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Hollande a-t-il (vraiment) quelque chose en lui d’Obama ?

Les deux candidats ont été comparés à plusieurs reprises durant ces derniers mois. Jusqu’où peut-on les rapprocher ? FTVi dresse la liste des points communs et des différences.

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France Télévisions
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Barack Obama lors d'un meeting à Cambridge, dans le Maryland (Etats-Unis), le 27 janvier 2012. (REUTERS)

Ils sont taxés de "capitaines du Concordia", sont candidats à la présidence et militent pour une meilleure justice fiscale. La comparaison s’arrête-t-elle là entre Barack Obama et François Hollande ? Oui et non. Sur plusieurs points, le candidat socialiste à l’Elysée présente des similitudes avec le président sortant américain, candidat à sa réélection. La ressemblance n’est pas fortuite, au contraire. Jusqu’où va le rapprochement ? FTVi  dresse la liste des points communs et des différences.

• Les éléments de langage : du "changement", du "rêve", de "l’espoir"

Le "rêve américain" ne date pas de Barack Obama. Le "rêve français", si. En 2008, le candidat démocrate a redonné tout son sens à la formule, l’incarnant au-delà des clivages de la société américaine, lui redonnant du souffle. Cela n’a pas échappé au candidat socialiste français, qui s’est approprié l’expression pour le titre de son livre, paru en août, et qui a promis, le soir de sa victoire à la primaire, de "réenchanter le rêve français".

Autre vocable emprunté à Obama, "le changement". "Change we can believe in" ("Nous pouvons croire au changement") est devenu chez Hollande "Le changement c’est maintenant". Quand au mot "hope" ("espoir"), qui figurait sur les affiches de campagne du candidat américain, il se retrouve imprimé, avec sa traduction hollandesque, sur les tee-shirts de l’équipe du député de Corrèze : "H is for hope" (H pour espoir).

Oui mais… cette rhétorique n’est pas aussi constante chez le candidat français. Quand il est question de détailler son programme, François Hollande troque ce langage habité pour un exposé technique, son "rêve français" pour une "espérance lucide". Au risque de briser l’enthousiasme.

• L’image : un show à l’américaine

Pour son meeting au Bourget (Seine-Saint-Denis), François Hollande avait choisi un pro de l'événementiel, André Loncle, passé par les deux temples de la com', Euro RSCG et Havas. Ce metteur en scène a notamment travaillé au côté du compositeur Jean-Michel Jarre, adepte des concerts grandioses, pendant près de vingt ans. Sept caméras ont capté le discours et la gestuelle du candidat PS, sur fond bleu, la même couleur que celle utilisée par Obama pendant sa campagne. Ecrans géants, mini-concert d'une star (Yannick Noah), foule de partisans surchauffée, people dans la salle… La convention géante de Barack Obama à Denver, en 2008, après sa victoire aux primaires démocrates, n’est pas si loin. "La campagne de François Hollande, à commencer par son changement physique, est très américanisée", reconnaît Thomas Snegaroff, historien, spécialiste des Etats-Unis.

François Hollande lors de son meeting au Bourget (Seine-Saint-Denis), le 22 janvier 2012. (REUTERS)

Oui mais… L’image du candidat français a beau être maîtrisée et modernisée, les codes visuels de la campagne ne sont pas toujours des plus heureux. Ainsi, l’étrange chorégraphie initiée par la cellule web du candidat, qui consiste à reprendre le logo de la campagne, ressemble davantage à un drôle de haka. On est loin du "check" stylé de Barack Obama dans les couloirs de la Maison Blanche.  

• La campagne sur le web : aller chercher les électeurs

L’équipe de Hollande a fait appel à des membres de l'équipe internet de Barack Obama de 2008 afin de profiter de leur expérience en vue du lancement du nouveau site toushollande.fr cette semaine. Objectif : s’appuyer sur les réseaux sociaux pour aller chercher les électeurs abstentionnistes sur le terrain, via 10 000 personnes chargées de faire du porte-à-porte. Selon Le Parisien, l’équipe du candidat socialiste s’est fixé pour objectif d’ouvrir "entre 5 et 12 millions de portes" d’ici au premier tour, le 22 avril.

Oui mais… Les moyens mobilisés, là encore, ne sont pas comparables. Alors que le démocrate dispose d’une équipe web de plus de 100 personnes et doté de 300 millions de dollars (230 millions d’euros) pour préparer sa réélection, celle de Hollande totalise, elle, 25 personnes et 2 millions d’euros. 

