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Accusée de piratage informatique, la Chine dément catégoriquement

Pékin juge "infondées" les affirmations du rapport Mandiant sur les activités de cyberespionnage de l'armée chinoise.

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France Télévisions
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Des jeunes Chinois dans un cybercafé de Guilin, dans le sud de la Chine, le 29 septembre 2011. (WANG ZICHUANG / IMAGINECHINA / AFP)

Sans surprise, les autorités chinoises ont vivement rejeté, mardi 19 février, les conclusions du rapport de la société de sécurité informatique Mandiant, qui met au jour pour la première fois l'implication de l'Armée populaire de libération (APL) dans des activités de piratage. Mais Pékin n'est pas la seule capitale embarrassée par ces révélations.

La Chine développe sa ligne de défense…

Après le démenti apporté mardi par le ministère des Affaires étrangères chinois, un porte-parole du ministère de la Défense a développé mercredi les arguments de Pékin. "Les cyberattaques sont par nature transnationales, anonymes et trompeuses, il y a beaucoup d'incertitudes sur leur origine", a affirmé Geng Yansheng, évoquant "une ignorance des règles techniques de base".

Le gouvernement a également renvoyé la balle aux Américains. "Selon nos statistiques, les terminaux informatiques de nos militaires subissent un grand nombre de cyberattaques et l'analyse des adresses IP désigne les Etats-Unis comme pays d'origine. Mais nous n'avons jamais utilisé cela comme un prétexte pour accuser le gouvernement américain", explique-t-on côté chinois.

… en passant sous silence les éléments gênants

Sur son blog (en anglais), le journaliste du New Yorker Evan Osnos ironise sur la publication éventuelle d'un rapport chinois sur les activités des pirates informatiques américains. "Chaque printemps, la Chine publie un rapport annuel sur les droits de l'homme aux Etats-Unis, en réponse aux critiques américaines sur les droits de l'homme en Chine", rappelle-t-il.

Pékin oublie un peu vite que les adresses IP, signatures d'un ordinateur, ne sont pas les seules preuves collectées par Mandiant. La firme américaine a observé que les pirates du groupe identifié comme l'unité 61398 de l'APL utilisaient des ordinateurs configurés avec un clavier utilisant les caractères simplifiés imposés en Chine populaire par le régime communiste. Certains ont même commis des imprudences, en utilisant un numéro de Shanghai pour accéder à un service de Google ou en citant la mégalopole chinoise dans les informations requises pour enregistrer un nom de domaine.

Des hackers hors de contrôle ?

Si le rapport Mandiant tend à démontrer que le piratage est soutenu par le régime chinois, un expert américain du Centre d'études internationales et stratégiques de Washington se demande si Pékin, qui a donné son accord pour ces activités il y a quelques années, contrôle toujours ses hackers.

"Ils ont lâché la bride à des unités comme celle-ci, l'incitant à aller pirater et voler de la technologie occidentale (...). Ce n'est pas la même chose que contrôler, explique James Lewis sur le site Business Insider (en anglais). Et, de fait, il pourrait être compliqué pour Pékin d'en reprendre le contrôle."

Des journalistes intimidés près du siège de l'unité 

Aux abords de l'immeuble identifié comme le quartier général de l'unité 61398, la sécurité a été renforcée. Un photographe de l'AFP qui s'est rendu mercredi à proximité du bâtiment a été interpellé par six soldats chinois.

Il a été détenu durant une demi-heure, avec un groupe de journalistes étrangers. Les soldats lui ont confisqué sa carte mémoire contenant les images du bâtiment, en avançant que les prises de vue d'installations militaires étaient interdites.

Cet immeuble de Shanghai (Chine) est le quartier général de l'unité 61398 de l'armée chinoise à l'assaut des secrets industriels, selon le rapport de la société de sécurité informatique Mandiant publié le 19 février 2013. (PETER PARKS / AFP)

Washington marche sur des œufs

Le rapport Mandiant a dévoilé publiquement ce que les autorités américaines observent depuis quelques années. Pour le moment, la Maison Blanche a simplement déclaré au New York Times qu'elle était "au courant" du rapport. "Nous avons à plusieurs reprises fait part de notre préoccupation sur le cyberespionnage au plus haut niveau avec les dirigeants chinois", affirme Tommy Vietor, le porte-parole du Conseil national de sécurité.

Le quotidien américain annonce également que Barack Obama a signé la semaine dernière une directive pour que le gouvernement partage ses informations sur les pirates informatiques avec les fournisseurs d'accès à internet. Il apparaît cependant délicat pour les Etats-Unis d'accuser officiellement l'armée chinoise. "C'est très sensible diplomatiquement", indique une source du renseignement au New York Times.

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