Argentine : Cristina Kirchner défie l'Espagne en nationalisant la compagnie pétrolière YPF

La présidente argentine a annoncé lundi "l'expropriation" des parts de la société YPF détenues par l'Espagnol Repsol, déclenchant les foudres de l'Espagne.

Cristina Kirchner annonce l\'expropriation partielle de la compagnie pétrolière YPF, filiale du groupe espagnol Repsol, à Buenos Aires (Argentine), le 16 avril 2012.
Cristina Kirchner annonce l'expropriation partielle de la compagnie pétrolière YPF, filiale du groupe espagnol Repsol, à Buenos Aires (Argentine), le 16 avril 2012. (DANIEL GARCIA / AFP)

Les relations entre l'Espagne et l'Argentine se sont brutalement dégradées en quelques jours. En cause : le sort de la compagnie pétrolière YPF, dont l'Espagnol Repsol est l'actionnaire majoritaire. La présidente argentine Cristina Kirchner a annoncé lundi 16 avril sa nationalisation à hauteur de 51%, déclenchant la colère du gouvernement espagnol.

Mardi, l'action de Repsol perdait plus de 8% cinq minutes après l'ouverture de la Bourse de Madrid. FTVi vous explique le déroulement de cette affaire.

Acte I : le gouvernement argentin accuse YPF de ne pas remplir ses obligations

YPF est une filiale du groupe Repsol, fleuron de l'industrie pétrolière espagnole, qui la contrôle à hauteur de 57,4%. Privatisée dans les années 1990, elle est leader sur le marché des combustibles en Argentine. YPF contrôle 52% des capacités de raffinage du pays et dispose d'un réseau de 1 600 stations-service.

Mais pour le gouvernement argentin, la compagnie est dans une stratégie de désinvestissement. En guise de sanction, elle s'est vu retirer ces dernières semaines seize concessions pétrolières par une demi-douzaine de provinces argentines.

Pour le gouvernement de Kirchner, l'enjeu est aussi politique : il fait pression sur les compagnies pétrolières pour qu'elles augmentent leur production sur le territoire argentin, la facture pétrolière du pays ayant bondi l'an dernier de 110%, pour atteindre 9,4 milliards de dollars (7,1 milliards d'euros).

Acte II : Repsol et le gouvernement espagnol mettent en garde l'Argentine

Repsol YPF récuse les accusations visant la filiale, affirmant avoir prévu d'investir 3,4 milliards de dollars cette année.

Alors que les rumeurs d'une nationalisation se propagaient, l'Espagne est montée au créneau dès lundi 9 avril pour défendre l'intérêt du groupe, entrant en croisade contre ce qu'elle dénonce comme un "acte d'hostilité" et appelant les pays amis à l'aider à défendre ses intérêts.

Vendredi 13 avril, la Commission européenne a tenté d'arbitrer le conflit en appelant l'Argentine à "protéger les investissements étrangers sur son sol". Dimanche, le président de Repsol YPF, Antoni Brufau, demande en vain au gouvernement argentin d'ouvrir "un dialogue" sur la question.

Acte III : la présidente argentine passe à l'acte

Peine perdue : lundi 16 avril, le gouvernement argentin annonce la prise de contrôle de la quasi-totalité des parts d'YPF détenues par Repsol. "Le patrimoine d'YPF société anonyme est déclaré à hauteur de 51% sujet à expropriation", explique l'annonce lue en présence de Cristina Kirchner et de ses ministres et gouverneurs de provinces.

Le chef du groupe du parti au pouvoir à la Chambre des députés argentine, Agustín Rossi, précise que seules "sont sujettes à expropriation les actions de Repsol". Les actions du groupe argentin Petersen (25,4%) ne sont pas concernées, pas plus que les actions en bourse (17%).

La prise de contrôle d'YPF se fera par le vote d'un projet de loi au Congrès argentin et le prix à payer aux actionnaires sera fixé par le Tribunal national d'évaluations. "Nous n'allons pas procéder à une nationalisation", affirme de son côté Cristina Kirchner. "Nous allons faire une récupération".  

Acte IV : l'Espagne s'insurge, Repsol plonge en Bourse

A Madrid, c'est l'indignation. La décision de Buenos Aires "rompt le climat d'amitié" entre l'Espagne et l'Argentine, réagit le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Garcia-Margallo, après une réunion de crise avec le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy. "C'est une décision hostile contre Repsol, donc contre une entreprise espagnole, donc contre l'Espagne", affirme de son côté le ministre de l'Industrie, José Manuel Soria. Madrid promet des mesures "appropriées", "claires et fortes".

Les médias espagnols renchérissent : le journal de centre droit El Mundo lance que "l'Argentine mérite les représailles qui seront adoptées, car elle a ridiculisé la légalité internationale, le droit à la libre entreprise et celui de la propriété". Titrant sur le seul mot "Spoliation", le journal conservateur ABC affirme que "Kirchner a franchi la ligne rouge".

Repsol, de son côté, a qualifié le projet de loi "d'illégal" et annoncé qu'il prendrait "toutes les mesures judiciaires pour préserver la valeur de ses actifs et les intérêts de ses actionnaires". Son action a plongé de plus de 8% peu après l'ouverture de la Bourse madrilène mardi 17 avril.