En guerre contre la pêche illégale, l’Indonésie coule les bateaux

Djakarta n’y va pas par quatre chemins. Les bateaux de pêche arraisonnés en plein braconnage dans les eaux territoriales sont coulés. Une politique de protection de la ressource halieutique pillée par les voisins, notamment chinois.

(EPA)
Lundi 21 mars 2016, un sérieux incident s’est déroulé dans le détroit de Malacca. Un patrouilleur de la marine indonésienne a pris en chasse deux bateaux de pêche au thon taïwanais. Les bateaux se trouvaient, selon Djakarta, dans la zone économique exclusive (ZEE) de l’Indonésie, au nord de l’île de Sumatra. Sommés de s’arrêter par haut-parleur, les deux thoniers ont poursuivi leur route, pris en chasse par le patrouilleur.

«Les bateaux naviguaient sans drapeau, nous ne savions pas d'où ils venaient», a déclaré à l'AFP Yunus Husein, directeur adjoint du groupe de travail luttant contre la pêche illégale dans les eaux indonésiennes.
 
Malgré des coups de semonce, les bateaux taïwanais ont refusé d’obtempérer. Une des embarcations, selon l’agence des pêches taïwanaise, est criblé d’impacts de balles, mais les 20 marins sont sains et saufs.
 
«Même s'il s'agit de la zone économique indonésienne, nos bateaux peuvent circuler sans faire de tort à personne, donc il y a beaucoup de choses à clarifier», a déclaré mardi le Premier ministre taïwanais Chang San-cheng. «L'Indonésie ne devrait pas utiliser la violence contre nos bateaux même si ces bateaux étaient impliqués dans des activités de pêche illégale.»
 
Aujourd’hui, le propriétaire du Sheng Tsai Te, cible des tirs indonésiens demande réparation en exigeant à la fois des excuses officielles, des sanctions pour les responsables des tirs et un remboursement des dommages. Son navire prévoit de retourner en mer dès le ravitaillement opéré tandis que le Lien I Hsing No.116 regagnera directement Taiwan par souci de sécurité.
 
La politique du bateau coulé
Depuis octobre 2014 et l’arrivée au pouvoir de Joko Widodo, l’Indonésie a sabordé 151 navires pour des activités illégales de pêche dans ses eaux. Le président indonésien a déclaré la guerre à ce braconnage, estimant que cela coûtait chaque année des milliards de dollars au pays.
 
La dernière opération en février, la première pour l’année 2016 a été menée en cinq lieux différents à travers le pays. En tout, 30 bateaux, dont 26 étrangers, ont été coulés. Les braconniers identifiés venaient du Vietnam, de Malaisie et des Philippines.
 
Une politique que n’apprécie guère Pékin. Ainsi le 21 mars 2016, un bateau des garde-côtes chinois est intervenu contre un patrouilleur indonésien qui tentait d’arraisonner un bateau de pêche en mer de Chine.

La tension monte entre les deux pays. Ici, il ne s’agit pas de différent territorial. La Chine cherche par tous les moyens à nourrir son peuple, et la pêche est une ressource comme une autre.
 
Le soutien indirect des écologistes de Sea Sheperd
L’association écologique Sea Sheperd se place en allié du gouvernement indonésien dans sa lutte contre la pêche illégale, en particulier de la part des bateaux de pêche chinois. Ainsi le 25 janvier 2016, le Steve Invin, navire amiral de Sea Sheperd, a surpris six bateaux chinois pêchant illégalement dans l’océan Indien. L’ONG attend que la Chine prenne des mesures coercitives contre ces actions de pêche qui menacent la ressource halieutique.