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Protestations et violences après la condamnation d'un rappeur tunisien à deux ans de prison ferme

Weld El 15 était accusé d'avoir insulté la police dans une chanson.

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France Télévisions
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Le rappeur tunisien Ala Yaacoub, dit Weld El 15, arrive à son procès, à Ben Arous (Tunisie), le 13 juin 2013. (FETHI BELAID / AFP)

Le rappeur tunisien Weld El 15 a été condamné, jeudi 13 juin, à deux ans de prison ferme pour avoir insulté la police dans une chanson. Un jugement qui a déclenché des heurts au tribunal de Ben Arous, une banlieue de Tunis, devant lequel Alaa Yaâcoub, dit Weld El 15, comparaissait libre. Il a été aussitôt emmené en prison. 

Cette condamnation intervient alors que des artistes tunisiens dénoncent régulièrement des pressions policières et accusent le gouvernement, dominé par les islamistes d'Ennahda, de vouloir juguler la liberté d'expression au nom de la morale ou du sacré. Plusieurs affaires de liberté d'expression ont fait scandale en Tunisie depuis la révolution de janvier 2011. Deux jeunes ont ainsi été condamnés à sept ans et demi de prison en 2012 pour avoir diffusé sur Facebook des caricatures du prophète.Trois militantes européennes du groupe féministe Femen ont été condamnées mercredi à quatre mois de prison pour une manifestation seins nus en soutien à une camarade tunisienne emprisonnée. 

Plusieurs rappeurs français, dont Oxmo Puccino, Joey Starr ou Imhotep, du groupe IAM, ont apporté leur soutien à Weld El 15. "Son crime est d’avoir composé une chanson où il dénonce les exactions de la police : plus de deux ans après la chute de Ben Ali, la police continue de réprimer les manifestations, d’insulter et de tabasser ceux qui tombent dans ses filets", écrivent-ils dans une tribune publiée mercredi par Libération. Weld El 15 avait déjà été condamné par contumace, en mars, après la diffusion sur YouTube d'un clip intitulé "Boulicia Kleb" (Les policiers sont des chiens). Mais le rappeur avait ensuite décidé de se rendre. Un nouveau procès a donc été organisé.

"Dans un pays comme la Tunisie, on peut s'attendre à tout"

Des protestations et heurts avec la police ont éclaté à l'annonce du verdict. Des cris se sont élevés dans la salle d'audience parmi les partisans du chanteur. La police est intervenue brutalement pour évacuer des artistes et amis du rappeur. Certains ont été pourchassés et tabassés à l'extérieur du tribunal par les policiers présents en nombre dès l'ouverture du procès. Un gaz irritant a été répandu aux alentours du tribunal, mais il n'était pas possible d'en déterminer l'origine, la police accusant les amis du rappeur d'en avoir fait usage.

"Le jugement rendu est très sévère pour un artiste qui a décidé de se livrer de son propre gré à la justice, a réagi de son côté son avocat. C'est d'autant plus injuste qu'il n'existe aucun texte pour réprimer un travail artistique". Selon lui, le rappeur a été inculpé notamment de "complot pour commettre des violences contre des fonctionnaires" et "d'outrage à la police".

Peu avant son procès, le musicien se confiait à l'AFP : "J'ai peur parce que dans un pays comme la Tunisie, la loi n'est pas appliquée, on peut s'attendre à tout", disait-il. "J'ai utilisé dans la chanson les mêmes termes dont la police use pour parler des jeunes. La police doit respecter les citoyens si elle veut être respectée, a estimé Weld El 15. Il n'y a aucune raison ou fondement juridique pour me mettre en prison".

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