Scandale écologique au Vietnam : des millions de poissons morts découverts sur les plages

Une aciérie appartenant à une société taïwanaise, implantée sur la côte au centre du Vietnam, est accusée d'être à l'origine de ce désastre écologique.

Une manifestante proteste contre l\'entreprise Formosa, accusée d\'être à l\'origine d\'une pollution sur les côtes vietnamiennes, à Hanoi, le 1er mai 2016.
Une manifestante proteste contre l'entreprise Formosa, accusée d'être à l'origine d'une pollution sur les côtes vietnamiennes, à Hanoi, le 1er mai 2016. (HOANG DINH NAM / AFP)

"La mer meurt, nous mourons", "Sauvez la mer !"... Dimanche 1er mai, des centaines de personnes ont manifesté à Hanoï, la capitale du Vietnam, pour protester contre Formosa, une société taïwanaise dont l'aciérie vietnamienne est accusée d'être impliquée dans une fuite toxique qui a ravagé les côtes du centre du pays.

Capture d\'écran Google Maps de la province de Ha Tinh, dans le centre du pays, le 6 mai.
Capture d'écran Google Maps de la province de Ha Tinh, dans le centre du pays, le 6 mai. (GOOGLE MAPS)

Pendant plusieurs heures, les manifestants ont dénoncé une catastrophe écologique qui fragilise le commerce des pêcheurs et la sécurité alimentaire des habitants.

"Les manifestations sont rares dans ce pays, explique un journaliste à Channel News Asia. C'est un événement important, les gens sont là depuis très tôt le matin. Ça paralyse le trafic en ville."

"Je crois que Formosa sait que ses agissements ont provoqué cette pollution environnementale", a déclaré un manifestant âgé de 50 ans. L'usine de Formosa doit fermer." Une autre manifestation a également eu lieu dans le sud du Vietnam, à Ho-Chi-Minh-Ville (ex-Saïgon), la plus grande ville du pays, note Le Monde.

Depuis le mois d'avril, des tonnes de palourdes mortes ont été retrouvées dans la province de Ha Tinh, au centre du pays, là où des cadavres de poissons avaient déjà commencé à s'échouer. Ces déchets s'étalent sur près de 200 kilomètres de rivages, jusqu'au sud de l'ancienne capitale impériale Hué et dans la partie philippine de l'archipel des Spratleys. Ils ont provoqué de lourds dégâts pour l'industrie de pêche locale, décrit Le Monde. Or, c'est justement dans cette province, plus précisément dans la zone économique de Vun Ang, qu'est implantée l'aciérie de Formosa.

"Choisir entre la pêche ou une aciérie moderne"

Des femmes ramassent des palourdes dans la province de Ha Tinh, au Vietnam, le 27 avril 2016.
Des femmes ramassent des palourdes dans la province de Ha Tinh, au Vietnam, le 27 avril 2016. (STR / AFP)

Soupçonné d'être à l'origine de cette pollution, le groupe taïwanais Formosa s'est défendu avec maladresse : "Vous ne pouvez pas tout avoir, a lancé un responsable de l'usine. Vous devez choisir entre les poissons, les crevettes ou une aciérie ultra-moderne." A la suite de ces propos, ce responsable a été licencié, et l'entreprise taïwanaise a ouvert sa propre enquête.

Une autre enquête menée par les autorités est en cours, mais n'a pas encore donné de conclusion. La presse officielle met en cause un aqueduc de 1,5 kilomètre, acheminant les eaux usées depuis l'aciérie de Formosa jusqu'à la mer.

L'entreprise s'est déjà retrouvée au cœur de plusieurs scandales environnementaux dans le monde. Selon le blogueur Anh Ba Sam, très connu au Vietnam, le gouvernement a attribué à Formosa une licence d’exploitation de soixante-dix ans sur les 3 300 hectares de terrain où a été construite l’aciérie, ainsi qu’une usine électrique et un port, rapporte Le Monde

Réaction tardive des autorités

L'affaire tombe mal pour les autorités, indique Le Monde"Notre réponse face à ce désastre environnemental a été lente", a admis le ministre vietnamien de l'Environnement, reconnaissant des défaillances dans la réaction du gouvernement. Le Premier ministre, Nguyen Xuan Phuc, a promis de "punir sévèrement" les coupables. La région dépend en effet largement du secteur de la pêche, via ses fermes d'élevage de crevettes, de poissons-chats et la pêche au thon, note le quotidien.

Depuis la catastrophe, les autorités vietnamiennes travaillent avec plusieurs scientifiques étrangers, des Etats-Unis, d'Allemagne et d'Israël, afin d'examiner les eaux usées rejetées par l'usine de Formosa, note le journal vietnamien Tuoi Tre (en anglais). Selon le quotidien Thanh Nién (en anglais), de premières analyses ont révélé que les poissons morts contenaient des métaux lourds. La compagnie Formosa aurait récemment importé 300 tonnes de produits chimiques pour nettoyer sa conduite d'évacuation des eaux usées.