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Fusillade au Kazakhstan: «Il n'est pas sûr qu'il s'agisse d'islamistes»

Quatre personnes ont trouvé la mort le 18 juillet 2016 lors de l’attaque d’un poste de police par deux hommes à Almaty, plus grande ville du Kazakhstan. En juin, l’opération d’un groupe armé contre une base des services secrets avait tué sept personnes dans le nord-ouest. Les autorités attribuent ces actions à des groupes islamistes extrémistes. L’avis de Samuel Carcanague, chercheur à l’IRIS.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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Les passants et les forces de l'ordre entourent l'un des tireurs présumés de la fusillade à Almaty. (Shamil Zhumatov)
Peut-on être sûrs que les auteurs de la fusillade sont des «musulmans radicaux» comme le suggère le pouvoir?
Nous ne sommes pas sûrs que se soit l'œuvre d'islamistes non-traditionnels, bien que cela soit probable. Quelques groupuscules extrémistes sont actifs dans le sud et l'ouest du pays, et les attentats pour motifs religieux deviennent plus fréquents depuis 2011 (cette année-là, un kazakh de 25 ans a commis le premier attentat-suicide de l'histoire du pays en se faisant exploser contre un bâtiment des services secrets à Aktobé dans le nord-ouest, NDLR). Depuis cette date, on entend davantage parler de règlement de compte, voire d'assassinats de «personnes ne pratiquant pas un bon islam».

Cependant, les informations des autorités sont très souvent floues concernant ces meurtres. Il est très pratique pour Nazerbaïev de coller l'étiquette d'«islamiste radical» à ces criminels. On le soupçonne très souvent de mener une répression politique sous couvert de lutte contre le terrorisme. Cela lui permet de ne pas s’aliéner les pays occidentaux. Mais la répression du régime dépasse largement les groupes islamiques radicaux.

Alors que toute pratique religieuse était interdite et réprimée à l'époque soviétique, le Kazakhstan, pays majoritairement sunnite, a subitement autorisé de multiples courants de l'Islam au début des années 1990. Aujourd'hui, quelle relation entretient l'État kazakhstanais avec l'Islam? Souhaite-t-il le contrôler, mettre en place une doctrine «officielle» opposée à celle des «radicaux»?
À l'indépendance, en 1991, le régime a développé un Islam officiel. La religion participait à la construction de l'identité de la nation kazakhe. Nazerbaïev n'est pas du tout ambigu sur la question: il se revendique musulman et a fait entrer son pays dans l'Organisation de la coopération islamique en 1995.

Mais il y a eu des troubles religieux dans les pays voisins, en Ouzbékistan et au Tadjikistan, avec l'apparition de mouvements se réclamant des courants les plus extrémistes de l'Islam. Le Mouvement islamique en Ouzbékistan (MOI) envisageait, par exemple, de destituer le régime et de créer un califat islamiste. Aucun mouvement de ce genre n'a existé au Kazakhstan, mais cela a inquiété Nazarbaïev. Progressivement, le contrôle de l'État s'est accru sur les mosquées et cela provoque indirectement un rejet de cet Islam officiel et renforce, chez certains, une attirance pour les courants les plus radicaux.

L'enchaînement de ces fusillades contre des bâtiments publics, qu’elles soient l’œuvre d’islamistes ou non, prouve-t-il que l'opposition se renforce?
Aujourd'hui, la situation sociale, économique et politique du Kazakhstan est difficile. La crise des hydrocarbures de l'été 2014 et les sanctions contre la Russie, dont le Kazakhstan est très dépendant, ont beaucoup pesé sur l'économie.

En avril et mai 2016, les gens sont sortis dans les rues pour manifester contre le régime, chose inhabituelle dans le pays. Le gouvernement souhaitait faire voter une loi pour permettre aux étrangers, notamment aux Chinois, d'acheter des terres aux Kazhakstan. Cette décision a provoqué une vague d'indignation.

Le président Noursultan Nazerbaïev est âgé de 76 ans : on commence à s'interroger sur sa succession, d'autant plus qu'on le sait malade (il aurait subit une opération en 2011 pour traiter un cancer de la prostate, NDLR). Il est certain qu’aujourd’hui, la société sent que le vent commence à tourner et elle le montre de plus en plus.

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