Le tatouage, tradition renaissante dans les archipels du Pacifique Sud

Autrefois interdit par les missionnaires chrétiens, le tatouage traditionnel renaît peu à peu depuis une vingtaine d'années dans les îles du Pacifique. Un renouveau qui traduit l’aspiration de la population polynésienne et maorie à renouer avec ses racines, à affirmer son identité.

Cet art pratiqué sur le corps était courant dans toutes les îles du Pacifique Sud formant ce qu’on appelle aujourd’hui le triangle Polynésien : Nouvelle-Zélande, Hawaii, Marquises, Polynésie française, îles Cook, Samoa, Tonga, île de Pâques. Le terme tatouage vient d'ailleurs du tahitien «tatau», qui signifie marquer ou dessiner.

Réalisés à l'aide d'un ciseau en os ou en coquillage, les tatouages étaient un rite de passage pour les hommes de Polynésie, et les gravures datant des premiers contacts entre populations des îles et Européens montrent des guerriers au corps presqu'entièrement recouverts de ces dessins. Mais les missionnaires occidentaux ont tôt fait d'interdire une pratique considérée comme contraire aux prescriptions bibliques.

Spécifique à chaque archipel, le tatouage, loin d'être uniforme, traduisait par son graphisme, ses motifs, son emplacement sur telle ou telle partie du corps, l'appartenance territoriale, clanique, familiale, le rang dans l'échelle sociale. Il pouvait marquer l'accomplissement de rites sociaux, tels ceux du passage de l'enfance à la puberté ou du mariage; représenter des faits mémorables de la vie d'un homme, ses actes de bravoure et ses prouesses voire être purement décoratif.

Par exemple, le tatouage tahitien et le tatouage marquisien se différencient autant d’un point de vue graphique que symbolique. Dans les îles sous le Vent, les motifs les plus courants étaient des formes géométriques abstraites et figuratives (animaux, végétaux) tatoués sur les bras, les jambes et les épaules. Aux Marquises, l’art du tatouage aurait atteint un développement incomparable de par la grande richesse et l’élaboration de ses motifs. Dans cet archipel du bout du monde, tatouage se dit «e patu tiki», qui signifie «frapper des images», une expression révélatrice.

Pratique abandonné depuis le début du 19e siècle, il faudra attendre les années 80 pour voir réapparaitre l'art du tatouage en Polynésie française, grâce au concours des tatoueurs samoans, présents à la fête du «Tiurai» ─actuel «Heiva»─ de 1982.
Aujourd'hui, une jeune génération de tatoueurs particulièrement doués assure le renouveau culturel du tatouage «ma'ohi».


Le tatouage polynésien traditionel

waltah, 22 mars 2009

Un évènement lui est entièrement consacré : «Tatau I Tahiti Tattoonesia» qui a vu le jour en 2005.


Explication du tatouage Samoa


bernardlompre, 1 octobre 2011 


Le tatouage facteur social, l'exemple des îles Cook
«Des motifs autrefois vénérés ont été perdus à jamais et la technique traditionnelle d'appliquer l'encre avec un ciseau en os et une sorte de spatule en bois s'est éteinte. Beaucoup de motifs ont disparu mais d'autres ont été conservés via des gravures ou des dessins sur des textiles», souligne Croc Coulter, un des tatoueurs de l'archipel qui pratique cet art à l'ancienne. «Les tatouages sont un langage en Polynésie et les tatoueurs doivent suivre un long apprentissage avant de pouvoir exercer», dit-il.

Dans les années 90, des habitants des îles Cook ont voulu renouer avec leur héritage culturel, dont les tatouages comme marqueurs d'une identité.

Pour renforcer les capacités des communautés, en particulier les populations marginalisées, défavorisées et autochtones, redonner l'estime de soi aux jeunes des îles, des programmes scolaires  intègrent même une composante artistique centrée, entre autres, sur l'étude des motifs «tatatau» des îles Cook, leur symbolisme et leur iconographie.

Avant le festival des arts du Pacifique, qui s'est tenu en 1992, il y avait seulement quelques personnes tatouées dans les îles Cook. Aujourd'hui, la majorité des hommes qui y vivent portent des tatous inspirés des motifs du Pacifique» indique le ministère de l'Education de l'archipel, dans une communication à l'Unesco.

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