Les Obama Show sont-il une bonne stratégie présidentielle ?

A quand un duo Obama-Beyoncé ? C'est peut-être la prochaine étape pour le président américain, qui pousse la chansonnette pour les besoins de sa campagne. Nicole Bacharan, historienne et politologue, analyse cette tactique pas si inhabituelle.

Barack Obama souhaite un joyeux anniversaire en chanson au sénateur Ted Kennedy, le 8 mars 2009, à Washington.
Barack Obama souhaite un joyeux anniversaire en chanson au sénateur Ted Kennedy, le 8 mars 2009, à Washington. (SAUL LOEB / AFP)

Let's Stay Together, Sweet Home Chicago… Les Américains voient régulièrement leur président pousser la chansonnette devant les caméras. Dernière performance en date mardi 24 avril, dans un talk-show populaire. Le président y déroule son argumentaire sur le coût des études supérieures avec un phrasé doux, le tout sur une mélodie romantique. 

Mais il ne faut pas s'y méprendre : ce "Barack Obama show" n'est pas spontané, ni anodin. Le président candidat espère ainsi reconquérir un électorat déçu par son premier mandat. Historienne et politologue, Nicole Bacharan est spécialiste de la société américaine.


FTVi : Quel est l'intérêt pour Barack Obama de se mettre ainsi en scène ?

Nicole Bacharan : Il est entouré d'une grande équipe de communicants ; il n'y a rien de spontané dans l'affaire, tout cela est très planifié. Lors de sa dernière prestation vocale, il s'adressait à un public d'étudiants. Se montrer cool a pour but de faire voter les jeunes, qui l'avaient beaucoup soutenu en 2008, et qui ne sont pas très motivés cette année. Il faut donc remobiliser l'électorat qui l'a porté au pouvoir, un électorat jeune, urbain, éduqué, métissé. Obama essaie de recréer le sentiment de proximité, la chaleur qu’il avait créés en 2008 et qu’il a un peu perdus au cours de son premier mandat. Fondamentalement, c'est quelqu'un d'assez froid et distant.

Est-ce une stratégie inhabituelle aux Etats-Unis ?

Barack Obama le fait très bien, mais ils le font tous depuis longtemps. Kennedy a commencé à maîtriser la télé dès les années 60, à mettre en scène cette famille si photogénique et idéale. La présidence Reagan était également très mise en scène : il faisait des films de propagande avec des cow-boys, des chevaux, toute l'imagerie de John Wayne. Il faut que le président soit photogénique pour que ça fonctionne. Pas forcément beau, mais qu'il ait une présence à l'écran. Obama a ça, une aisance physique, une "coolness".

Comment les Américains perçoivent ses intermèdes vocaux ?

Ça hérisse l'électorat qui le détestait déjà : des gens très conservateurs, vaguement racistes. Ceux-là ne le détesteront pas plus, ni moins. 

Pourrions-nous imaginer une telle chose en France ? 

La conduite que l'on juge présidentielle, que l'on attend, n'est pas la même. En France, tout ce qui fait show-business devient suspect. On se pose aussi beaucoup la question de la stature, de la manière de porter le costume de président. Pour Sarkozy et Hollande, ça se joue beaucoup là-dessus. D'ailleurs, je n'imagine aucun d'eux se prêter à un tel exercice. On a beaucoup reproché à Sarkozy de sortir des cadres présidentiels, il ne va donc pas tenter de choses nouvelles. Hollande, de son côté, est très conventionnel dans sa manière de se présenter. Aucun ne va sortir du cadre. De toute façon, si jamais ils s'y essayaient, il faudrait que ce soit maîtrisé. La limite, c'est toujours celle du ridicule.