Quel bilan pour la politique sociétale d'Obama ?

Droits des homos, réforme dans le secteur de la santé, autosuffisance énergétique et immigration : à quelques jours du scrutin présidentiel, le 6 novembre, francetv info dresse le bilan du président sortant.

Barack Obama au Delray Beach Tennis Center, en Floride (Etats-Unis), le 23 octobre 2012.
Barack Obama au Delray Beach Tennis Center, en Floride (Etats-Unis), le 23 octobre 2012. (JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

PRESIDENTIELLE AMERICAINE – Droits des homosexuels, réforme de santé, autosuffisance énergétique et immigration : francetv info dresse le bilan du président sortant en matière de politique sociétale.

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Santé : l'"Obamacare" reste mal perçue

Malgré les tentatives vaines des républicains de faire abroger la loi pour cause d’inconstitutionnalité, le "Patient Protection and Affordable Care Act" (PPACA), promulgué le 30 mars 2010, est approuvé. Surnommé "Obamacare", il constitue le principal volet de la réforme du système de santé permettant la création, dans chaque Etat, d'une assurance santé universelle abordable. Une promesse de campagne tenue par Obama, pour sortir de la précarité 32 millions d’Américains dépourvus d’assurance. Une disposition de cette loi oblige chaque citoyen à se doter d'une couverture santé avant 2014, sous peine de sanctions financières. En résumé, "la majorité des Américains conserveront l'assurance privée qu'ils ont déjà ; les autres achèteront une assurance privée subventionnée par l'Etat, en fonction de leurs revenus", résume Slate.fr.

Obamacare permet aussi d'empêcher les assureurs privés de discriminer leurs clients sur des critères comme l'âge, l’origine ethnique, le sexe (les femmes paient plus cher que les hommes pour la même couverture) ou les antécédents médicaux. "La loi fera disparaître [des] situations grotesques, comme celle de ces Américains non assurés qui tombent malades et doivent s'endetter, car aucune compagnie ne veut prendre en charge des patients déjà malades", pointe Slate.

Des Américains manifestent leur joie devant la Cour suprême, qui vient de valider Obamacare, le 28 juin 2012 à Washington, D.C. (Etats-Unis).
Des Américains manifestent leur joie devant la Cour suprême, qui vient de valider Obamacare, le 28 juin 2012 à Washington, D.C. (Etats-Unis). (MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Si de nombreuses dispositions de cette loi n’entreront en vigueur qu’à compter de 2014, plusieurs mesures sont déjà effectives. Depuis le 1er août 2012, le volet contraception de la PPACA oblige les entreprises à rembourser, via les contrats d'assurance-maladie contractés par leurs employés, une longue liste de contraceptifs, parmi lesquels la pilule, les préservatifs, le stérilet ou encore la pilule du lendemain. Et les examens de prévention (mammographie, colposcopie, dépistage HIV…) sont désormais entièrement remboursés.

Mais Obamacare divise : "Selon un sondage publié en juillet, 52% des électeurs américains continuent d'être contre la réforme", relate Slate. Les opposants de la réforme reprochent au président soit une intrusion dans leur vie privée, soit de ne pas être allé assez loin dans la réforme. Certains frôlent même la schizophrénie : "Un autre sondage fascinant, effectué en juin, révélait que 'la plupart des Américains sont contre Obamacare, mais en faveur des mesures que propose la loi'", indique Slate.

Energie : vers l'autosuffisance

Le cheval de bataille de Barack Obama, c'est l'autosuffisance énergétique des Etats-Unis. Son objectif : exploiter au maximum les ressources du territoire américain pour avoir moins recours à l'importation, notamment de pétrole. Résultat : en 2010, la part du pétrole importé était "à moins de 50% pour la première fois en treize ans", a affirmé le président en mars dernier. D'après des chiffres du ministère de l'Energie, les Américains consomment 9% de pétrole en moins qu'en 2007, indique The New York Times (article en anglais). "Les Etats-Unis ont réduit de 20% au cours des trois dernières années la quantité de pétrole importée des pays de l'Opep, [et] le pays est devenu un exportateur net de produits raffinés et notamment d'essence pour la première fois" depuis 1945, poursuit le journal. La production de pétrole dans le pays est en effet passée de 4,9 millions de barils par jour en 2008 à  5,7 millions aujourd’hui, détaille le New York Times

Le bilan concernant les énergies renouvelables est lui aussi positif : en 2011, 13% de l'électricité produite aux Etats-Unis provenait d'énergies renouvelables (contre 11% du nucléaire), selon des chiffres du ministère de l'Energie (lien en anglais).

