Greenpeace s’en prend à l’importation de bois tropicaux venus d’Amazonie

Opération coup de poing de Greenpeace en mer du nord. Des militants s’affichent devant un porte-conteneurs avec une banderole «Bois illégal : Belgique complice». Par ce geste, l’organisation écologiste entendait dénoncer l’arrivage de bois «suspect» en provenance de l’Amazonie brésilienne en Europe.

Opération de militants de Greenpeace contre des importations de bois tropical suspect en provenance du Brésil dans le port de Rotterdam, début novembre 2014.
Opération de militants de Greenpeace contre des importations de bois tropical suspect en provenance du Brésil dans le port de Rotterdam, début novembre 2014. (Greenpeace)
L'opération menée à Rotterdam contre ce bateau français a commencé à porter ses fruits puisque Greenpeace a indiqué à Géopolis que les deux conteneurs transportant le bois suspect ont été saisis par les autorités belges, au moins pour le temps de l'enquête. Les autorités vont travailler sur la provenance des bois et les conditions dans lesquelles ils ont été prélevés.

Avec cette opération, Greenpeace appelle les autorités de l’Union européenne à appliquer le règlement contre le bois illégal en Europe. Selon l’ONG, entre 20 et 40% du bois  importé en Europe est d'origine illégale, c'est-à-dire coupé dans des zones non-ouvertes à l'exploitation. Pourtant, la législation européenne avait permis des saisies de bois jugés douteux, en l'occurence du «wengé» en provenance du Congo bloqué par l'Allemagne.

«Selon Interpol, l’exploitation forestière illégale représente actuellement entre 15 et 30% des volumes de bois commercialisés dans le monde. La valeur du commerce du bois récolté illégalement est estimée à environ 11 milliards de dollars, comparable à celle du marché de la drogue – estimée à environ 13 milliards de dollars !», affirme Greenpeace.


«L’exploitation illégale ou non-responsable du bois est une des principales menaces qui pèse sur les forêts mondiales, notamment dans les pays tropicaux qui abritent les plus hauts niveaux de biodiversité», ajoute le WWF qui donne une fourchette de prix plus importante sur le coût de ce trafic. «L’exploitation illégale prive de revenus certains pays parmi les plus pauvres du monde, et crée une concurrence déloyale sur les marchés, le bois illégal échappant à la fiscalité. On estime que les revenus générés par le commerce de bois illégal sont de l’ordre de 30 à 100 milliards de dollars par an dans le monde.»

Evolution des surfaces forestières dans le monde (2010). En rouge, les zones en voie de déforestation; en vert les zones où la forêt gagne
Evolution des surfaces forestières dans le monde (2010). En rouge, les zones en voie de déforestation; en vert les zones où la forêt gagne (FAO/WWF)

Greenpeace a publié un rapport sur l’exploitation du bois en Amazonie. Pour l’organisation, le sytème Brésilien favorise «un haut niveau d’illégalité dans le secteur de l’exploitation forestière». Au-delà du Brésil, Greenpeace met en cause les importations de ces bois illégaux par les USA et l’UE qui doivent «obtenir davantage de garanties irréfutables de la légalité» des bois qu’ils importent.
 
Une porte-parole de l'ONG a expliqué à l'AFP que Greenpeace a mené une enquête dans la région de Santarem, au nord de l'Etat amazonien du Para, qui a montré que de janvier à août 2014 la France, la Belgique, la Hollande et la Suède ont eu une relation commerciale directe avec des scieries qui ne respecteraient pas les règles d’exploitation forestière.
 
Greenpeace a réussi à établir «les liens d'une chaîne d'exploitation sale qui détruit des zones reculées de la forêt et a un rapport avec la violence contre des communautés locales», selon elle. Pour apporter des preuves à son enquête, Greenpeace a même caché des GPS sous les camions de transports de bois. Là aussi, le rapport de l'organisation écologiste a eu des effets puisque les «autorités brésiliennes ont mené une opération de police et suspendu la licence» d'une des scieries mises en cause dans son rapport, nous a précisé Greenpeace le 14 novembre.

Zone soupçonnée d\'être l\'objet d\'une déforestation illégale par Greenpeace qui a mené une enquête au Brésil. Etat de Para, le 14 octobre 2014.
Zone soupçonnée d'être l'objet d'une déforestation illégale par Greenpeace qui a mené une enquête au Brésil. Etat de Para, le 14 octobre 2014. (RAPHAEL ALVES / AFP)


D'après des données de l'institut brésilien Imazon, entre août 2011 et  juillet 2012, 78% des zones d'activités forestières n'avaient aucune autorisation d'exploitation. L'essence «ipé», très prisée en Europe notamment pour les decks de piscine, peut atteindre 2.500 euros le mètre carré. Greenpeace appelle le gouvernement brésilien à revoir toutes les autorisations données depuis 2006 aux exploitants forestiers et à reprendre le contrôle de cette activité. L'ONG souligne que «en maintenant ses portes ouvertes au bois illégal, le marché devient complice de la destruction en Amazonie».

Or, selon la législation européenne, il est interdit aux sociétés de se fournir en bois récolté illégalement. Elles ont également la responsabilité de renoncer à importer du bois sur lequel pèse un fort soupçon d’illégalité, ce qui serait le cas de la cargaison mise en cause par Greenpeace. Les importateurs doivent donc renforcer considérablement leurs procédures en cessant de considérer les documents officiels brésiliens comme des preuves suffisantes de légalité.

L'opération de l'organisation écologique s'inscrit dans une mise en cause plus large de certaines importations de bois tropicaux, ce qui ne va pas sans heurts avec les professionnels du secteur. «Les attaques de Greenpeace manquent de rigueur, ils racontent n'importe quoi», a accusé Jean-Jacques Boutrot, importateur de bois rochelais. Le 23 juin, des militants de Greenpeace avaient perturbé l'arrivée à La Rochelle d'une cargaison de bois importé de République démocratique du Congo (RDC). Le 22 mai, d'autres militants avaient déjà symboliquement «mis sous scellé» du bois importé du Brésil et de RDC, pour dénoncer «l'inaction» de la France contre l'importation de bois illégal.

Au Congo, «70 à 90% du bois qui sort» de ces forêts est illégal, assure Frédéric Amiel, responsable chez Greenpeace.