• La posture : l’outsider et l’homme nouveau

François Hollande y tient : il vient d’une famille simple, "plutôt conservatrice" et il s’est construit tout seul, à force de "méritocratie républicaine". A l’inverse d’un président sortant urbain, le candidat PS revendique un parcours politique ancré en Corrèze, constitué de mandats locaux et non d’un portefeuille de ministre. Quand il s’est présenté, Obama n’était, lui, sénateur que depuis trois ans. "Obama comme Hollande sont des outsiders, en dehors des affaires de l’Etat", souligne Thomas Snegaroff.  Et font figure de "nouveaux" (du moins en 2008 pour Obama) face à des présidents sortants très bas dans les sondages, Nicolas Sarkozy en France et George Bush aux Etats-Unis à l’époque.  

Oui mais… Cette avance dans les sondages se traduisait chez le candidat américain par "une adhésion positive très forte au personnage", en plus du sentiment anti-Bush, alors que, chez Hollande, elle rassemble encore "beaucoup de votes utiles et par défaut", note François Durpaire, spécialiste de la politique américaine et des questions de diversité. En outre, le candidat PS est tout de même loin d’être un petit nouveau sur la scène politique, qu’il occupe depuis trente ans, notamment à la tête du Parti socialiste.

• Le programme économique : moins de finance, plus de justice fiscale

A deux jours d’intervalles, Barack Obama et François Hollande ont proposé peu ou prou la même chose, ce qui n’a pas manqué d’être relevé par les éditorialistes. Lors de son discours sur l’état de l’Union, le président américain a promis de lutter contre les iniquités sociales et fiscales, en mettant à contribution les très riches Américains. Pour sa part, en présentant son programme, François Hollande a annoncé qu’"une tranche exceptionnelle de l'impôt sur le revenu à 45 % serait créée pour les revenus supérieurs à 150 000 euros par an". Et n’a pas manqué de citer Obama. Ce dernier a appelé devant le Congrès à appliquer "la règle Buffet", du nom du millardaire qui a dénoncé le fait que sa secrétaire paie plus d’impôts, proportionnellement, que lui. "J'ai cru comprendre qu'aux Etats-Unis ce débat existait aussi (…) En faisant cette réforme, nous sommes dans le même esprit" qu'Obama, a lancé sans détours Hollande. 

Le candidat PS envisage aussi la séparation entre les activités de banque de détail et celles de banques de marché, sur le modèle de ce qui a été fait aux Etats-Unis. Connue sous le nom de "règle Volcker", elle consiste à interdire aux banques de garder en leur sein des activités de spéculation pour compte propre, c’est-à-dire des équipes de traders qui font des paris financiers pour grossir les profits de la banque, comme l’explique le blog La Vie des affaires

Oui mais… Si Barack Obama entend demander un effort aux Américains les plus riches, celui-ci se limite à 30 % de leurs revenus, loin des 45 % prônés par François Hollande. "La gauche américaine n’est pas la gauche française", rappelle François Durepaire. Pour autant, selon le spécialiste, le président américain s’inscrit presque plus à gauche que beaucoup de dirigeants socialistes européens actuellement, puisqu’il est le seul à avoir fait un plan de relance pour l’économie. "François Hollande, lui, veut économiser d’abord puis répartir ensuite", arguant que les marges économiques sont minces en temps de crise.

 

Quoi qu'il en soit, si un rapprochement Hollande-Obama peut s’avérer fructueux pour le candidat français, il pourrait s’avérer désastreux pour son homologue américain. François Hollande le reconnaissait lui-même sur France 2 jeudi, face à Alain Juppé : il sera difficile de rencontrer Barack Obama en période électorale, tant il serait mal vu pour le président des Etats-Unis qu'il fréquente un socialiste. Le mot a déjà été utilisé plusieurs fois contre lui outre-Atlantique. Le président américain devrait même éviter, à l’inverse de la chancelière allemande Angela Merkel, de s’afficher aux côtés de Nicolas Sarkozy comme il l’avait fait après le G20 à Cannes. "Il ne peut pas prendre le risque d’apparaître comme trop européen", remarque Thomas Snegaroff. Dans la course à la présidence, cela reste du chacun pour soi, chez soi. 

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