Le Kazakhstan de Nazarbaïev, l'apparatchik assis sur un tas d'or

Territoire de steppes allant de la mer Caspienne aux montagnes du Tian Shan et de l'Altaï, le Kazakhstan jouxte la Chine, le Kirghizstan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan et la Russie. Gouvernant la plus grande et la plus riche des ex-républiques soviétiques d'Asie centrale – on y parle le kazakh et le russe –, un président quasi-indéboulonnable, proche de Moscou, Noursoultan Nazarbaïev.

A la tête, depuis la période soviétique, d'une dictature qui ne dit pas son nom, il a été sans surprise réélu en avril 2011 avec 95,55% des voix. Et, à 71 ans, Noursoultan Nazarbaïev ne compte pas jeter l'éponge tant que sa «santé le (lui) permet». Son dauphin ? Un tabou.

Il s'appuie sur des liens familiaux et claniques, qui jouent traditionnellement un rôle-clé chez  les Kazakhs, principale ethnie du pays issue de tribus nomades, pour asseoir son pouvoir. Avec sa femme, Noursoultan Nazarbaïev contrôle la banque Halyk. Ils possèderaient une fortune personnelle de 2,6 milliards de dollars (Forbes). Une note de janvier 2010 de l'ambassade des Etats-Unis à Astana, la capitale kazakhe, estime que le chef de l'Etat contrôle "90% de l'économie" de ce pays d'Asie centrale au sous-sol riche en minerais et en hydrocarbures qui a connu un taux de croissance de 7,3% en 2011.

Autoproclamé «Héros du peuple», Noursoultan Nazarbaïev s'est fait attribuer en 2010 le titre d'Elbassy (chef de la Nation en kazakh), un statut qui lui confère le pouvoir à vie de décider des grandes orientations politiques du pays ainsi qu'une immunité perpétuelle.

Le Kazakhstan a célébré en grande pompe les 20 ans de son indépendance de l'URSS le 16 décembre 2011. En témoigne à Astana un arc de triomphe de 20 mètres de haut, copie en granit et marbre de l'arc de triomphe à Paris ornée de l'inscription «La Terre éternelle».


L'économie d'abord, la démocratie ensuite (Euronews, 15 janvier 2010)

CMS-ContentHasMedia_


Pas de quartier pour les grévistes
Le même jour, un mouvement  de grève a été réprimé dans le sang à Janaozen, dans la région de Manguistaou. Les grévistes réclamaient de meilleures conditions salariales et de travail. Pour éviter d’autres débordements, M. Nazarbaïev a renvoyé son gendre en poste à la tête de Samrouk-Kazyna, holding contrôlant toutes les entreprises d'Etat.

Ces derniers mois, les troubles se sont multipliés et plusieurs attentats ont été revendiqués par des mouvements islamistes. Le Kazakhstan, dont 70% des 16,5 millions d'habitants sont musulmans, avait échappé jusqu'à présent à cette forme de violence, donnant l'image de l'Etat le plus stable de la région, un gage pour les investisseurs étrangers.

Des ressources naturelles alléchantes
La Russie, le Bélarus et le Kazakhstan se sont d’ailleurs mis d'accord fin 2011pour créer d'ici 2015 une Union économique eurasiatique, sur une idée du Premier ministre russe Vladimir Poutine qui milite pour des liens étroits avec les pays d'ex-URSS.

Noursoultan Nazarbaïev se targue d’entretenir de très bonnes relations avec la Russie, la Chine et l'Occident, même si les critiques de ses méthodes autoritaires les compliquent avec les Etats-Unis et l'Union européenne. Le pays abrite à Baïkonour, depuis l’époque soviétique, le principal centre spatial russe. Et a aussi ouvert son espace aérien à la coalition occidentale engagée en Afghanistan en 2001.

Les Kazakhs veulent en finir avec les investissements chinois (NTD Television, 7 juin 2011)

CMS-ContentHasMedia_
 

Vrai pluralisme ou ouverture bidon ?
Des législatives anticipées avec plus de six mois d’avance ont été convoquées au 15 janvier 2012. Le cycliste Alexandre Vinokourov et Dariga  Nazarbaïeva, la fille du président kazakh figurent au nombre des candidats, selon Nour Otan, parti unique qui contrôle la totalité des sièges du Parlement depuis les législatives d'août  2007.

Ouverture ? Ecran de fumée ? Le Premier ministre, Karim Massimov, a estimé que «le pluralisme est un élément nécessaire du développement démocratique». Et comme pour confirmer ses dires, la législation a changé pour permettre à au moins deux partis de siéger au Majilis (la chambre basse du parlement) après le scrutin, même si un seul dépasse la barre des 7% nécessaires pour être représenté.

17
AFP PHOTO / POOL /MIKHAIL METZEL
27
ALEXANDR KRYAZHEV / RIA NOVOSTI
37
AFP PHOTO / KOMMERSANT / VASILY SHAPOSHNIKOV
47
STR/AFP
57
AFP PHOTO /STANISLAV FILIPPOV
67
PAVEL MIKHEEV / RIA NOVOSTI
77
AFP PHOTO/ VYACHESLAV OSELEDKO