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Armes cubaines et sucre roux, l'étrange périple d'un cargo nord-coréen

Le "Chong Chon Gang" a été arraisonné par le Panama, mardi. A bord, les enquêteurs ont découvert des armes cubaines destinées à être modernisées en Corée du nord.

Article rédigé par Fabien Magnenou - avec agences
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Le "Chong Chon Gang" mouille dans le port de Colon (Panama), le 16 juillet 2013. (RODRIGO ARANGUA / AFP)

L'affaire a des relents de guerre froide. Et débute comme un film d'espionnage, mardi 16 juillet. Le Chong Chon Gang, un cargo nord-coréen défraîchi de 1979, s'apprête à entrer dans le canal de Panama, côté Atlantique. Mais les autorités locales flairent un coup. De la drogue, pensent-elles. Direction les soutes, remplies de 220 tonnes de sucre roux. Les sacs ont été déposés en vrac, plutôt que sur des palettes. Les agents s'entêtent. 

Durant l'inspection, le capitaine a un début d'infarctus et tente de se suicider. Les 35 membres d'équipage se révoltent. Forcément, tout ceci attise encore davantage la curiosité des enquêteurs. Le bateau prend la direction du port de Manzanillo, à Colon (Panama). Après des fouilles, les autorités finissent par tomber sur 240 tonnes d'armes cubaines, dissimulées dans des conteneurs. Le président panaméen, Ricardo Martinelli, satisfait, tweete une photographie de la prise.

Un officier de police marche sur un conteneur, découvert sous des sacs de sucre, à bord du cargo nord-coréen "Chong Chon Gang", le 16 juillet 2013, à Colon, au Panama.  (RODRIGO ARANGUA / AFP)

La Havane confirme dans la foulée la nature de la cargaison, évoquant "deux missiles complets sol-air Volga et Pechora, neuf fusées en pièces détachées, deux avions de type Mig-21 et 15 moteurs pour ce type d'appareil". L'île détient encore aujourd'hui de l'armement soviétique, qui date de la fin des années 80. Mais ce matériel vieillit. Son allié nord-coréen devait le réceptionner pour le moderniser, avant de le réexpédier sur l'île. Rien d'illégal à cela, se défend Cuba, puisqu'il s'agit d'un matériel "obsolète", dont la remise en état est nécessaire "pour préserver la souveraineté nationale". Quant à la Corée du Nord, elle évoque un "contrat légal", tout en réclamant la libération des marins, inculpés pour atteinte à la sécurité nationale.

Des portraits de l'équipage du "Chong Chon Gang", accrochés sur un mur du bateau, le 16 juillet 2013, à Colon (Panama).  (RODRIGO ARANGUA / AFP)

Le hic, c'est que l'ONU impose un embargo sur les ventes d'armes avec la Corée du Nord, qui concerne aussi les contrats de maintenance. "La cargaison est illicite car elle n'a pas été déclarée. Ce qui n'est pas répertorié, même si c'est obsolète, constitue de la contrebande", spécifie le ministre de l'Intérieur panaméen, José Raul Mulino, mercredi. Des cargaisons militaires transitent bien par le canal, mais elles font l'objet d'un protocole spécial. De leur côté, les Etats-Unis soutiennent le Panama. Et Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, évoque déjà une saisine du comité des sanctions du Conseil de sécurité.

Un soldat panaméen tient la garde, mercredi 17 juillet 2013, devant un conteneur découvert à bord du "Chong Chon Gang", un cargo nord-coréen qui transportait des armes cubaines. (RODRIGO ARANGUA / AFP)

Une commission d'experts de l'ONU doit inspecter l'armement, le 5 août. A cette occasion, la Corée du Nord exige d'être représentée. Ce qui entraîne un nouvel imbroglio diplomatique, puisque les visas un temps accordés par le Panama à deux diplomates ont finalement été annulés, rapporte jeudi le site panaméen Critica.com.pa (en espagnol). L'inspection pourrait prendre une semaine entière, selon le porte-parole de la présidence panaméenne. "Nous avons ouvert seulement une soute, et il en reste quatre."

Quant au sucre présent dans la soute, il servirait tout simplement de monnaie d'échange, selon Hugh Griffiths, spécialiste des trafics illicites à l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Pour contourner les embargos qui la frappe, la Corée du Nord s'adonne au troc. Des armes remises en état, contre un peu de nourriture. Le plus souvent, en toute discrétion.

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