Antivirus, drogue et paranoïa : le mystère John McAfee

Le créateur des antivirus éponymes a été arrêté mercredi au Guatemala qui a décidé de le remettre au Belize, qu'il a fuit après que son voisin a été tué d'une balle dans la tête.

John McAfee, le pionnier en matière d\'antivirus, répond aux questions des journalistes de Reuters, le 5 décembre 2012 au Guatemala. 
John McAfee, le pionnier en matière d'antivirus, répond aux questions des journalistes de Reuters, le 5 décembre 2012 au Guatemala.  (JORGE LOPEZ / REUTERS)

INTERNET – Fin de cavale pour John McAfee. Le pionnier de l'antivirus a été arrêté et emprisonné, mercredi 5 décembre au Guatemala, où il tentait d'entrer pour demander l'asile politique. Le millionnaire américain, victime de deux infarctus du myocarde au cours de la matinée jeudi 6 décembre, a été hospitalisé. Il va être remis au Belize, un petit pays d'Amérique centrale où il s'était installé depuis quatre ans et où il est soupçonné du meurtre de son voisin.

Passé par la Nasa, John McAfee s'est d'abord fait connaître pour la création des antivirus éponymes. Dans un long portrait, le site Gizmodo (lien en anglais) le décrit comme un "auto-entrepreneur invétéré qui a fait de la sécurité informatique un empire improbable, basé sur la confiance et le sérieux." 

En 1994, celui pour qui le succès "c'est se lever chaque matin avec l'impression d'avoir 12 ans" revend sa société et ses antivirus. Il file en 2008 aux Caraïbes, comme bon nombre de ses confrères attirés par le soleil et la mer azur. Il y fait construire une maison sur l'île d'Ambergris Caye, la plus grande de Bélize. 

Femmes, gardes du corps et tatouages

Mais en l'espace de quelques années, le visage de l'entrepreneur avide de succès et adepte de yoga a bien changé. Le teint hâlé, lunettes de soleil sur le nez, John McAfee arbore ses tatouages et change sa couleur de cheveux à mesure que le temps passe. Sa fortune s'est réduite comme peau de chagrin, passant de 100 millions de dollars (77 millions d'euros) à seulement 4 millions en 2009 (3 millions d'euros), estime le New York Times (en anglais).

Capture d\'écran de la page Facebook de John McAfee, le créateur des antivirus éponymes. 
Capture d'écran de la page Facebook de John McAfee, le créateur des antivirus éponymes.  (KAREN BLEIER / AFP)

A Bélize, voisins et connaissances se sont confiés à l'agence de presse Reuters (en anglais), en marge de l'enquête pour homicide ouverte par la police. "C'est un homme compliqué, très impulsif", a ainsi déclaré un insulaire, sous couvert d'anonymat. Joshua Davis, journaliste à Wired et auteur d'une longue enquête sur McAfee, renchérit : "C'est une personne très lunatique. Au regard de mes voyages à Bélize et de nos conversations téléphoniques, je peux assurer que McAfee était quelqu'un de raisonnable et de lucide. Mais il lui est arrivé plusieurs fois d'être agressif."

L'entrepreneur apparaît en effet de plus en plus instable, accompagné de jeunes femmes, parfois mineures. "A chaque fois que je le voyais, il était avec une fille différente", confie un serveur de Bélize à Reuters. Ses gardes du corps le suivent aussi de près. Et plusieurs témoins, cités dans la presse américaine, ont indiqué l'avoir vu se promener avec des armes accrochées à la ceinture. John McAfee aurait-il quelque chose à cacher ? 

Toxicomane et accusé de meurtre

Au printemps 2012, les policiers béliziens ont perquisitionné sa résidence à la recherche d'armes et de drogue. McAfee a été placé en garde à vue et soupçonné de fabriquer du crystal meth (drogue synthétique aussi appelée méthamphétamine) pour sa consommation. Pour le journaliste de Gizmodo interrogé par la chaîne Fox News (en anglais), cela ne fait aucun doute : John McAfee "était un toxicomane endurci vers 40 ans. Il a eu une crise cardiaque à cause de cela"

Selon lui, l'ancien pionnier de l'informatique se serait associé à certains gangsters de Bélize, ce "refuge pour les pirates". Lors des perquisitions organisées chez lui après le meurtre de son voisin, Gregory Faull, les policiers sont tombés sur plusieurs armes à feu, dont des fusils de chasse.

La maison de John McAfee sur l\'île d\'Ambergris Caye à Bélize, ici photographiée le 14 novembre 2012.
La maison de John McAfee sur l'île d'Ambergris Caye à Bélize, ici photographiée le 14 novembre 2012. (HENRY ROMERO / REUTERS)

John McAfee semble donc être le suspect numéro 1 dans cette affaire, d'autant qu'un conflit de voisinage l'avait opposé à la victime quelques jours plus tôt. Les deux hommes auraient eu un différend au sujet des chiens de McAfee, trop bruyants selon Faull. 

Persécuté ou paranoïaque ?

Recherché par la police, John McAfee a tenté ces dernières semaines d'échapper aux enquêteurs, allant jusqu'à s'enfouir dans le sable. Il a raconté sa fuite sur son blog, The Hinterland (en anglais), et a débarqué lundi 3 décembre au Guatemala pour demander l'asile politique.

Car, pour lui, il ne fait aucun doute que la brigade antigang de Bélize, qui a mené l'opération antidrogue début 2012, veut le descendre. Mystérieux, le pionnier de l'informatique se dit victime de persécutions politiques dans le pays. "Vous pouvez dire que je suis paranoïaque à ce sujet, mais ils veulent me tuer, c'est sûr. Ils essayent de m'avoir depuis des mois. Ils veulent me contraindre au silence. Je ne suis pas trop aimé par le Premier ministre ", a-t-il confié à Wired (en anglais).

Cette thèse est rejetée par le Premier ministre, Dean Barrow. Celui-ci a assuré que les autorités béliziennes souhaitaient seulement interroger John McAfee. Une personne qu'il juge "extrêmement paranoïaque, pour ne pas dire cinglée".