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Australie : un multimillionnaire remplace un gaffeur à la tête du pays

L’ancien responsable de Goldman Sachs, avocat et entrepreneur multimillionnaire Malcom Turnbull a été investi le 15 septembre 2015 à la tête du gouvernement australien. Et ce après avoir réussi un putsch surprise au sein du Parti libéral contre le Premier ministre conservateur Tony Abbott, notamment connu pour ses gaffes.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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A gauche: le gaffeur, l'ancien Premier ministre australien Tony Abbott (photo prise le 9 septembre 2015). A droite, le multimillionnaire, le nouveau Premier ministre Malcom Turnbull (photo prise le 24 septembre 2013, alors qu'il était ministre des Communications) (AFP - Greg Wood)
L'Australie a besoin d'un style de gouvernement qui «respecte l'intelligence du peuple, qui explique les questions complexes et détermine une politique», a déclaré Malcom Turnbull, ancien ministre des Communications du gouvernement sortant. «Nous avons besoin de persuasion, pas de slogans», a-t-il ajouté. Une manière lapidaire de «flinguer» Tony Abbott, au plus bas dans les sondages. Des enquêtes d’opinion dans lesquelles les travaillistes dépassent les conservateurs depuis plusieurs mois, alors que des élections sont prévues début 2017 au plus tard.
 
L’ancien Premier ministre est souvent raillé pour ses gaffes à répétition et ses déclarations à l’emporte-pièce. Exemple : en février 2015, il avait ainsi comparé la hausse du chômage dans l’industrie de l’armement sous le précédent gouvernement travailliste à un «holocauste». Et dans le passé, il avait décrit l’avortement comme une «solution de facilité» pour les femmes.

L’homme était également critiqué pour ses revirements politiques et des coupes budgétaires impopulaires. Malcom Turnbull lui a aussi reproché d’être incapable de faire face aux difficultés économiques du pays. «Le Premier ministre (sortant) n'a pas été en mesure d'apporter les réponses dont notre pays a besoin (…). Il n'a pas été à même de créer le climat de confiance nécessaire au monde de l'entreprise», avait-il déclaré à la presse avant son élection.

Tony Abbott a notamment pâti de la baisse de la croissance, lié au ralentissement de la Chine, son principal partenaire commercial, et de l’effondrement des cours des matières premières. Le minerai de fer et le charbon représentent les deux grands secteurs exportateurs du pays. Dans le même temps, le chômage (6,3%) est au plus haut depuis 10 ans. Pour autant, son successeur n’a pas indiqué quelle politique économique il entendait mettre en œuvre.

Malcom Turnbull, «l’un des hommes les plus riches d’Australie», comme le rappelle Fortune (sa richesse personnelle dépasserait quelque 116 millions d’euros), a notamment fondé sa réputation sur ses succès dans le monde des affaires. Notamment en dirigeant OzMail, devenu un acteur majeur de l’internet en Australie. Il fut ensuite, de 1997 à 2001, coprésident de Goldman Sachs Australie. Son nom et celui de son institution ont été cités dans la faillite du second assureur australien HIH, la plus importante de l’histoire du pays, avant d’être blanchis.

La presse australienne du 15 septembre 2015 commente la victoire de Malcom Turnbull: «L'assassin souriant», «Le coup d'Etat», «Le parti libéral se divise», «Le triomphe»... (AFP - William West)

Favorable à la taxe carbone et au mariage gay
L’affaire HIH n’a pas entaché sa carrière politique. Et aujourd’hui, ses collègues députés libéraux apprécient sa réputation d’entrepreneur et ses positions plus modérées que celles de son prédécesseur.

En juillet 2014, Tony Abbott, qui vantait les mérites du charbon, avait aboli une taxe carbone vivement critiquée par les groupes miniers. Une abolition que Malcom Turnbull avait alors qualifiée de «connerie». L’Australie est l’un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre de la planète par habitant en raison de l'importance de son secteur minier et de sa dépendance au charbon.

De la même façon, l’ancien Premier ministre, connu pour ses convictions catholiques, s’est toujours opposé au mariage homosexuel. De son côté, son adversaire avait fait savoir sur son blog qu’il voterait pour «la reconnaissance» d’une telle union. Reste à savoir maintenant s’il va agir conformément à ses prises de positions publiques. La BBC se demande ainsi quel «compromis» il a pu passer pour accéder au pouvoir.

Dans un premier temps, le nouveau chef du gouvernement va remanier le gouvernement. Il devrait écarter les ministres aux idées les plus arrêtées, et faire venir du sang neuf et davantage de femmes (il n’y en avait que deux sur 19 dans l’équipe précédente). Il est notamment soutenu par la ministre des Affaires étrangères Julie Bishop.

Au-delà, ce changement d’hommes à la tête de l’Australie est révélateur d’une relative instabilité: le pays en est ainsi à son quatrième chef de gouvernement en deux ans. Et depuis 2010, Tony Abbott est le troisième à être détrôné par un putsch interne.

Après son renversement soudain, l’ancien dirigeant s'est insurgé contre la valse des Premiers ministres: «Au cours de la décennie passée, la politique a changé. Nous avons plus de sondages et de commentaires que jamais auparavant, qui consistent pour l'essentiel à démolir la réputation des gens.» Peut-être a-t-il oublié certains de ses commentaires à l’emporte-pièce du genre : «Les hommes sont physiologiquement ou par tempérament plus aptes à exercer le pouvoir» que les femmes…

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