droite et de droite n'ont pas donné de consignes de vote ou bien ils ont appuyé Bolsonaro. Il y a eu bien sûr des prises de position des intellectuels, des artistes, des militants qui soutiennent aussi le Parti des travailleurs, des prises de position à l'international également, de nombreux manifestes qui appellent à défendre la démocratie brésilienne face aux menaces que Bolsonaro fait peser sur l'État de droit.

Mais sur le plan médiatique en tous cas, on constate que Bolsonaro reste le maître du jeu. C'est lui qui impose son rythme à la campagne. Il a refusé de faire un débat avec son concurrent Haddad. Il envoie ses discours filmés sur les réseaux sociaux. C'est lui qui impose aussi ses thématiques à la campagne, la question de la corruption qui est déjà présente depuis longtemps au Brésil mais aussi la question de l'insécurité, les questions économiques autour des sujets de privatisation.

Jair Bolsonaro a déclaré il y a quelques jours que Fernando Haddad ne pouvait gagner que par la fraude. Est-ce que c'est pour rappeler la thématique de la fraude ou pour anticiper une éventuelle défaite ?

On peut lire ces déclarations à deux niveaux. Bien sûr, ça renvoie à la condamnation du Parti des travailleurs comme parti de la corruption, une construction qui a longtemps été portée par les médias et sur laquelle Bolsonaro a surfé ces dernières années, qui renvoie au grand scandale du Lava Jato qui a éclaté en 2015, qui renvoie aussi à l'image de Lula emprisonné pour fait de corruption même si lors du procès, les preuves n'ont pas été véritablement apportées.

C'est peut-être aussi une réaction à un très léger effritement des sondages qu'on a pu observer cette dernière semaine. Il reste le grand favori mais dans le dernier sondage qui est sorti jeudi dernier, il y a eu une baisse de deux à quatre points pour Bolsonaro et une remontée légère de Haddad ce qui fait espérer une partie des électeurs du Parti des travailleurs qui appelle à une "virada", une sorte de "remontada" de dernière minute qui pourrait faire basculer le scrutin. Ça semble un peu tard mais peut-être que le résultat sera plus serré que ce qu'on imagine.

Fernando Haddad a été désigné très tard puisque le Parti des travailleurs espérait que ce soit Lula. Ces trois semaines d'entre-deux-tours, est-ce que ça peut lui avoir permis de se faire mieux connaître des électeurs ?

Fernando Haddad a été maire de Sao Paulo, ce n'est pas complètement un novice en politique. Il était moins connu peut-être à l'échelle nationale mais là, la popularité de Lula, notamment dans certains Etats du Nord/Nord-Est auprès des milieux défavorisés a pu l'aider à avancer au moment de sa candidature. C'est peut-être moins du côté de Haddad que du côté de Bolsonaro qu'il faut regarder. Bolsonaro a fait des discours très violents lors de cette campagne d'entre-deux-tours, notamment dimanche dernier, où il appelle à nettoyer le Brésil, à le purifier y compris sur le plan ethnique.

Il appelle aussi à la violence contre ses adversaires politiques. Il dit d'ailleurs de ses opposants que s'il était élu, ils auront le choix entre la prison ou l'exil. Ça séduit une partie de l'électorat mais ça a pu aussi faire reculer certains électeurs qui étaient indécis. On voit aussi parmi les grandes personnalités politiques, quelqu'un comme Fernando Henrique Cardoso, ancien président du Brésil, longtemps grand adversaire de Lula, qui n'a pas appelé explicitement à voter pour Haddad mais a pris ses distances avec Bolsonaro, rompant avec la ligne de son propre parti.