Présidentielle à Haïti: l’écueil de l’identification

Le premier tour de la présidentielle haïtienne est prévu le 20 novembre 2016. Après les ravages causés par l'ouragan Matthew, c'est une course contre la montre dans laquelle se sont engagées les autorités, notamment pour permettre aux électeurs d'avoir une pièce d'identité, indispensable pour accomplir leur devoir civique.

Des victimes de l\'ouragan Matthew dans les couloirs du Lycée Jean Claudy Museau (Les Cayes), dans le sud-est d\'Haïti, le 16 novembre 2016. Un établissement prévu pour accueillir les opérations de vote de la présidentielle.  
Des victimes de l'ouragan Matthew dans les couloirs du Lycée Jean Claudy Museau (Les Cayes), dans le sud-est d'Haïti, le 16 novembre 2016. Un établissement prévu pour accueillir les opérations de vote de la présidentielle.   (HECTOR RETAMAL / AFP)

«Je vous invite, dimanche 20 novembre, à 6h du matin, carte électorale en main, à aller faire le bon choix et élire comme président, sénateurs, députés… des gens à qui vous faites confiance, qui sont intéressés à notre avenir et qui ont de la capacité pour développer le pays», a déclaré le président provisoire d’Haïti, Jocelerme Privert, le 15 novembre 2016.

Mais il n'est pas certain que les quelque 6 millions d'Haïtiens inscrits sur les listes électorales détiennent l'indispensable sésame lors d'un scrutin maintes fois reporté et désormais crucial pour l'un des pays les plus pauvres au monde. Outre la destruction des infrastructures par l’ouragan Matthew, qui a fait 1.000 morts et de nombreux dégâts matériels en octobre 2016, le pays est confronté à une difficulté de taille: l’identification des électeurs. Le problème n'est pas nouveau mais prend une dimension particulière, car beaucoup d’Haïtiens ont perdu leur pièce d’identité suite à la catastrophe naturelle. Notamment dans le Sud du pays, la zone la plus sinistrée.

«Accélérer le travail d'identification»
Dans une missive, citée par Radio Télévision Caraïbes fin octobre 2016, le président du Conseil électoral provisoire (CEP), Léopold Berlanger, avait écrit au chef de l'Etat qu’«il convient d’attirer l’attention du gouvernement sur la nécessité de mettre l'Office national d’identification (ONI) en condition d’accélérer son travail d’identification des électeurs qui ont perdu leur Carte d'identification nationale pendant le passage de l’ouragan Matthew en la remplaçant avant le 20 novembre.»

Ainsi, début novembre, rapporte Alter Presse, à l’initiative du CEP, les personnes sinistrées étaient invitées à déclarer la perte de leur carte d’identité aux bureaux électoraux communaux et départementaux afin que leur dossier soit traité par l'ONI. L'office avait par ailleurs annoncé le 10 octobre 2016 l’ouverture de deux lignes téléphoniques pour faciliter les formalités afin de fournir aux victimes de l’ouragan des pièces d’identité pour la fin du mois. Cependant, l’ONI semble dépassé à quelques heures du premier tour de la présidentielle. 

«Palabres, énervements, grognes, prises de gueule, colère, animosités, bousculades (...) sous un soleil plombant, impatience, déceptions, angoisses, amertumes pour ne citer que ceux-là, c’est en effet ce qu’on pouvait lire, le mercredi 16 novembre, sur le visage de nombreux demandeurs de Carte d’identification nationale devant le bureau de l’Office national d’identification à Pacot (un quartier de la capitale haïtienne Port-au-Prince, NDLR)», a constaté un journaliste d'Haïti Press Network.

Un processus d'identification alternatif pour l'élection?
De même, l’ONI a annoncé la fermeture pour le 11 novembre 2016 du centre d'appel ouvert aux résidents du départements du Sud, du Sud-est, des Nippes et de la Grande-Anse pour faire réimprimer leur carte d’identité. Explication fournie: le faible nombre de demandes enregistrées. L’ONI n’aurait reçu «que 2.000 demandes alors qu’il y a environ 1,5 million de citoyens sur la liste électorale du CEP pour ces quatre départements», selon le communiqué diffusé le 10 novembre. 

«Dans les zones dévastées par l’ouragan Matthew, précise le texte, les gens sont surtout à la recherche de nourriture et d’un endroit sec où dormir.» L’office, qui ne souhaite pas «servir de bouc émissaire», a prévu «une solution alternative pour permettre à l’institution électorale de confirmer le jour du vote l’identité des citoyens dont la carte d'identité n’aurait pas été réimprimée». Mais elle devait encore être validée par la CEP qui a de nouveau invité, quelques heures avant le premier tour, les Haïtiens à s'adresser aux bureaux de l'ONI pour se procurer une nouvelle Carte d'identification nationale si nécessaire. 

Les Haïtiens qui pourront voter auront le choix entre 27 candidats.

Jovenel Moïse du PHTK (Parti haïtien Tèt kale), Jude Célestin, de la Ligue alternative pour le progrès et l'émancipation haïtienne (Lapeh), Moïse Jean-Charles, leader du parti Piti Dessalines («les enfants de Dessalines») et Maryse Narcisse, l'une des deux femmes en lice pour la présidence qui porte les couleurs du parti Fanmi Lavalas présidé par l'ancien président Jean-Bertrand Aristide, sont les favoris. Le second tour de la présidentielle est programmé pour le 29 janvier 2017. Le mandat du futur président haïtien, élu pour cinq ans, débutera le 7 février 2017.