Birmanie : 6 700 Rohingyas ont été tués entre fin août et fin septembre lors d'une opération de l'armée, selon MSF

Cette estimation a été réalisée par Médecins sans frontières, pour qui le nombre de décès est "vraisemblablement" sous-évalué. L'ONU n'a jamais publié de chiffres sur le nombre de Rohingyas morts au cours de la répression menée par l'armée birmane.

Un groupe de Rohingyas circule au Bangladesh, le 3 décembre 2017, après avoir quitté la Birmanie. 
Un groupe de Rohingyas circule au Bangladesh, le 3 décembre 2017, après avoir quitté la Birmanie.  (ED JONES / AFP)
avatar
franceinfo avec AFPFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

Au moins 6 700 Rohingyas ont été tués entre fin août et fin septembre au cours d'une opération de l'armée birmane, selon une estimation publiée par Médecins sans frontières (MSF), jeudi 14 décembre. Ces chiffres ne couvrent que le premier mois de violences et l'ONG estime que le bilan réel pourrait être encore plus lourd. Jusqu'ici, les Nations unies n'ont jamais publié de chiffres sur le nombre de tués.

"Les études montrent qu'au moins 71,7% des décès sont dus à la violence, y compris parmi les enfants de moins de 5 ans. Cela représente au moins 6 700 personnes, dont 730 enfants", écrit MSF, qui a interrogé plus de 11 000 réfugiés au Bangladesh pour parvenir à cette estimation. Pour Sidney Wong, directeur médical chez MSF, "le nombre de décès est vraisemblablement sous-estimé" car "l'ampleur et la nature des violences mises au jour sont effroyables". Il évoque le cas de familles entières enfermées dans leurs maisons ensuite incendiées.

Quelque 640 000 réfugiés au Bangladesh

Selon les milliers d'entretiens menés par MSF pour tenter d'évaluer l'ampleur du drame, 69% des victimes ont été tuées par balles, 9% ont succombé à des brûlures mortelles et 5% à des tabassages. Les violences ont poussé environ 640 000 Rohingyas à fuir au Bangladesh voisin, soit plus de la moitié de cette communauté musulmane vivant principalement dans l'Etat de Rakhine, dans l'ouest de la Birmanie.

Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a déclaré début décembre qu'il existait des "éléments de génocide" contre les Rohingyas en Birmanie et a réclamé l'ouverture d'une enquête internationale. En août, des attaques rebelles contre des postes de police avaient déclenché la répression de l'armée. Celle-ci est accusée d'incendier des villages et de s'en prendre aux civils.

L'armée birmane nie avoir tué des civils

Les chiffres de MSF contredisent en tout point l'armée birmane. Cette dernière assure ne pas avoir "commis de violences sexuelles ni tué de civils", dans un rapport fondé sur plus de 2 800 témoignages de villageois musulmans, recueillis dans des conditions d'indépendance non vérifiées. L'armée a seulement confirmé avoir tiré sur une foule de Rohingyas qui attaquaient des militaires, affirmant avoir agi en état de légitime défense.

Les violences dans l'Etat de Rakhine ont en effet débuté par des attaques de postes de police par la rébellion de l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (Arsa), qui dénonce les mauvais traitements subis par cette minorité. En Birmanie, les Rohingyas n'ont pas de papiers d'identité, ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation. Ils représentent la plus grande population apatride du monde depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, sous le régime militaire.