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Comment s'organise l'immigration clandestine en Asie du sud

Des milliers de réfugiés, venus notamment de Birmanie (Myanmar), tentent de gagner des pays comme la Malaisie. Ces routes de l’immigration clandestine, qui passent par le Bangladesh et la Thaïlande, sont contrôlées par des mafias et des autorités locales. Les explications d’Andrea Giorgetta, responsable du bureau Asie-Asie du Sud-Est à la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH).
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Bateau de pêche transportant des migrants clandestins au large de la pointe nord de l'île indonésienne de Sumatra, le 20 mai 2015.
 (REUTERS - Syifa - Antara Foto)

Qui sont les réfugiés clandestins aujourd’hui en Asie ?
Depuis de nombreuses années, ces migrants viennent souvent de Birmanie. Ce sont la plupart du temps des Rohingyas, une population musulmane qui se voit refuser la nationalité birmane. Les autorités considèrent qu’ils sont «bengalis». Ils n’ont pas le droit de circuler dans le pays, d’aller à l’école et à l’université, d’avoir plus de deux enfants. Leur situation a empiré depuis juin  2012 avec l’augmentation des heurts communautaires avec les bouddhistes.
 
Résultat : le nombre de réfugiés est en hausse significative. Souvent, ils fuient au Bangladesh où ils restent dans des camps de fortune sordides. De là, ils partent en bateau pour la Malaisie et, dans certains cas, l’Indonésie, deux pays musulmans. Il y a encore peu de temps, avant les opérations des forces de sécurité thaïlandaises contre les passeurs, les embarcations de boat people ne réussissaient pas à atteindre leurs objectifs initiaux. Ils étaient interceptés et devaient donc débarquer dans le sud de la Thaïlande, région voisine de la Malaisie, où ils tombaient dans les mains de réseaux de trafiquants. Un reportage de Reuters a montré les implications de certaines autorités locales thaïlandaises, notamment la marine.
 
Une fois débarqués en Thaïlande, ces boat people sont placés dans des camps où ils doivent attendre que des parents payent une rançon. Certains meurent, comme le montrent la découverte en mai de charniers en Thaïlande. Dans d’autres cas, les trafiquants n’ont aucune difficulté à faire passer les migrants à travers la jungle pour atteindre la Malaisie.

A-t-on une idée du nombre de ces réfugiés clandestins ?
C’est très difficile à savoir. 10% de la population rohingya dans l’Etat d’Arakan (ouest de la Birmanie) auraient fui. Soit entre 80.000 et 100.000 personnes.
 
Comme vous venez de l’expliquer, les routes de leur immigration passent donc par le Bangladesh et la Thaïlande…
La majorité rejoint la Malaisie. Les migrants se rendent aussi, mais en moins grand nombre, en Indonésie ou en Thaïlande.
 
Quelle est la part de l’implication des autorités locales ?
En Birmanie, leur implication est évidente. Dans un pays contrôlé par l’armée, rien ne se passe sans son accord. Je n’ai pas de preuve à vous apporter. Mais il est probable que les militaires profitent de ce trafic, comme ils profiteraient de celui de la drogue.
 
Il est également probable que les autorités sont impliquées en Thaïlande et en Malaisie.

En Thaïlande, on trouve à la fois une implication d’individus privés et d’autorités locales. Ce peut être ainsi des entrepreneurs, des gérants d’hôtels ou des responsables politiques. Le maire de Padang Besar (province de Songkhla dans le sud du pays) a ainsi été arrêté dans le cadre d’une enquête sur la découverte des charniers. Pour autant, je n’ai jamais vu des condamnations dans ce genre de dossiers. Dans ce pays, il est très difficile de faire quelque chose sans la police. Comme il est très difficile d’aller au bout d’une enquête…
 
Des réfugiés rohingyas en train de manger de la la nourriture larguée par un hélicoptère de l'armée thaïlandaise à côté d'un bateau mouillant près de l'île de Koh Lipe (sud de la Thaïlande) le 14 mai 2015. (AFP FP PHOTO / FILES / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT)

Pourtant, ces derniers temps, les autorités thaïlandaises semblent agir contre les trafics de migrants…  
De fait, elles agissent sous la pression de l’enquête annuelle menée par le Département d’Etat américain sur le trafic d’êtres humains, mais aussi de la médiatisation à l'étranger et les réactions internationales. Elles ne veulent plus voir la Thaïlande figurer au bas de ce classement. Ce qui peut entraîner des sanctions américaines, notamment commerciales, par exemple contre l’industrie de la pêche thaïlandaise. L’UE pourrait suivre.

Dans ce contexte, les militaires, qui nettoient le pays depuis le coup d’Etat de 2014, tentent de glisser de nombreux dossiers sous le tapis. Effectivement, il y a des choses qui bougent. Mais dans de nombreux cas, c’est une action de façade.

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