L'archipel des Maldives s'enfonce dans la crise

L’archipel des Maldives, micro-Etat de l’océan Indien peuplé de 330.000 musulmans sunnites, s’enfonce dans la crise après la démission du premier président démocratiquement élu, Mohamed Nasheed. Celui-ci se dit victime d’un « coup d’Etat ». Depuis plusieurs mois, cette destination touristique haut-de-gamme subit l’influence grandissante d’un islam rigoriste.

Des militaires de l\'armée des Maldives patrouillant dans Malé, capitale de l\'archipel (10-2-2012)
Des militaires de l'armée des Maldives patrouillant dans Malé, capitale de l'archipel (10-2-2012) (AFP - Ishara S. KODIKARA)

Violences
En vertu de la Constitution, Mohamed Nasheed a été remplacé mardi 7 février par le vice-président Mohamed Waheed qui dit travailler sur la formation d’un gouvernement d’ « unité nationale ». Selon son parti, l’ancien dirigeant a voulu « éviter un bain de sang ». Tout en disant avoir été « forcé de démissionner » sous la pression des militaires. Des heurts ont opposé la police et des milliers de ses partisans. Trois personnes auraient été tuées. La violence s’est propagée hors de la capitale, Malé, dans d’autres atolls de cet ancien protectorat de la Couronne britannique, indépendant depuis 1965, qui comprend quelque 1200 îles.

Pour autant, les troubles ne semblent pas affecter l’activité touristique (75 % du PIB), destination de luxe réputée pour ses plages et la plongée. 850.000 personnes visitent les Maldives chaque année.

Les difficultés de l'ancien pouvoir
Depuis plusieurs semaines, des opposants manifestaient contre le chef de l’Etat, triomphalement élu en 2008 dans une période de grande euphorie. Mohamed Nasheed, jeune opposant très enthousiaste, plusieurs fois arrêté pour son action politique, avait alors mis fin à 30 ans d’un pouvoir autocratique et paternaliste. Dès le début de son mandat, il avait fait de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité, s’attirant les louanges de Time et de Newsweek.

Mais en trois ans, les difficultés se sont accumulées avec la hausse du chômage et de l’inflation, et le ralentissement de l’activité touristique. Dans le même temps, le gouvernement a été accusé de corruption et de mauvaise gestion financière. Ces derniers mois, le pouvoir a commis des erreurs politiques exploitées par ses adversaires. Notamment en faisant arrêter le président de la cour d’assises.

Accusant Mohamed Nasheed d’avoir violé la Constitution, des manifestations d’opposants ont alors réclamé son départ. Une opposition rejointe par des conservateurs religieux, estimant que le régime n’était pas assez islamique.

L'influence d'un islam radical
D’une manière générale, l’influence de l’islam radical, dont les leaders ont été formés au Pakistan et en Arabie Saoudite, se fait de plus en plus sentir. Les militants de cette mouvance critiquent notamment l’existence de vols directs entre les Maldives et l’Etat hébreu. En décembre 2011, ils avaient obtenu la fermeture des spas présentés comme des « lieux de prostitution ».

L’ancien ministre des Affaires étrangères, Ahmed Naseem, a d’ailleurs évoqué « un coup d’Etat islamiste ». Selon la police, des manifestants ont renversé mardi 10 février dans le musée national de Malé des statues bouddhistes, jugées « idolâtres » par les fondamentalistes. Un acte de vandalisme attribué par l’ancien président aux islamistes radicaux.

« Il est grotesque de parler d’un coup d’Etat islamiste. Nous sommes un modèle d’islam modéré », a rétorqué le président par intérim, Mohamed Waheed. Il s’est cependant refusé à tout commentaire sur les postes ministériels que pourrait emporter le parti religieux Adhaalath Party, décrit comme une branche de l’organisation des Frères musulmans, organisation fondée en Egypte. De leur côté, les Etats-Unis ont reconnu le nouveau pouvoir.