Tunisie: entre apaisement et inquiétude

Le Premier ministre tunisien, Mehdi Jomaa, est en visite en France les 28 et 29 avril. Après l’adoption d’une nouvelle Constitution et la nomination d’un nouveau gouvernement, la Tunisie semble avoir retrouvé une certaine sérénité. Pourtant, les difficultés économiques demeurent. Et l’incertitude concernant les dates pour la tenue de nouvelles élections engendre certaines inquiétudes.

Le nouveau Premier ministre tunisien, qui dirige un «gouvernement de compétences nationales sans appartenance», à Tunis le 6 avril 2014.
Le nouveau Premier ministre tunisien, qui dirige un «gouvernement de compétences nationales sans appartenance», à Tunis le 6 avril 2014. (Reuters - Zoubeir Souissi)
«Le climat est plus apaisé. Désormais, on ne voit plus continuellement sur les plateaux de télévision certains ministres d’Ennahda, militants purs et durs du parti islamiste, entretenir des polémiques et insulter des journalistes. Ils réussissaient ainsi à créer un climat de stress. Dans les administrations, ils avaient réussi à écarter les gens compétents pour récompenser leurs amis. Ils démotivaient tout le monde, tout en laissant le pays sans stratégie», explique un observateur averti de la vie politique tunisienne sous couvert d'anonymat.

Aujourd’hui, ayant quitté le pouvoir, les représentants islamistes se montrent moins arrogants et commencent à se remettre en question. Ils vont ainsi répétant qu’ils ne présenteront pas de candidats à la présidentielle pour ne pas monopoliser le pouvoir.
 
D’une manière générale, le nouveau gouvernement de Mehdi Jomaa a donc «réussi à calmer les esprits». «Désormais, les ministres ne vont plus sur les plateaux sauf pour évoquer des questions importantes et quand on a besoin de leur avis.» On ne s’intéresse plus uniquement aux difficultés économiques conjoncturelles, mais aussi aux problèmes structurels, poursuit notre interlocuteur. Comme, par exemple, les différences de développement entre les régions. Ou les questions liées au système éducatif et universitaire.

Malgré ces changements, les difficultés du quotidien demeurent. Et les inquiétudes n’ont pas disparu par enchantement. «Elles sont évidemment liées à la cherté de la vie, au chômage. Mais aussi à la situation politique», constate notre interlocuteur.
 
Nombreux sont ainsi ceux qui s’interrogent sur la date des prochaines élections. Selon la nouvelle Constitution, celles-ci devraient se tenir à la fin de l’année 1994. Mais la loi électorale n’a pas encore été votée. Et d’aucuns n’excluent pas que le scrutin soit reporté à 2015.

Polémiques
Une telle incertitude contribue à entretenir un climat préélectoral «prématuré». Certains sont déjà en campagne… «Ils n’hésiteront pas à faire des propositions populistes ou à exploiter des polémiques.» Comme celle sur le pèlerinage juif annuel de La Ghriba, la plus ancienne synagogue d’Afrique, sur l’île de Djerba. Les autorités ont accordé une autorisation à l’entrée en Tunisie de pèlerins munis de passeports israéliens. Résultat : une pétition a été rédigée «par 85 parlementaires appartenant à divers courants politiques dont des islamistes», rapporte le site afriquejet.com. Les signataires demandent l’audition des deux responsables qui ont signé cette autorisation.
 
Une femme en train de prier dans la synagogue de La Ghriba à Djerba (sud de la Tunisie) le 28 avril 2013.
Une femme en train de prier dans la synagogue de La Ghriba à Djerba (sud de la Tunisie) le 28 avril 2013. (Reuters - Anis Mili)

Dans cette pré-campagne, les islamistes sont apparemment très actifs. «La page Facebook de Rached Ghannouchi (le leader d’Ennahda) est très souvent changée», constate un adepte du réseau social. Alors que celles d’autres dirigeants politiques ne bougent pas du tout.

Pour autant, difficile pour l’instant de prévoir le paysage qui sortira des urnes. «Actuellement, Ennahda et Nida Tounès (gauche) sont au coude-à-coude. Les autres formations sont loin derrière», explique l’observateur cité plus haut. A ses yeux, «dans la configuration actuelle, il serait souhaitable que l’actuel gouvernement reste encore deux ans au pouvoir». Histoire que la période d’apaisement dure un peu plus longtemps.

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