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Les deux visages de Xi Jinping, président chinois autoritaire et courtisé

Le dirigeant chinois est en France jusqu'à vendredi. Une visite d'Etat fastueuse, dominée par de potentiels contrats juteux, pour un homme qui s'est emparé de tous les pouvoirs en Chine.

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Le président Xi Jinping à La Haye (Pays-Bas), le 25 mars 2014. (BART MAAT / AFP)

Forbes dit de lui qu'il est le troisième homme le plus puissant de la planète, juste après le président russe, Vladimir Poutine, et son homologue américain, Barack Obama. Alors pour la venue, à partir du mardi 25 mars, de Xi Jinping, tout puissant chef d'Etat de la République de Chine, la France se plie en quatre. Des fastes qui éclipsent le fait que le président chinois concentre tous les pouvoirs et musèle la société civile. Qui est Xi Jinping ? Côté face, un chef d'Etat reçu en grande pompe avec une valise pleine de contrats. Côté pile, un président qui a saisi d'une main ferme les rênes du pouvoir chinois.

Côté face : flonflons et gros contrats pour un président courtisé

Sur le papier, on croirait le programme de la visite de Xi Jinping tout droit sorti d'un reportage photo de Paris Match : dorures, glamour et produits de luxe. Avec sa très séduisante épouse, ancienne star de la chanson de l'Armée populaire de libération, le président chinois va être invité à profiter de ce que la France fait de mieux. François Hollande l'a promis lui-même, l'accueil sera "exceptionnel".

Voici pêle-mêle et en résumé (pour le détail, lisez l'article payant du Figaro) comment se présente la visite d'Etat (plus haut degré de distinction diplomatique) de Xi Jinping : réception dans le faste de l'Elysée, dîner préparé par Alain Ducasse (chef adulé en Chine), passage au château de Versailles (particulièrement prisé des touristes chinois) où il lui sera offert des grands vins et un service de Sèvres au Grand Trianon (où personne n'a été reçu depuis Boris Eltsine en 1992) et détour par les Champs-Elysées aux couleurs chinoises avant que la flamme du Soldat inconnu ne soit ravivée sous l'Arc de triomphe par les deux présidents.

Les Champs-Elysées, à Paris, le 24 mars 2014. (MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY / AFP)

Officiellement, il s'agit de célébrer le 50e anniversaire des relations diplomatiques franco-chinoises, établies le 27 janvier 1964. En pleine guerre froide, Charles de Gaulle avait été le premier dirigeant occidental à reconnaître la Chine communiste. Les Chinois ne l'ont pas oublié et Xi Jinping déclare, dans une tribune publiée dans le Figaro, qu'il veut "faire le bilan du passé et célébrer l'amitié entre nos deux pays".

Mais ce sont sûrement les contrats juteux qui intéressent le plus la France. Mercredi doit être signé, à l'Elysée, le partenariat stratégique validant l'entrée de Dongfeng et de l'Etat français au capital de PSA Peugeot Citroën. Des ventes d'Airbus pourraient aussi être annoncées, ainsi qu'"un partenariat industriel renforcé" entre Airbus Helicopters et la Chine. Autant de contrats bienvenus pour une économie française morose.

Côté pile : un président qui contrôle tout

L'heure est aux enjeux économiques. Fini donc, côté français, les déclarations fracassantes sur les droits de l'homme en Chine et les références au dalaï-lama. Pourtant, Xi Jinping est un dirigeant à poigne, sur une "ligne assez dure", estime Jean-Philippe Béja, chercheur au CNRS et à Sciences Po, qui vit à Pékin. Ainsi, d'un côté, le président affirme lutter contre la corruption et de l'autre, la Chine condamne des militants anticorruption du Mouvement des nouveaux citoyens. Un mouvement pourtant "très légaliste", remarque le sinologue. Dans un courrier à François Hollande, l'ONG Human rights watch dénonce aussi une "série d’arrestations hautement symboliques de personnalités critiques du pouvoir". Signe du climat délétère pour les militants des droits de l'homme, de plus en plus d'utilisateurs de Weibo (le Twitter chinois) s'inquiètent de la censure et désertent le réseau social.

Par ailleurs, en à peine plus d'un an, Xi Jinping "a concentré énormément de pouvoirs", remarque le sinologue. En plus d'avoir marginalisé le Premier ministre Li Keqiang, il a créé cinq comités directeurs. Placés entre ses mains, ils lui permettent de contrôler les réformes économiques, la censure sur internet ou encore la réforme de la défense nationale, dont le budget ne cesse d'augmenter. Le plus important de ces comités directeurs est peut-être le nouveau Conseil de la sécurité nationale. Il coordonne armée et services secrets pour lutter contre le terrorisme et, plus largement, contre "tous ceux qui cherchent à saper ou à saboter la sécurité nationale en Chine", selon un responsable chinois, cité par The Australian (et traduit par Courrier International).

Bref, il s'agit de prendre le contrôle de la sécurité publique car "qui a le pouvoir de contrôler la sécurité publique a le pouvoir de contrôler la Chine", analyse Stéphanie Balme, chercheuse au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po. Elle précise d'ailleurs qu'"on ne sait pas encore si c'est une évolution positive ou négative, si Xi Jinping est un Gorbatchev chinois ou s'il a un projet très conservateur".

Les autorités de Pékin vantent le "rêve chinois". Un concept qui recouvre notamment la poursuite de la croissance, une augmentation du niveau de vie, et qui exalte le nationalisme sans en appeler à la démocratie. Ce discours vague laisse suffisamment de marge de manœuvre pour s'adapter aux circonstances, dans un contexte difficile. Car, remarque Stéphanie Balme, la Chine est confrontée à de nombreux mouvements de contestation disparates. "C'est une poudrière en interaction avec le pouvoir et il y a deux moyens d'endiguer ces mouvements : par la gouvernance, en répondant très concrètement aux problèmes, et par le contrôle de la population, ce qui peut aller jusqu'à la répression."

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