Mais le raté du mandat Obama, c'est l'échec de l'"American Clean Energy and Security Act". Validée par la Chambre des représentants mais retoquée par le Sénat, la loi visait à mettre en place un système d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre afin de les réduire de 80% en 2050, et était une promesse de campagne du président sortant.

Droits des homos : Obama se mouille

Dès son accession à la présidence des Etats-Unis, en 2008, Barack Obama signe le "Matthew Shepard and James Byrd, Jr. Hate Crimes Prevention Act", qui ajoute le genre, l'orientation sexuelle, l'identité sexuelle et le handicap aux critères fédéraux définissant les "crimes de haine".

Mais le principal fait d'arme du président, c'est l'abolition de la directive "Don't Ask, Don't Tell", confirmée en décembre 2010. Elle avait été mise en place en 1993 pour permettre aux homosexuels (interdits dans l’armée) de s'engager dans les forces militaires dès lors qu'ils ne révélaient pas leur orientation sexuelle (Don’t Tell), leurs supérieurs ne pouvant pas non plus ouvrir d’enquête sans "preuve" (Don’t Ask). Cette directive interdisait donc à toute personne homosexuelle ou bisexuelle servant dans l'armée de révéler son orientation sexuelle. Jugée discriminatoire, elle est abolie par un vote du Sénat en décembre 2010.

 

Marissa Gaeta (G), second maître dans l\'US Navy, embrasse sa compagne, Citlalic Snell, quartier-maître, le 21 décembre 2011.
Marissa Gaeta (G), second maître dans l'US Navy, embrasse sa compagne, Citlalic Snell, quartier-maître, le 21 décembre 2011. (REUTERS / US NAVY)

Pour ce qui est du mariage pour tous, la position du président américain a évolué. En 2008, il estimait que "le mariage [était] entre un homme et une femme" et que "les décisions le concernant d[evaient] être prises par les Etats" et non par le gouvernement. Revirement en mai 2012 : "C'est important pour moi de le dire : je pense que les couples de même sexe devraient pouvoir se marier." Obama est le premier président des Etats-Unis à se prononcer en faveur du mariage pour les homosexuels. L'adoption homoparentale est elle l'affaire des Etats ; depuis 1993, une vingtaine l'ont légalisée.

Barack Obama a de plus élargi le "Family and Medical Leave Act", qui permet aux employés de prendre un long congé non-payé pour s'occuper d'un membre de leur famille gravement malade. Désormais, un salarié y a droit si le malade est l'enfant qu'il a eu ou adopté avec un partenaire du même sexe. Obama a également étendu les droits des couples homosexuels en matière de visite à l’hôpital ou de décisions si le partenaire est mourant.

Immigration : une solution provisoire, en attendant mieux

Avec 11,5 millions de clandestins aux Etats-Unis en janvier 2011, la question de l'immigration est depuis toujours prégnante, surtout dans un contexte de crise. Barack Obama n'a pas tenu sa promesse faite en 2008 d'ouvrir une voie de régulation pour les immigrants clandestins, ni celle de proposer un projet de loi sur l'immigration la première année de son mandat. Par ailleurs, "la période 2008-2012 a connu une explosion du nombre d'expulsions – 400 000 par an en moyenne – bien plus que sous George W. Bush", indique Le Monde.

Mais le président sortant reste un fervent supporter du "Development, Relief and Education for Alien Minors Act" (loi pour le développement, le secours et l'éducation des mineurs étrangers, ou "Dream Act"), qui prévoit d’accorder aux mineurs rentrés illégalement aux Etats-Unis une carte de résident permanent, sous certaines conditions. Le projet de loi a été proposé au Sénat en 2001, mais refusé en 2010.

En attendant, en juin 2012, le président a adopté par décret le "Deferred Action for Childhood Arrivals" Act, ou Daca, qui gèle les expulsions des mineurs entrés illégalement sur le territoire avec leurs parents. La mesure "permet aux jeunes sans-papiers (sans casier judiciaire) vivant aux Etats-Unis d'éviter l’expulsion et d’obtenir un permis de travail pour deux ans. Les potentiels bénéficiaires doivent arriver sur le territoire américain avant l'âge de 16 ans, être âgés de moins de 30 ans et détenteurs d'un diplôme de fin d'études secondaires", détaille InfoHaïti.net.