Après 30 ans dans le couloir de la mort, Mumia Abu-Jamal ne sera pas exécuté

Le procureur de Philadelphie a annoncé aujourd'hui que l'ex-militant noir, condamné à mort en 1982 pour le meurtre d'un policier blanc au terme d'un procès jugé par certains inéquitable, finira sa vie en prison.

Une personne montre une photographie de Mumia Abu-Jamal, le 8 décembre 2001, lors d\'une manifestation à Paris.
Une personne montre une photographie de Mumia Abu-Jamal, le 8 décembre 2001, lors d'une manifestation à Paris. (MEHDI FEDOUACH / AFP)

Près de trente ans après sa condamnation pour le meurtre d'un policier blanc à Philadelphie (Etats-Unis), l'ancien journaliste radio et militant du mouvement révolutionnaire Black Panthers Mumia Abu-Jamal a appris mercredi 7 décembre qu'il ne serait pas exécuté.

Le procureur de Philadelphie, Seth Williams, a en effet annoncé qu'il ne redemanderait pas la peine capitale contre l'un des condamnés à mort les plus célèbres des Etats-Unis.

"Abu-Jamal ne sera plus condamné à mort, mais il restera derrière les barreaux pour le restant de ses jours, et c'est là qu'il doit être", a précisé le procureur, ajoutant qu'il n'avait "aucun doute" sur le fait que le détenu de 57 ans avait tué le policier Daniel Faulkner le 9 décembre 1981.

Cette décision implique que, selon la loi de l'Etat de Pennsylvanie (est des Etats-Unis), Mumia Abu-Jamal, né Wesley Cook, finira ses jours en prison sans possibilité de libération.

"Un jury mal informé"

"Les procureurs ont fait ce qu'il fallait faire. Après trente ans, il était temps de mettre fin à cette recherche de la peine de mort", s'est réjoui mercredi la NAACP, principale organisation de défense des droits civiques des Noirs américains, qui a assisté le condamné dans sa défense. "Justice est rendue lorsqu'une condamnation à mort par un jury mal informé est annulée", a ajouté son avocate, Judith Ritter.

La NAACP avait dénoncé de nombreuses irrégularités et le manque d'équité des audiences, qui avaient conduit à la condamnation à mort d'Abu-Jamal en 1982 par un jury exclusivement blanc.

Un condamné médiatisé

Mumia Abu-Jamal, célèbre cause internationale, et qui a même un timbre à son effigie en France, a écrit plusieurs livres et des dizaines d'articles depuis le couloir de la mort.

L'acteur et scénariste William Francome, né le jour de l'arrestation d'Abu-Jamal, lui consacre en 2009 un documentaire, Toute ma vie en prison, sorti le 23 novembre 2011 dans les salles françaises et primé aux festivals du film des Droits de l'homme de Paris et de Genève.

Plusieurs sites internet lui sont consacrés (FreeMumia.com, Libérons Mumia Abu-Jamal) et ses partisans, pour qui Mumia Abu-Jamal est le symbole d'une justice raciste, avaient déjà prévu une journée d'action vendredi 9 décembre à Philadelphie, pour l'anniversaire des 30 ans du meurtre du policier et de l'emprisonnement d'Abu-Jamal.

Une pétition internationale avait été lancée en ligne en janvier 2010 pour demander au président américain, Barack Obama, de se prononcer sur l'exécution d'Abu-Jamal et l'abolition de la peine de mort en général. Elle a recueilli des dizaines de milliers de signatures, dont celles de l'ancienne Première dame de France Danielle Mitterrand, décédée le 22 novembre, de l'écrivain allemand Günter Grass ou encore du linguiste américain Noam Chomsky.

En octobre, la Cour suprême américaine avait refusé de se saisir du dossier, après qu'une cour d'appel fédérale eut décidé au printemps que la condamnation de Mumia Abu-Jamal devait être réexaminée, les instructions données aux jurés lors du procès en 1982 étant mal formulées.