Thaïlande : pourquoi la colère gronde

Les manifestants, qui réclament notamment le départ du gouvernement, accentuent leur pression, mercredi, alors que le mouvement s'étend à de nouvelles villes du pays.

Des manifestants antigouvernement, à Bangkok (Thaïlande), le 27 novembre 2013.
Des manifestants antigouvernement, à Bangkok (Thaïlande), le 27 novembre 2013. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

En Thaïlande, la fronde contre le gouvernement gagne encore du terrain, mercredi 27 novembre. Après avoir agité la capitale, Bangkok, et bloqué des ministères, le mouvement de contestation touche de nouvelles villes. Des milliers de personnes ont marché plusieurs kilomètres vers la périphérie de la capitale. Elles sont entrées sans violence dans un important complexe du gouvernement, où elles ont prévu de passer la nuit.

Francetv info se penche sur ce nouveau mouvement de contestation, considéré comme le plus important depuis la crise du printemps 2010.

Quel événement est à l'origine de ces protestations ?

La colère des manifestants a été déclenchée par une loi d'amnistie, spécialement taillée selon eux pour l'ancien Premier ministre, Thaksin Shinawatra, frère de l'actuelle Première ministre. Condamné à deux ans de prison pour malversations financières, l'amnistie lui aurait permis de revenir dans le pays alors qu'il est en exil après avoir été renversé par un coup d'Etat en 2006.

Le texte a été voté par le Parlement début novembre, provoquant l'indignation dans les rangs de l'opposition. Il a ensuite été rejeté au Sénat. Mais cela n'a pas apaisé les contestataires. "Certains n'excluent plus la possibilité d'une guerre civile", alertait, le 11 novembre, le Bangkok Post , le plus grand quotidien anglophone de Thaïlande, rapportait Le Monde.

Que réclament les manifestants ?

A l'origine, ils demandaient le départ du gouvernement de la Première ministre, Yingluck Shinawatra. Mais leurs revendications vont désormais plus loin. "Nous n'abandonnerons pas même si la Première ministre démissionne ou dissout le parlement. Nous ne nous arrêterons que quand le pouvoir sera entre les mains du peuple", a déclaré l'ancien Premier ministre Suthep Thaugsuban, figure du principal parti d'opposition, le Parti démocrate.

Mardi soir, il a appelé à la création d'une administration non élue pour diriger le pays. "Si nous démolissons le système Thaksin (...), nous mettrons en place un conseil du peuple", qui "choisira les bonnes personnes pour être Premier ministre et ministres", a-t-il déclaré devant une foule en liesse.

L'instabilité politique peut-elle prendre fin ?

Les contestataires ne se mobilisent pas seulement contre le gouvernement dirigée par la Première ministre. Ils visent tout un clan, avec en ligne de mire l'ancien Premier ministre Thaksin. En effet, malgré son exil, le milliardaire reste un personnage qui divise profondément le royaume.

D'un côté, il y a les "chemises rouges", des populations rurales et urbaines défavorisées du Nord et du Nord-Est, fidèles à Thaksin, indiquait Le Figaro en 2010. De l'autre, les élites de Bangkok, la capitale. Elles gravitent autour du palais royal et considèrent Thaksin comme une menace pour la monarchie. Ces classes moyennes et aisées ont formé les "chemises jaunes". Mais elles se sont essentiellement constituées en opposition aux "rouges", rappelait Le Figaro.

La Thaïlande a connu 18 coups ou tentatives de coup d'Etat depuis qu'elle est devenue une monarchie constitutionnelle, en 1932.  Et cette instabilité risque de perdurer. "La tension va être constante, analyse le politologue Thitinan Pongsudhirak, de l'université Chulalongkorn de Bangkok : Les manifestations antigouvernementales sont assez puissantes pour contrecarrer la politique du gouvernement... Nous sommes face à un nouveau cycle électoral."