En Malaisie, un rappeur détenu pour «insulte à l'islam»

Le rappeur Namewee est en détention provisoire depuis le 22 août 2016. Sa faute : avoir réalisé un clip vidéo interprété comme étant une insulte à l'islam. Il risque une amende ainsi qu'une peine de prison de deux ans.

Sur cette photo, le chanteur Namewee escorté par deux policiers en civil dans un tribunal à Panang, au nord-ouest de la Malaisie, le 22 août 2016.
Sur cette photo, le chanteur Namewee escorté par deux policiers en civil dans un tribunal à Panang, au nord-ouest de la Malaisie, le 22 août 2016. (Gary Chuah/AP/SIPA)

Le rappeur Namewee voulait «promouvoir l’harmonie» avec la chanson «OH MY GOD!» (Oh mon dieu!). Mal lui en a pris, puisqu’il a été placé en détention provisoire lundi 22 août pour avoir «insulté l’islam». L’artiste, de son vrai nom, Wee Meng Chee, risque une amande et une peine de prison pouvant aller jusqu’à deux ans.
 

Plusieurs griefs lui sont reprochés. D’abord, d’avoir tourné une partie de son clip dans une mosquée. Ensuite, l’utilisation du mot «Allah» dans sa chanson et d'extraits d’appels à la prière.
 
Dans cette vidéo, ce chanteur apparaît avec d’autres artistes dans plusieurs lieux de cultes : temples hindous, bouddhistes ou taoïstes et dans une église. Ils revêtissent par ailleurs chacun des habits représentants différentes cultures et religions.
 

La liberté d’expression en danger en Malaisie
Cette arrestation fait suite à plusieurs plaintes d’associations affirmant que cette vidéo insultait l’islam. Amnesty international l’a fortement critiqué. Pour l’organisation, il s’agit «d’un nouveau signe de l’intensification de la répression exercée par les autorités malaisiennes contre ceux qui critiquent le gouvernement, y compris les artistes.»
 
Car ce n’est pas la première fois que des personnes sont menacées suite à une prise de position publique.
 
Au début de l’année 2015, le Pan-Malaysian Islamic Party (PAS) proposait d’instaurer des lois islamiques punissant des crimes comme l’adultère ou l’apostasie punies de peines comme le lynchage public ou l’amputation.
 
En réaction, une journaliste travaillant pour la radio indépendante malaisienne BFM, Aisyah Tajuddin, a publié une vidéo moqueuse critiquant ces propositions et demandant au PAS de s’intéresser plutôt aux problèmes économiques.

 

Une ligne rouge dans ce pays à majorité musulmane pourtant connu pour pratiquer cette religion de façon modérée ? Cette journaliste a en tout cas reçu de nombreuses menaces de morts mais aussi une enquête de la police pouvant aboutir à un an de prison.
 
Amnesty international dénonce l’augmentation des cas d’arrestation ou d’enquête visant à réduire la liberté d’expression dans le pays. Dans ce cadre, elle a dénombré 29 personnes menacées par l’Etat en 2015.